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Kronik KC Ranzé

Qui doit quoi à qui… ?

26 octobre 2025, 07:06

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Qui doit quoi à qui… ?

C’est une histoire compliquée !

Mamy Ravatomanga est un homme d’affaires malgache qui avait des liens avec le précédent régime de son pays, comme tous les hommes d’affaires de tous les pays qui souhaitent continuer à faire de bonnes affaires, peut-on avancer… Il semble avoir beaucoup prospéré sous cinq gouvernements différents, dit-il, et il a en conséquence investi à Maurice, un peu dans le foncier, mais aussi en dépôts bancaires de plusieurs millions de dollars. Ça fait gazouiller! Le magazine financier Forbes le classifiait comme la deuxième fortune malgache avec des positions fortes de son groupe SODIAT, fondé en 1990, dans l’agriculture (notamment le letchi d’exportation), l’automobile, les médias, la construction, la distribution, l’aviation interne, la santé, l’import/export… En étant proche du pouvoir, il a sans doute déplacé des hommes d’affaires et des intérêts liés aux gouvernements ayant précédé celui d’Andry Rajoelina, avant 2019 ? Tous pourris ?

Premier constat: Jusqu’à ce que cet homme d’affaires débarque à Maurice, accompagné de l’ancien Premier ministre en fuite, le samedi 12 octobre dernier, par jet privé, cet entrepreneur est très certainement kasher sur tous les fichiers KYC ou PEP de Maurice. D’ailleurs aucune des autorités locales n’avait jamais levé un sourcil sur sa personne avant la semaine dernière. Ni la FSC, ni la BoM, ni la FCC, ni le PMO… Ce n’est d’ailleurs pas comme si il avait débarqué à Maurice sous quelque nuage majeur, comme Alvaro Sobrinho (*) à l’époque, qui nous arrivait tout de même avec les éclaboussures de la banque Espirito Santo de l’Angola, qui avait fait faillite sous sa houlette… Tout ce qu’il y avait jusque-là se résumait à des accusations faites en France à son encontre pour fraude fiscale et trafic de bois de rose, accusations qui ont été classées sans suite d’abord en 2019, puis finalement en 2023 par le Parquet national financier (PNF) de Paris. La France, c’est quand même un pays qui peut aller jusqu’à mettre un de ces anciens présidents en prison… Le PNF avait aussi enquêté à Madagascar et à Maurice…

Au lendemain de la chute du gouvernement et après le putsch du colonel Michael, les lentilles changent.

D’abord, Paul Bérenger questionne le fait de n’avoir pas été tenu au courant du permis d’atterrissage du jet privé et va remettre en question l’intervention de Jet Prime. On peut le comprendre. Mais quels étaient les choix effectifs en la circonstance ? Mamy Ravatomanga, étant un visiteur régulier et jusque-là bien accueilli, pouvait-il effectivement être refoulé ? Sous quels critères, à ce stade-là ?

Depuis, le nouveau pouvoir malgache, qui n’est reconnu ni par l’UA, ni par la SADC, ni par les pays qui ne sont pas a priori friands de putsch, dont Maurice, a essayé de déléguer un dossier accusateur à la FCC, qui s’est intéressé à l’affaire assez rapidement. Pourquoi donc ? Était-ce bien inspiré d’ailleurs, avec tout ce que la FCC a déjà ouvert comme dossiers localement, sans conclusion jusqu’ici ?

Tout cela ne risque-t-il pas de suggérer une fuite en avant ? Un cas du «lâcher la proie pour l’ombre» de M. de La Fontaine ?

Par définition, un homme d’affaires exploite des opportunités et il faudrait que la FCC puisse prouver que Ravatomanga l’a fait illégalement, au moins une fois ici, dans les contreforts de sa vingtaine de compagnies et de sa toile d’araignée offshore. Il a été arrêté vendredi pour blanchiment de milliards de roupies. Ne faudrait-il pas, peut-être, prouver un (des) crime(s) à Madagascar d’abord pour établir qu’il y a bien des proceeds of a crime à blanchir ici ? Nos régulateurs à la BoM et à la FSC ayant depuis peu rejoint la FCC pour l’aider dans sa fouille, sauront-ils trouver ce que le PNF n’a pas pu ?

Ici, la juriste Fanirisoa Ernaivo, dans un entretien avec l’express de samedi dernier, précise que Ravatomanga fait l’objet d’un mandat d’arrêt malgache (que l’État mauricien ne reconnaît d’ailleurs pas) sur des accusations de fraude fiscale, d’enrichissement illicite, de blanchiment d’argent à l’international, de corruption et de détournement de fonds publics. Les accusations sont gravissimes! Ça devrait être assez facile à démontrer ? À ce stade un Notice Upon Departure a été émis à son encontre ainsi qu’un Criminal Attachment Order, à la demande de la FCC, gelant ses avoirs bancaires, ainsi que ceux de son épouse et de ses sociétés. Cependant, le Criminal Attachment Order a été émis contre le groupe SOLDIAT, ce qui est une erreur particulièrement gênante, ainsi que contre deux autres compagnies, défuntes celles-là, depuis 2010 et 2021 ! Espérons que c’est corrigé dans le mandat d’arrêt sous les articles 36 et 38 de la FCC Act ?

