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Transversale
Ballon d’Or, entre narcissisme et humilité
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Transversale
Ballon d’Or, entre narcissisme et humilité

Institué par le magazine France Football en 1956, sous l’impulsion de journalistes comme Gabriel Hanot, le Ballon d’or est LA récompense individuelle ultime du footballeur. Il fait débat onze mois sur douze et cristallise toujours l’attention, même de ceux qui prétendent l’ignorer.
«Et Ousmane Ballon d’or, et Ousmane Ballon d’or...» Quand DJ Snake fait chanter tout le Parc des Princes le 2 juin dernier, au plus fort des célébrations du Paris Saint-Germain champion d’Europe, la campagne de Dembele pour le BO vient de commencer. Et elle a finalement bien fait son chemin.
Difficile de savoir avant le verdict qui allait gagner lundi soir, vu ce qui s’était passé avec Vinicius l’an dernier, et même si la tendance qui se dégageait était claire. Car on ne peut pas se mettre dans la tête des 100 journalistes qui composent le jury. Surtout depuis la fin de l’ère Messi-Ronaldo, qui se résumait à un match à deux, ou dont la simple présence faussait parfois les données d’objectivité. Beaucoup de votants élisant parfois le fait d’être le meilleur joueur du monde en activité plutôt que le meilleur de l’année en question !
La réaction du père de Lamine Yamal après le sacre de Dembélé, va d’ailleurs dans ce sens. «Je ne dirais pas un vol mais un préjudice moral à un être humain», a-t-il lancé. «Parce que je crois que Lamine Yamal est le meilleur joueur du monde. De loin... et de très loin. Pas parce que c’est mon fils mais parce que c’est le meilleur joueur du monde, il n’a pas de rival. C’est Lamine Yamal. Il s’est passé quelque chose de très étrange ici. L’année prochaine, il sera le Ballon d’or espagnol.»
La douleur d’un père déçu ou plutôt un tacle mal- adroit ? Intrinsèquement, Yamal est peut-être le meilleur joueur du monde actuellement, mais satisfait-il à tous les critères du Ballon d’or 2025 ? Beaucoup lui reprochent une forme d’arrogance. Comme beaucoup ne peuvent voir en peinture Kylian Mbappe qualifié, à tort ou à raison, d’égocentrique...
Mais peut-on plaire à tout le monde pour autant ? Diego Armando Maradona, par exemple, n’a jamais eu le Ballon d’or (parce que les règles du concours de l’époque ne permettaient pas à un non européen de l’avoir, ce qui a, du reste, joué en faveur de Michel Platini, qui en a enquillé trois en 1983, 1984 et 1985...) mais il n’hésitait pas à dire qu’il était le meilleur. Tout comme Cristiano Ronaldo, que beaucoup détestent, le trouvant trop narcissique. Il faut dire que l’ère des réseaux sociaux et des followers est tombé pile poil pour celui qui compte cinq Ballons d’or...
Lionel Messi, lui, en a pris HUIT entre 2009 et 2023, mais certains lui reprochaient d’avoir le charisme d’une huître et de ne pas assez prendre position dans les médias. On serait tenté de répondre qu’il préférait sans doute parler sur le terrain et que son talent a fait le reste !
Ceci dit, avez-vous déjà entendu Ousmane Dembele se plaindre sur un terrain ? Ou gémir dans les médias à chaque fois qu’il prend des coups bas ? Lui qui était régulièrement dégommé sur les réseaux sociaux après avoir explosé très jeune en équipe de France. Le joueur de 28 ans a longtemps été caricaturé comme un super dribbleur qui ne cadre pas ses frappes.
De Rennes à Dortmund, en passant par le Barça et Paris, Ousmane était considéré comme la pépite qui n’arrivait jamais à exploiter tout son potentiel. Comme une grande promesse jamais tenue. Mais en le voyant pleurer à chaudes larmes lors de son émouvant discours de lundi dernier, au théâtre du Chatelet, on comprend combien il en a bavé. Souffrir en silence. A l’abri des regards. Puisant sa force avec l’amour de ses proches.
La meilleure réponse il l’a donné lundi à la face du monde, en cultivant l’humilité plutôt que le narcissisme. Le destin a voulu que c’est lorsque son pote Mbappé quitte le PSG pour le prestigieux Real Madrid et qu’on pense que Dembélé va peut-être s’enterrer et régressé, qu’il prend son véritable envol.
Pour être Ballon d’or, normalement il faut être un peu égoïste. Se faire mousser pour sortir la tête de l’eau. Mais l’attaquant parisien n’a pas voulu la jouer perso. Ce qui lui permet de finir devant de super joueurs comme Achraf Hakimi, Mohamed Salah, Rafinha et Lamine Yamal, qui auraient tous pu suc- céder à Rodri cette année...
Dembélé a écrit sa légende comme un certain Karim Benzema en 2022. L’histoire est digne d’un roman. Dans un nouveau rôle de meneur, il s’est fondu dans le brillant collectif de Luis Enrique (35 buts et 16 passes décisives). Fini les conneries, le dilettantisme, les retards à l’entraînement. Il a changé et a bossé assidûment. L’humilité avant le narcissisme. La gloire a suivi.
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