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«SBM Insights»

Réformer le système de pension : Un impératif de responsabilité collective

31 octobre 2025, 13:00

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Réformer le système de pension : Un impératif de responsabilité collective

■ À l’horizon 2043, le taux de dépendance atteindrait 535 pour 1 000 actifs, un fardeau lourd pour une économie insulaire à croissance modérée.

La réforme du système national de pension à Maurice n’est plus une question de choix politique, mais une nécessité économique et démographique. Avec une population vieillissante et des finances publiques sous tension, le statu quo n’est tout simplement plus tenable. L’analyse publiée cette semaine par SBM Insights, le bulletin d’analyse économique du groupe bancaire portant la signature de son Group Chief Strategy, Nuvin Balloo, le rappelle avec lucidité : sans réformes structurelles, la soutenabilité du régime de pension mauricien sera mise à rude épreuve dans les années à venir.

Aujourd’hui, la Basic Retirement Pension (BRP) représente près de 8 % du PIBet environ un quart des dépenses courantes de l’État pour l’exercice 2024-25. Dans un contexte de ralentissement démographique et d’allongement de l’espérance de vie, ces dépenses sont promises à une hausse continue. Autrement dit, un nombre croissant de retraités devra être soutenu par une population active en déclin, accentuant les pressions sur les finances publiques.

Consciente du risque d’un déséquilibre budgétaire durable, le gouvernement a choisi de repousser progressivement l’âge d’éligibilité à la pension de 60 à 65 ans sur cinq ans. Une mesure courageuse, mais politiquement sensible. Pour en atténuer l’impact social, une allocation transitoire de Rs 10 000 mensuelle, assortie d’un bonus de fin d’année, est versée depuis septembre aux personnes de 60 ans qui sont temporairement inéligibles à la pension universelle.

Plus largement, une commission d’experts a été instituée pour repenser en profondeur les différents piliers du système de retraite – du Portable Retirement Gratuity Fund aux régimes de la fonction publique, en passant par le National Savings Fund et les pensions des organismes parapublics. L’objectif est clair : définir une stratégie de long terme garantissant la viabilité financière et l’équité intergénérationnelle du système.

Mais, comme le souligne SBM Insights, une telle réforme ne se décrète pas ; elle se construit. La réussite du chantier dépendra avant tout de la confiance du public, de la transparence dans la communication et de la capacité du gouvernement à maintenir un dialogue sincère avec toutes les parties prenantes. Les réformes de pension sont parmi les plus délicates au monde, car elles touchent au contrat social le plus fondamental : la sécurité des aînés.

Le Fonds monétaire international (FMI), cité par SBM Insights, met en garde : sans communication claire, engagement civique et confiance, les réformes économiques, même rationnelles, échouent souvent. Pour obtenir l’adhésion populaire, il faut expliquer le pourquoi, le comment et les bénéfices à long terme, tout en reconnaissant que certaines catégories seront temporairement affectées. Le FMI préconise ainsi un triptyque gagnant : information, engagement et mesures d’atténuation. C’est à cette condition que la réforme mauricienne pourra rallier un consensus national.

Les données démographiques sont, elles, sans appel. Le taux de natalité est tombé à 10,3 pour 1 000 habitants en 2024 – soit une chute de 75 % en 60 ans. La médiane d’âge a grimpé à 38,4 ans et devrait dépasser 50 ans d’ici 2063, selon Statistics Mauritius. D’ici là, la part de personnes âgées de plus de 65 ans passera de 13,6 % à plus de 27 % de la population. À l’horizon 2043, le taux de dépendance atteindrait 535 pour 1 000 actifs, un fardeau lourd pour une économie insulaire à croissance modérée.

Cette transformation démographique n’est pas propre à Maurice, mais sa petite taille et sa base économique limitée la rendent particulièrement vulnérable. Comme le note le FMI, le vieillissement pèse non seulement sur les dépenses de pension et de santé, mais aussi sur la productivité et la croissance potentielle. Pour y remédier, il faudra non seulement retarder la retraite, mais aussi encourager la participation des femmes et des seniors au marché du travail, tout en misant sur l’innovation et les gains de productivité.

La réforme du système de pension ne doit donc pas être perçue comme une simple mesure comptable, mais comme un levier stratégique pour préserver la soutenabilité du modèle social mauricien. Il s’agit de faire preuve de courage politique, de lucidité économique et de pédagogie sociale. Car si la solidarité intergénérationnelle reste un pilier de la société mauricienne, elle ne pourra être préservée que si chacun accepte aujourd’hui de contribuer à sa refondation.

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