On peut aussi postuler que cette équation se complique avec un relationnel, tant local que régional, qui prend racine ailleurs que chez Ravatomanga, qui divise émotionnellement et qui sent parfois le règlement de comptes.

On ne sait combien de temps demandera l’enquête de la FCC. Ravatomanga qui déclare vouloir tout tirer au clair avant de quitter le pays, a maintenant juré un affidavit plutôt embarrassant pour la FCC, mais il a été arrêté. Comme 75 autres individus depuis novembre 2024. Mme Ernaivo (déjà dénonciatrice à Paris ?) a soulevé la possibilité d’une fuite spectaculaire «à la Carlos Ghosn» suite à la présence d’un Hawker 800, immatriculé CN-RBS qui avait atterri à Plaisance le 17 octobre à 15 h 02. Cependant, celui-ci est reparti vers Nairobi le lundi 20, à 18 h 45, selon le tracking de FlightAware.

La FCC et le pays font face à une situation difficile et jouent leur réputation dans cette affaire. Il y a eu dénonciation, il y a donc enquête. C’est réglo. Mais cette enquête ne peut durer trop longtemps sans un dossier solide devant la cour, sans risque de fragiliser notre centre financier, si l’on veut continuer à être perçu comme un havre de sécurité, de compétence et de fair play… Les soupçons et les ragots ne suffiront pas. Il faut des preuves. Solides. Un dossier qui tiendra la route. À chacun d’assumer ses responsabilités. Nous devons la vérité à ce pays.

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Le ministre de la Santé a révélé cette semaine que l’État mauricien doit environ Rs 100 millions à deux hôpitaux indiens pour des soins apportés à des patients, dont on ne pouvait pas s’occuper localement. Cette coquette somme suggère qu’elle s’est accumulée sur une période plus ou moins longue, que le ministre Baichoo ne dévoile cependant pas. Cela ne nous fait pas honneur. Mais ce n’est malheureusement pas la seule situation du genre.

On se souviendra en effet d’avoir été suspendu de la SADC en janvier 2025 pour factures impayées par le gouvernement précédent de 11 millions de dollars! Ce paiement n’avait pas été, non plus, jugé «prioritaire». Alors que l’on pouvait pourtant payer Rs 5,2 milliards pour un système d’écoute et d’espionnage de la nation…

Une image nationale de mauvais payeur se relaie rapidement malheureusement. Y a-t-il d’autres cadavres dans le placard de notre crédibilité de débiteur? Pourquoi l’ancien gouvernement n’honorait il pas ses obligations dans les délais ? Les caisses n’étaient-elles pas aussi pleines que cela ?

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À la lecture de cette même chronique le dimanche 12 octobre, intitulée «Entre-temps…», qui évoquait les menaces de l’IA sur de nombreuses lignes de métier, selon le rapport du sénateur Bernie Sanders, un lecteur m’affirmait que les robots ne remplaceront jamais adéquatement les chauffeurs et qu’ils causeront plus d’accidents.

Je dois donc le renvoyer à une étude de Swiss Re (**), un réassureur pourtant prudent, qui a trouvé, sur la base de plus de 25 millions de miles couverts par des robotaxis de Waymo, que ceux-ci enregistraient 88 % de cas de moins de dommages matériels et même 92 % de moins de réclamations pour blessures diverses. Il est vrai que les essais, tant en Amérique qu’en Chine, se passent dans des villes apparemment plus «faciles», plus rectilignes. On peut même pousser l’argument en soulignant que , pour les blessures, il y a un chauffeur en moins dans une Waymo ! Mais ces chiffres parlent quand même forts!

L’autre argument contre les robotaxis est qu’ils vont remplacer les chauffeurs. L’expérience vécue jusqu’ici ne le confirme pas. À San Francisco, les robotaxis remplaceraient plutôt les voitures de maître ! De toute manière, une Waymo coûtant $ 150 000 pour le moment, tous les circuits ne seront pas propices à une rentabilisation. De plus, en moyenne, les Waymos sont apparemment plus lentes. En effet, comme dans les films, vous pouvez toujours demander à un chauffeur de Yellow Cab d’accélérer, peut-être contre un petit supplément. Avec le Waymo, ce n’est pas possible ! Le «chauffeur» voit bien, entendra, mais ne vous écoutera pas… Car il ne vous doit rien !

(*) Les autorités mauriciennes ont plaidé qu’Alvaro Sobrinho n’avait jamais été condamné aucune part au monde, ce qui était vrai. Les dossiers restent apparemment ouverts (***) Le gouverneur de la banque centrale de l’époque, Ramesh Basant Roi, lui avait, cependant, sur la base de son propre réseau d’informations, refusé une licence bancaire, malgré le plaidoyer de Mme la présidente Gurib-Fakim. Ce qui détruisit cependant Sobrinho à Maurice, ce fut le retournement de l’opinion publique, après qu’avaient émergé plusieurs gratifications (carte de platine, limousines, etc.) distribuées à divers dignitaires du pays, ce qui avait confirmé les pires doutes...

(**) Reinsurance News l Waymo shows 90% fewer claims than advanced human-driven vehicles: Swiss Re

(***) OCCRP l New Documents Link Scandal-Hit Angolan Banker To Embezzlement Scheme

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