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Manière de voir
Main-d’œuvre étrangère : Pourquoi certains mettent la charrue devant les boeufs ?
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Main-d’œuvre étrangère : Pourquoi certains mettent la charrue devant les boeufs ?
Notre pays est obligé d’avoir recours à la main-d’œuvre étrangère pour ne pas pénaliser notre économie. Nos jeunes rechignent à accomplir des taches manuelles pénibles et ceux qui partent à l’étranger ne reviennent pas. Gros problème de dénatalité. L’intelligence artificielle (IA) privera à moyen terme certains travailleurs de leur emploi ou encore le personnel au travail répétitif. Sont concernés le bâtiment ou les routes.
Il existe pourtant des travers dans certaines entreprises privées comme les cliniques ou les grands hôtels de tourisme. Pris à la gorge, certains se précipitent sur cette main-d’œuvre étrangère sans se soucier de leur fournir une formation basique. S’ensuit une baisse de qualité au niveau des services, domaine dans lequel Maurice s’est taillé une bonne réputation.
? Précautions élémentaires
Adossons cette chronique sur quelques cas précis. Récemment, des inspecteurs du Travail ont découvert dans une entreprise 600 travailleurs népalais dont le permis de travail n’avait pas été renouvelé après plus de 18 mois. Ce n’est pas tout. Ceux-ci se plaignent aussi de logements indécents, d’installations sanitaires insalubres et d’heures de travail indues. Ils décident de cesser le travail.
Ces pauvres travailleurs ne quittent pas leur pays pour une partie de plaisir. Ils s’exportent afin de rapatrier une partie de leurs salaires à leurs familles dans le besoin. Question naïve : au moment de leur embauche a-t-on visité les dortoirs qui leur étaient destinés ainsi que les aménités (eau, toilette, cuisine) ? Ils proviennent généralement de pays d’où l’on importa des coolies pour remplacer les esclaves dans les champs de canne. Retour de manivelle au sujet de leur traitement ? Il est aussi des cas qui échappent au grand public.
? Main-d’œuvre en clinique
Histoire vécue. Le pays s’enorgueillit de l’ouverture de nouvelles cliniques dotées d’équipements dernier cri et disposant de spécialistes dans tous les domaines. Ça allège le fardeau des hôpitaux publics à condition que votre portefeuille soit bien garni. Dans une de ces cliniques réputées, un malade nous raconte qu’il s’est retrouvé dans une belle salle d’opération entouré d’infirmiers qui ne parlaient que le malayalam, langue principale au Kerala en Inde. Ils ne parlaient pas l’hindoustani et encore moins l’anglais. Pas un mot.
Pourquoi au moment de leur embauche n’ont-ils pas eu droit à une formation basique en anglais ? Personne n’y avait pensé. Le malade n’en croyait pas ses... oreilles. Il a essayé d’interroger le médecin traitant qui se contenta d’esquisser un sourire. Ces cas ne sont pas rares. Met saret divan bef ! On est allé trop vite en besogne. Pénurie de personnel local, on embauche et pour le reste on verra plus tard.
Rectifions le tir. Dans le nord de l’île, nous nous arrêtons dans un grand restaurant spécialisé en mets italiens. Le jeune serveur qui prend la commande est impeccable. Sourire aux lèvres, il nous détaille le menu en anglais. Il est népalais. Même amabilité au moment de commander un café à la fin cette fois de la part d’une jeune Rwandaise tout aussi impeccable. Elle nous avoue qu’elle apprend aussi le français après l’anglais. Au moment de payer l’addition, nous échangeons quelques mots avec la patronne à la caisse. Elle se soucie de la qualité de service du personnel, qui a eu droit à une courte formation professionnelle. Quand on veut, on peut ! Voyez ceux et celles à la caisse de supermarchés.
