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Kronik KC Ranzé
Pour arriver à bon port…
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Kronik KC Ranzé
Pour arriver à bon port…
Si nous ne faisons pas attention et que nous ne nous réagissons pas rapidement, nous allons perdre nos chances portuaires.
Si nous nous sommes longtemps laissé bercer par la litanie d’être le «Star and Key of the Indian Ocean» (ou sa forme plus docte, d’être le «Stella Clavisque Maris Indici»!), le monde a beaucoup changé depuis le 18ᵉ /19ᵉ siècle où cette ‘formule’ fut imaginée et nous nous sommes, depuis, un peu… endormis.
La position géographique de notre pays n’a pas changé, mais le monde, si !
Pour le moment, avec une situation régulièrement perturbée à l’entrée sud du Canal de Suez, tant par les Houthis du Yémen que par quelques pirates occasionnels de la Somalie ; environ 30 000 navires passent dans notre région. C’est dire s’il y a une occasion à saisir pour nos services portuaires, car, tout en reconnaissant que Suez pourrait reprendre sa place et que la route arctique va s’ouvrir avec la fonte des glaces, il est probable que le trafic maritime va continuer de croître. Les ports correctement dimensionnés et surtout productifs dans notre région ont des places à prendre…
Comment ?
Les ports qui ont amélioré leur efficacité ces cinq dernières années combinent des investissements dans la digitalisation, le 24/7, ainsi qu’une coordination grandissante avec les douanes et les partenaires logistiques. L’état d’esprit y est systématiquement pratique et progressiste. Le statu quo et la recherche du confort des uns et des autres ne rendent pas service et nous feront perdre des opportunités. Si les bateaux containers, dépendant de leur taille, passent en moyenne entre 12 et 36 heures dans un port efficace, pourquoi estce que les compagnies maritimes devraient se contenter du double ailleurs, comme chez nous ? Il est clair que c’est plutôt un marché de ravitaillement et de transbordement qui doit dominer nos ambitions, notre marché intérieur étant minuscule à l’échelle mondiale. Cependant un port qui marche généralement mieux devrait forcément aider à réduire les coûts de fret et de logistique pour le consommateur local aussi…
Parmi les 20 ports alignant les plus forts taux de productivité portuaire, selon le rapport de la Banque mondiale qui vient d’être publié (*), 11 sont chinois! Pas un seul n’est américain. Il y a un seul européen et il s’agit d’Algesiras qui est espagnol. Cependant, le 3ᵉ port le plus efficient du monde en 2024 a été… Port-Saïd, en Egypte ! Le 5ᵉ est Tanger du Maroc. Le 13ᵉ est Tanjung de la Malaisie. Ces trois pays ne sont pas d’une ligue particulièrement différente de la nôtre. Le port de Dakar au Sénégal est, de son côté, le port le plus productif d’Afrique subsaharienne en 2024. Alors qu’est-ce qui permet leur succès ?
Port-Saïd est géré par le gouvernement égyptien à travers le gouvernorat de Port-Saïd et la Suez Canal Authority avec des partenariats de l’AD Ports Group d’Abu Dhabi, qui est présent dans 50 pays. Le port de Tanger opère des terminaux sous concessions avec Eurogates /CMA CGM et APM Terminals (c.-à-d. les Scandinaves du groupe Maersk, présents dans 43 pays, incluant Port-Saïd et Tanjung Pelepas). Dakar a signé avec DP World depuis 2008. En clair, vivre en vase clos n’aide pas. Si vous voulez étendre vos ailes et vous rapprocher des sommets, il faut apprendre de ceux qui savent mieux faire… Si les Egyptiens, les Marocains et les Malaisiens peuvent se hisser au-dessus du lot, pourquoi pas Port-Louis ? Un partenariat stratégique boosterait le secteur, quintuplerait probablement l’activité et le chiffre d’affaires, créerait de l’emploi, doperait les salaires. Si nous continuons à penser petit et étroit, notre port ratera ses chances et finira comme MK, qui cherche, enfin, des partenaires pour s’en sortir!
Il vaut sans doute mieux posséder 50 % d’une activité qui marche et qui va croître mieux, plutôt que 100 % d’une activité qui, enfermée sur elle-même, dans sa mémoire, ses craintes, ses refus et ses contraintes imposées, va rater ses chances et végéter ! Il faut avoir le courage de voir grand, de trancher dans le fatras et d’apprendre de ceux qui savent mieux faire, sinon nous serons perpétuellement condamnés à rester… petits. Et à continuer à nous plaindre… Plutôt que de se créer la chance de pouvoir chanter nos succès !
Le changement ne demanderait-il pas, finalement, de CHANGER d’approche ?
Cela dit, l’index CPPI (Container Port Performance Index) de Port-Louis devrait nous en persuader ! Nous sommes le 369ᵉ des 403 ports évalués par la Banque mondiale en 2024. Notre indice de performance pour 2024 est à -70, ce qui est moins bien que le CPPI moyen de l’Afrique de l’Est (- 38.6) et encore pire que la moyenne enregistrée pour les économies de notre catégorie, soit le Upper Middle Income, qui affiche -3.4… Vraiment pas de quoi pavoiser!
