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Théâtre

«Mamzel-la zoli»

26 octobre 2025, 15:00

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«Mamzel-la zoli»

Lorsqu'une pièce vous arrache une larme dans le noir, c’est que le théâtre a touché une fibre de vérité universelle. Dans un pays où le faire-semblant compte tant et la copie prime souvent sur l’original, une telle émotion collective est plutôt rare. Paroles de vieux spectateur satisfait à la sortie de la représentation de la pièce de théâtre Mamzel au Caudan Arts Centre, le 19 octobre 2025.

La thématique est proche de la réalité quotidienne : le fléau de la drogue dévaste les individus et décime les familles à Maurice. L’on compte les milliards de roupies d’un trafic mondial sévissant à Maurice ; l’on rapporte l’arrestation des passeurs ; mais on oublie de recenser les victimes.

Un pays civilisé se doit tout au moins de jeter une larme sur la tragédie silencieuse qui emporte un nombre grandissant de ses enfants. C’est là un des rôles du théâtre. Et Thierry Françoise, auteur et metteur en scène, a eu raison de traiter cette problématique. L’interprétation est à la fois ressentie et convaincante. Un homme et trois femmes parviennent, au fil des scènes, à faire oublier toute catégorisation économique ou sociale.

images.jpg Daniel Labonne, homme de théâtre.

À la tête d’une petite équipe technique et artistique, Thierry démontre que sa formation universitaire, son expérience de comédien et son travail de terrain lui accordent une voix qui compte dorénavant.

La salle n’était pas pleine, mais le public s’est mis debout pour saluer une distribution réussie et un récit scénique clair, accompagné de notes acoustiques et d’ombres chinoises. Les quatre acteurs forment un quatuor flattant l’œil et l’oreille. Il faut saluer Géraldine Boulle, qui parvient à donner dignité au rôle central de la femme-mère-veuve, debout au cœur d’un foyer en tourmente.

Le kreol est employé avec justesse. La langue du peuple doit flatter le peuple en le rendant toujours plus fier de lui-même. Un des points forts de cette production théâtrale. Aucune catharsis, par contre, puisque le texte ne livre aucun dénouement. Cette réalisation a bénéficié du temps, des répétitions et de l’encadrement essentiels. La qualité n’est atteignable qu’à ce prix.

Le théâtre luxueux du Caudan Arts Centre exige une technique et un niveau de jeu supérieur. Et le talent artistique ne brille que lorsque la logistique et les moyens se mettent au service de l’artiste. Dans ce contexte, ce spectacle soutenu par le financement de la COI et par des apports venus des îles voisines indique un partenariat plein de promesses. Il reste encore à assurer la formation de l’acteur, à encourager un théâtre de vérité, comme Mamzel, et à motiver un public grandissant à se déplacer pour entendre battre son propre cœur.

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