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COP30

Le rendez-vous énergétique de Belém

15 octobre 2025, 06:45

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La COP30, qui s’ouvre le 10 novembre à Belém, au Brésil, ne sera pas – espérons-le – une conférence de plus, noyée dans le bruit diplomatique et les déclarations creuses. Elle devrait être, dans le sillage d’un monde fracturé par les guerres, les désengagements américains et les records climatiques, le moment où se joue une partie décisive : celle de notre survie énergétique, économique, écologique et climatique. Et Maurice, malgré sa taille, son insularité et ses contraintes budgétaires, ne doit pas rester sur la touche.

Il faut d’abord regarder les choses en face : notre pays traverse une crise énergétique structurelle. Dépendant à plus de 80 % des énergies fossiles importées, exposé à la volatilité des marchés mondiaux et aux décisions géopolitiques de puissances lointaines, il subit de plein fouet les effets d’un modèle dépassé. À cela s’ajoutent des tarifs électriques qui pèsent lourdement sur les ménages et les entreprises, une transition vers les énergies renouvelables qui patine, et un secteur industriel qui réclame visibilité et stabilité. Dans ce contexte, la COP30 n’est pas seulement un sommet planétaire : c’est une scène où Maurice doit venir raconter son histoire, plaider sa cause et négocier son avenir avec des partenaires internationaux.

Belém sera le théâtre de plusieurs débats clés. D’abord, celui des NDC (Nationally Determined Contributions), ces contributions nationales déterminées qui traduisent les ambitions climatiques de chaque pays. Elles sont loin d’être à la hauteur : alors qu’il faudrait réduire les émissions mondiales de 43 % d’ici 2030 pour rester sous le seuil des 1,5 °C, les engagements actuels plafonnent à une baisse de 5,9 %. Maurice, comme nombre de petits États vulnérables, n’a pas le poids d’un grand pollueur. Mais il peut montrer l’exemple en soumettant une feuille de route claire vers une transition énergétique juste, sociale et inclusive, fondée sur le solaire, l’éolien, la biomasse et l’efficacité énergétique. Il ne s’agit pas d’un luxe idéologique, mais d’une nécessité économique: chaque mégawattheure produit localement et proprement est un acte de souveraineté.

Ensuite, il y aura le débat crucial sur le financement climatique. Les pays développés se sont engagés à mobiliser 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions et à s’adapter aux impacts climatiques. Mais les promesses peinent à se concrétiser. Pour Maurice, cette question est vitale. Sans accès facilité aux fonds d’adaptation, aux mécanismes de «loss and damage» ou aux instruments innovants comme la future Baku to Belém Roadmap, il sera impossible de moderniser notre réseau électrique, de protéger nos côtes contre la montée des eaux ou de soutenir nos secteurs productifs dans la transition bas carbone. C’est là que notre diplomatie doit être stratégique : bâtir des alliances, plaider la cause des petits États insulaires et transformer notre vulnérabilité en levier de négociation.

La COP30 sera aussi celle des forêts et des océans, ces régulateurs climatiques dont dépend notre survie. Le lancement du Tropical Forests Forever Fund rappelle que préserver les puits de carbone n’est pas qu’une affaire amazonienne. L’océan Indien, notre environnement immédiat, joue un rôle tout aussi crucial. Maurice pourrait y faire entendre une voix forte : celle d’un petit État qui milite pour une gouvernance climatique intégrée des océans, de la biodiversité et de l’énergie bleue, et qui propose des partenariats Sud-Sud pour mutualiser la recherche et l’innovation.

Reste enfin l’essentiel : notre présence. Oui, les prix prohibitifs des hôtels à Belém poussent certains États à réduire leurs délégations, voire à renoncer. Mais la question n’est pas la taille de la délégation ; c’est la qualité de notre argumentaire. Un diplomate mauricien bien préparé, porteur d’un dossier rigoureux, peut peser davantage qu’un cortège de ministres ou de juniors davantage préoccupés par le montant de leur per diem ou les photo ops sur leur page Facebook. La COP30 doit être pour nous une tribune, pas un défilé de mode.

À l’heure où le monde cherche à inventer une nouvelle architecture climatique, Maurice ne doit pas se contenter d’être spectateur. Le pays doit s’imposer comme un laboratoire de solutions adaptées aux petits États : transition énergétique inclusive, financement innovant, alliances régionales. Ce n’est pas seulement notre place dans les négociations qui se joue ; c’est notre capacité à transformer une crise énergétique en projet de société.

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