Des ports de la région, La Réunion (surprise !) fait mieux que nous, étant 355e avec un index de -46 ; Durban est 403ᵉ avec l’affreux score de -721, Maputo est 347ᵉ avec -40, Tamatave qui n’est pas listée discute ces jours-ci avec PSA International de Singapour et Colombo est 80e mondial avec +42. Nous avons encore nos chances! Mais, surtout, ne les gaspillons pas! Et pressons-nous…
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En février dernier, le PM révélait, choqué, l’existence d’un système de surveillance de masse de toute la nation, acheté par le gouvernement Lepep pour Rs 5,2 milliards. Il promettait un rapport complet et des poursuites pour qui de droit. Près de 9 mois plus tard, va-t-on accoucher ?
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Du Népal à l’Indonésie, des Philippines au Kenya, du Bangladesh au Maroc, du Pérou à Madagascar, la génération Gen Z est en ébullition depuis peu. Sûrement pas pour les mêmes raisons partout, mais il est clair que les ‘révolutions’ du genre, qui débordent sur des manifestations violentes, ont toujours été contagieuses dans le passé, même si elles le sont encore plus maintenant. Les ‘révolutions’ européennes de 1848, le printemps arabe, Mai ’68, Black Lives Matter en sont des exemples. L’Internet et les réseaux sociaux sont sans conteste des accélérateurs de ces mouvements aujourd’hui ; les slogans, les vidéos courtes de violence policière, les discussions qui enflamment les passions, un peu partout sur la planète, font que les jeunes se reconnaissent et se copient…
La tentation première des autorités dans ces circonstances (et parfois même en amont de ces circonstances) est de contrôler ou de bloquer l’Internet. Les autocraties se distinguent alors : Corée du Nord en tête, la Chine avec son ‘Great Firewall’, l’Iran, l’Afghanistan, la Russie, le Myanmar et d’autres… La Turquie bloque l’Internet à chaque fois qu’une instabilité quelconque paraît le justifier. L’Inde a interdit 59 applications depuis 2020, inclus Tik Tok. Cette année, la décision de bloquer 26 réseaux sociaux jusqu’à ce qu’ils s’enregistrent auprès du gouvernement est ce qui déclenchait les émeutes Gen Z au Népal. Résultat ? 19 morts ! A Maurice la décision de Pravind Jugnauth de bloquer l’Internet pour faire taire Mr Moustass soulevait aussitôt un tollé majeur. Pas d’émeutes ici, mais… 60/0 ! Malgré tous ses dangers évidents, les réseaux sociaux ont été adoptés avec passion par les jeunes mondialement et on ne fera pas machine arrière, sauf à très grands frais! Tout juste sera-t-il permis de contrôler à la marge (pédophilie, incitation à la violence, vente de drogues ou d’armes, obscénités, etc.).
A Madagascar, ce qui a allumé la mèche c’est sans doute la pauvreté chronique, doublée de coupures d’eau et d’électricité. Mais le bâton de dynamite à l’autre bout de la mèche est clairement le fait que les ‘élites’ se portent bien et que le pays patauge, pourtant, économiquement avec insistance. Depuis l’indépendance en 1958, Madagascar n’a, malgré ses immenses ressources naturelles, jamais fait mentir la boutade que «Madagascar est un pays d’avenir… et le restera !» (Une boutade qui n’est PAS de De Gaulle, malgré l’insistance de certains).
Si Madagascar avait en 1990, un PIB par tête de $ 1,165 (PPP), comparé aux $ 5,008 de Maurice (x 4.3 fois), notre voisin affichait $ 1,884, 35 ans plus tard, en 2024, alors que Maurice avait entre-temps évolué à $ 31,050 (environ $ 11,800 en valeur courante), selonla Banque mondiale (x 16.5) ! Des chiffres qui devraient mettre en perspective le progrès accompli ici par nos travailleurs, nos entrepreneurs et nos autorités, du moins par comparaison. Il ne faut pas non plus oublier que ces chiffres ne sont que des moyennes qui, à Madagascar, sont gonflées par les revenus des élites, dont ceux de Mamy et de ses amis politiciens. Imaginez seulement le revenu de ceux au bas de l’échelle, de l’autre côté de cette moyenne famélique !
A l’heure de l’Internet, on ne cache plus aussi facilement les disparités de richesse, ou les absences d’exemplarité quand on demande à la population d’accepter des sacrifices, ou encore les malpropretés de la corruption – petite et grande – qui s’installe dans les mœurs comme une fatalité cancéreuse. La preuve ? Le pouvoir malgache est tombé. Certains membres des élites ont fui. L’armée a pris le pouvoir. A priori ce n’est pas une recette pour sortir de l’ornière et Madagascar va encore devoir attendre son Moïse… Que cela nous donne à réfléchir!
(*)https://openknowledge.worldbank.org/server/api/core/bitstreams/695e8bdc-eb9a-439a-a8d5-228593831ce8/content. Publié le 20/09/2025
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