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Rodrigues

Verlaine St Pierre : «La formation professionnelle dans l’élevage et l’agriculture est cruciale»

23 septembre 2025, 17:00

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Verlaine St Pierre : «La formation professionnelle dans l’élevage et l’agriculture est cruciale»

Au Centre Frère Remy à Rodrigues, Verlaine St Pierre a débuté avec seulement une fourche, une pioche, un râteau et un arrosoir. En 37 ans de carrière, l’éducatrice a cultivé deux hectares de terre et fait grandir un grand nombre de success stories parmi les jeunes. Focus sur les besoins du centre de formation, au cœur d’une nouvelle campagne Small Step Matters.

? Pouvez-vous raconter vos débuts au Centre Frère Remy ?

Je suis originaire de Rodrigues. Après avoir séjourné huit mois à Maurice, je suis rentrée pour ce projet précis de formation agricole. J’avais alors 26 ans et une bonne expérience de la terre et de l’élevage acquise auprès de mes parents, à Fonds La Bonté. Je suis arrivée neuf jours après l’ouverture du centre pour épauler Frère Remy. Il n’y avait alors qu’un vaste terrain en friche, couvert de piquants loulous et d’eucalyptus.

Au départ, une fourche, une pioche, un râteau, un arrosoir… et même pas d’abri de jardin pour les outils ! Il y avait cinq enfants au commencement et, petit à petit, l’effectif s’est rapidement étoffé. Nous avons eu beaucoup à faire pour nettoyer le terrain et commencer à planter… Le plus grand des eucalyptus a servi à construire un kiosque. Et les premiers cours d’alphabétisation se sont organisés sous un tamarinier. Ensuite, nous avons construit progressivement les bassins qui n’existaient pas pour irriguer… Si nous avions les fonds, j’aimerais organiser un bon système d’archivage qui traverserait le temps, afin de documenter et de mettre en valeur l’histoire du centre, notre histoire commune, celle des employés et des élèves.

? Que sont devenus vos élèves ?

Le Centre Frère Remy compte beaucoup de parcours de réussite individuelle ! Nos anciens élèves sont partout, dans l’île et à l’extérieur, à Maurice ou à l’étranger ! À Rodrigues, nous comptons au moins quatre restaurateurs, deux jeunes femmes et deux hommes. Nos élèves se retrouvent dans tous les domaines de la chaîne alimentaire, de l’élevage à l’agriculture, en passant par la vente de légumes et la restauration… La semaine passée, un ancien élève est même venu nous offrir des glaces fabriquées localement et des pizzas de sa main… C’est extraordinaire ce réseau créé en 37 ans ! Les anciens deviennent à leur tour des maîtres de stage, qui prennent les plus jeunes sous leurs ailes, c’est très encourageant ! Certains anciens élèves ont rejoint le Rotary ou le Lions Club. Une autre manière encore de soutenir notre centre de formation !

? Vos besoins restent pourtant grands aujourd’hui ?

Oui, la campagne sur la plateforme Small Step Matters.org concerne actuellement le recrutement de deux formateurs en freelance et à temps partiel pour soutenir les élèves dans leur préparation à l’examen national du NC2. Nous avons trois classes. Nous débutons avec la remise à niveau académique. Un travail qui se fait en parallèle avec l’écoute et l’accompagnement au niveau social, individuellement, en collaboration rapprochée avec chaque famille. Ensuite, nous avons la préparation des élèves en vue de l’examen à proprement parler.

? Avec quel taux de réussite ?

Pour vous donner un exemple, l’an passé, sur 18 jeunes ayant pris part à l’examen, tous ont réussi la pratique, mais deux ont échoué aux épreuves théoriques. Nous voulons donc mettre toutes les chances de leur côté avec l’appui de deux formateurs supplémentaires financés par la campagne actuelle sur Small Step Matters.org. Notre équipe a remarqué aussi que c’est important d’avoir une bonne mixité parmi les formateurs. Les jeunes filles sont hyper motivées par nos cours, voire parfois davantage que les garçons. Et elles ont besoin d’accompagnatrices, pas seulement d’un formateur. Notre personnel a également un grand rôle à jouer en cumulant plusieurs tâches, dont l’accompagnement sur le lieu de stage pour les mineurs les plus jeunes.