? Grand hôtels de tourisme
Dans ces établissements, Maurice fait l’objet d’éloges de la part des visiteurs. C’est le résultat d’une bonne formation à tous les niveaux. 30 % des touristes ne reviennent pas juste pour le soleil ou la plage, mais parce qu’ils sont assurés de bénéficier d’un service de qualité qu’ils ne trouvent pas ailleurs. Hélas, là aussi, des brèches sont apparues parce qu’on a embauché une main-d’œuvre étrangère à la va-vite. Met saret divan bef ! Les habitués ont commencé à se plaindre. Le serveur mauricien est naturellement souriant et hospitalier. Li konn met dan serk.
Le résultat de la formation est toujours payant. Ce n’est pas la faute de ces travailleurs étrangers en terre inconnue. On assiste même à une certaine débauche du personnel de l’hôtel voisin. L’embauche d’un personnel étranger a été facilitée dans le tourisme, une industrie essentielle au pays, mais pas sans formation. Ça gâte l’image et la réputation du pays à la longue tout comme les délits commis sur des touristes. Voilà qui pourrait décourager de potentiels visiteurs dont le nombre pour le moment dépasse même nos attentes.
? Nos ressources humaines
Maurice ne possède pas grand-chose en soi, sauf ses ressources humaines. C’est le cas dans le domaine des services financiers et l’externalisation malgré une certaine fuite des cerveaux. Mais le manque de main-d’œuvre est suspendu au-dessus de nos têtes. Ne nous faisons pas d’illusion. L’IA dépossèdera, tôt ou tard, certains de leurs emplois. Ailleurs, c’est déjà fait par des robots. Pour le moment, l’IA est utilisée à bon escient mais combien d’emplois va-t-elle remplacer à l’avenir ? La productivité va jouer face aux pays concurrents comme le Vietnam pour le textile.
Dans un an, Maurice ne pourra plus compter sur l’AGOA que Trump abolira d’un trait de plume. Que deviendra alors notre industrie textile ? L’abandonner, mais pour la remplacer par quoi avec une grande main-d’œuvre locale subitement confrontée au chômage ? Faudra se creuser les méninges dès maintenant et compter sur nos ressources humaines.
Une proposition à ce sujet. Nos petits planteurs se font vieux et leurs enfants ne veulent pas prendre la relève. D’où notre déficit grandissant en matière de légumes et de fruits locaux. On nous a bourré le crâne avec des produits importés qui seraient meilleurs. La balance commerciale penche en leur faveur. Hélas, pendant des décennies, nous avons délaissé certains de nos produits locaux. L’autosuffisance, un leurre. Un Mauricien n’a-t-il pas trouvé un filon avec le mouroum (moringa) ?
Il est scientifiquement prouvé que certains produits délaissés et qui tendent à disparaître peuvent regagner du terrain sur une grande échelle. Il y a dix fois plus de vitamine C dans la roussaille que dans une orange importée ; le cresson est un des produits les plus nutritifs. La vitamine C abonde dans la goyave ou la papaye tout comme dans l’atte (pomme cannelle) et nos agrumes (pamplemousse) ; des légumes tels que certains brèdes, le manioc, l’aubergine (bringelle), les haricots verts, le curcuma (on l’achète en pharmacie !), le margoze et le gingembre, aux vertus insoupçonnées... des livres fort instructifs existent dans ce domaine.
Et pourquoi ne pas embaucher sous surveillance de jeunes prisonniers condamnés pour de petits délits que l’on entasse et apprendre aux volontaires la culture de la terre ? Nous avons trop détourné nos jeunes de l’amour et l’exploitation de la terre tellement bétonnée qu’elle ne laisse plus l’eau s’infiltrer.
Les idées les plus simples peuvent s’avérer productives. Nous voilà revenus à l’idée incontournable de la formation encore et toujours. Alors à ne pas confondre des formations avec dé... formation. Savoir manœuvrer la... maind’œuvre étrangère.
Franse je konn, angle je debriy !
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