Publicité
Affaire Ravatomanga
Réouverture du dossier de la vente des Boeing à l’Iran : encore des ramifications mauriciennes
Par
Partager cet article
Affaire Ravatomanga
Réouverture du dossier de la vente des Boeing à l’Iran : encore des ramifications mauriciennes
Longtemps considérée comme close après quelques limogeages et une enquête technique vite étouffée, l’affaire des Boeing d’Air Madagascar revient au premier plan.
L’affaire dite des Boeing d’Air Madagascar refait surface telle une ombre persistante sur le ciel politico-économique malgache. Longtemps considérée comme close après quelques limogeages et une enquête tech- nique vite étouffée, elle revient aujourd’hui au premier plan, portée par de nouveaux soupçons de corruption et de blanchiment, impliquant notamment l’homme d’affaires Maminiaina (Mamy) Ravatomanga.
Le réseau Udaan : de la Grande île à Maurice
Un élément troublant refait surface : une société baptisée Udaan Potentials Ltd, enregistrée à l’île Maurice sous le même nom que l’entité malgache impliquée dans la transaction des Boeing. Selon les registres, cette entreprise comptait parmi ses actionnaires un certain Khushwinder Singh, déjà cité comme partenaire clé dans le dossier. Radiée en janvier 2025, sans jamais avoir publié le moindre bilan, la société laisse planer le doute sur le transit de commissions à travers des comptes mauriciens.
Nos sources concordantes de l’enquête confirment que le dossier pourrait être lié aux investigations de la Financial Crimes Commission (FCC) à Maurice, qui s’intéresse déjà aux mouvements financiers de Mamy Ravatomanga. En parallèle, la Pôle anti-corruption (PAC) de Madagascar aurait rouvert le volet national de l’affaire et interrogé plusieurs anciens cadres de l’Aviation civile de Madagascar (ACM), des arrestations ayant été faites dans le passé. En août 2024, une délégation d’ingénieurs de l’ACM s’était rendue à Dubaï pour une réunion avec Khushwinder Singh. Plusieurs témoins à Antananarivo affirment que ce dernier entretenait une proximité étroite avec l’ancien ministre des Transports, Valéry Ramonjavelo.
Un dossier aérien resté… dans l’air
Tout commence avec Udaan Aviation, une société malgache au capital dérisoire, spécialisée dans le commerce d’épices – sans aucune expérience dans le domaine aéronautique, pourtant chargée de négocier l’achat de deux Boeing pour le compte d’Air Madagascar. Dans l’express du 31 juillet 2025, nous parlions de ces deux appareils, immatriculés 5R-RIS et 5R-ISA, qui auraient été discrètement transférés vers l’Iran, en violation des sanctions internationales. L’opération aurait été validée sous la tutelle du ministre Ramonjavelo, avec le feu vert administratif de l’ACM. Les avions, pourtant non conformes aux normes de navigabilité, auraient reçu leur certificat sur simple dossier à la demande expresse du ministère.
Le directeur général de l’ACM, aujourd’hui incarcéré, avait reconnu avoir agi «sur instruction directe» du ministre. Ce dernier avait été limogé par l’ex-Premier ministre, Christian Ntsay, qui prit personnellement la tête du ministère des Transports. Aucune enquête judiciaire indépendante n’avait suivi, ni commission parlementaire ni rapport public. Comment une transaction aussi stratégique, appuyée par une subvention de USD 40 millions de la Banque mondiale, a-t-elle pu passer entre les mailles du contrôle étatique ?
Ironie du sort : la fuite de Ntsay et Mamy
Ironie tragique : celui qui prônait la probité gouvernementale, Christian Ntsay, aurait luimême fui le pays aux côtés de Mamy Ravatomanga – en contournant les règles élémentaires de l’aviation civile. Aujourd’hui, Ravatomanga est coincé à Maurice sous le coup d’une enquête de la FCC pour soupçons de blanchiment et de détournement d’avoirs. Ntsay, pour sa part, aurait rejoint Dubaï où réside déjà l’ex-président, Andry Rajoelina, en exil depuis la chute du régime. De plus en plus, l’axe Antananarivo-Maurice-Dubaï apparaît comme la route privilégiée d’une élite politico-économique cherchant à se soustraire aux enquêtes nationales.
Silences, zones d’ombre et risques régionaux
À ce jour, aucune autorité malgache n’a officiellement poursuivi l’enquête. Les promesses de collaboration internationale, y compris une éventuelle mission du Federal Bureau of Investigation américain, se sont perdues dans le silence. Pendant ce temps, les seconds couteaux – le directeur de l’ACM et Khushwinder Singh – servent de fusibles, tandis que les véritables décideurs restent hors de portée.
Cependant, le scandale dépasse les frontières de Madagascar. L’atterrissage controversé de l’appareil transportant Mamy Ravatomanga et d’autres personnalités malgaches à Maurice a mis en lumière la fragilité des contrôles locaux et la nécessité d’une vigilance accrue des autorités financières. Alors que la FCC se penche sur les flux suspects, Maurice joue sa crédibilité internationale. Les audits, vérifications bancaires et gels des avoirs doivent suivre, car l’île ne peut se permettre d’être le paillasson des circuits financiers occultes de la région.
Publicité
Publicité
Les plus récents