? L’accompagnement des enfants se fait aussi par le suivi à domicile ?

Oui, nous avons plusieurs programmes, dont «Parents à l’École» et «L’École dans la Cour». Au minimum tous les trois mois, nous faisons une visite à domicile pour voir l’évolution de la cellule familiale et l’application de nos méthodes de jardinage ou d’élevage. C’est important que les mères célibataires mettent la main à la terre, car ce sont leurs habitudes, leur dynamisme qui se transmettront à leurs enfants, nos élèves ! À l’école, nous cultivons aussi une pratique de «vie ensemble». Nous sommes solidaires avec les parents. Nous sommes proches des mères, des grands-mères, des tantes ou des marraines… Nous avons aussi besoin des figures paternelles, quand le père est absent, parfois même depuis la naissance de l’enfant. Nous sommes plus que des formateurs, parfois de véritables tuteurs…

? Des tuteurs, comme pour les jeunes pousses dans la terre…

Oui, pour vous donner un exemple simple, parmi nos rituels figure le fait de prendre le petit-déjeuner ensemble. Nous devons trouver l’équilibre dans notre engagement pour que ces enfants puissent devenir autonomes, mais aussi pouvoir compter sur une cellule quasi familiale, même dans les cas où ce serait difficile à la maison.

? Votre public est composé d’enfants vulnérables ?

Effectivement. Et c’est d’autant plus gratifiant de les voir rebondir dans leur vie personnelle et professionnelle. J’ai oublié de vous parler des jeunes qui sont devenus paysagistes. Certains sont spécialisés dans la vente de fleurs ou de plantules. D’autres ont suivi des formations poussées à Maurice ou entrepris des stages à l’étranger. Notre centre est spécialisé dans la reproduction des hibiscus et des bougainvilliers. Nous avons des serres et une ombrière. Nos installations sont à rénover car nous avons connu des cyclones et de fortes intempéries…

? Est-ce difficile d’attirer les sponsors à considérer les projets rodriguais ?

Très difficile, surtout pour convaincre des entreprises de Maurice. Pourtant, nous avons fait preuve de notre sérieux puisqu’à trois reprises nous avons été récipiendaires de programmes de soutien de l’Union européenne, nécessitant notamment des rapports de suivi et des évaluations plus ou moins complexes.

? Quels sont vos besoins actuels ?

Nous mettons beaucoup d’espoirs dans notre première campagne Small Step Matters pour renforcer nos ressources humaines. Ensuite, nous aimerions rénover nos locaux. Par exemple, notre local pour entreposer notre matériel apicole date un peu. Nous souhaiterions également créer une salle informatique, car l’informatisation tient une place grandissante dans la vie des agriculteurs et des éleveurs. Pour leur comptabilité, mais pas seulement. Par exemple, l’arrosage se planifie automatiquement… Nous avons déjà une salariée qualifiée pour transmettre les bases des computer sciences. C’est la salle qui n’est pas adaptée, et le matériel que nous devrions acquérir. À moins de recevoir un don en nature de matériel informatique.

Je voudrais remercier par avance tous les donateurs individuels et les entreprises qui nous feront confiance et nous permettront d’avancer grâce à leur générosité exprimée à travers www.smallstepmatters.org. L’avenir de 20 jeunes dépend en partie d’eux ! La formation professionnelle des jeunes Rodriguais dans l’élevage et l’agriculture est cruciale pour aller vers davantage d’autosuffisance alimentaire pour l’île. Et également car les débouchés professionnels sont restreints pour la jeune génération.

Pour soutenir le Centre Frère Rémy avec une contribution CSR, contact : [email protected]

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