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Zakkiyah Wareshallee : «La santé mentale des jeunes n’est pas un luxe mais une nécessité»

12 septembre 2025, 17:00

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Zakkiyah Wareshallee : «La santé mentale des jeunes n’est pas un luxe mais une nécessité»

■ Zakkiyah Wareshallee, Psychologue

Psychologue formée en Inde, Zakkiyah Wareshallee analyse sans détour les pressions que subissent les adolescents aujourd’hui : bullying, consommation de drogues, surcharge académique, influence des réseaux sociaux. Dans cet entretien, elle met en garde contre les signaux d’alerte à ne pas négliger, tout en livrant des conseils pratiques aux parents, enseignants et jeunes eux-mêmes. Pour elle, chaque difficulté peut devenir une opportunité de croissance, à condition d’oser demander de l’aide et de cultiver sa résilience.

Le «bullying» et la consommation de drogues inquiètent en milieu scolaire. Quels impacts psychologiques ces fléaux ont-ils sur les jeunes ?

Le bullying et la consommation de drogues représentent deux défis majeurs dans le milieu scolaire, avec des répercussions psychologiques souvent profondes et durables. Le bullying, par exemple, peut entraîner une baisse significative de l’estime de soi, favoriser l’anxiété chronique, la dépression, et dans certains cas, provoquer des symptômes proches du stress post-traumatique. Les enfants et adolescents, ciblés de manière répétée, finissent parfois par se replier sur eux-mêmes, perdre tout intérêt pour leurs études ou développer des troubles psychosomatiques, tels que des maux de tête ou des douleurs abdominales. J’ai suivi le cas d’un élève constamment moqué pour son apparence, qui a, peu à peu, cessé de participer en classe avant d’éviter l’école, envahi par la peur et la honte.

La consommation de drogues, de son côté, perturbe le développement cérébral et accroît la vulnérabilité aux troubles mentaux. L’usage précoce de substances est souvent associé à une hausse des comportements à risque, à la dépression et à la difficulté à gérer ses impulsions. Je pense à un adolescent rencontré dans une organisation non gouvernementale à New Delhi, qui avait commencé à prendre du cannabis sous la pression de ses pairs. Rapidement, sa dépendance a affecté ses résultats scolaires, ses relations familiales et l’a conduit à des comportements délictueux pour financer sa consommation.

Lorsque le bullying et l’usage de drogues se combinent, l’impact psychologique devient encore plus lourd. Certains jeunes, victimes de brimades, se tournent vers les substances pour tenter d’apaiser leur souffrance émotionnelle, piégés dans un cycle destructeur, qui met en péril leur santé mentale et leur avenir.

Quelles sont, selon vous, les principales causes qui poussent un adolescent vers ces dérives ?

L’adolescence est une période charnière du développement, marquée par la recherche d’identité, l’influence des pairs et une régulation émotionnelle encore fragile. Plusieurs facteurs peuvent conduire les jeunes à avoir des comportements nuisibles tels que la consommation de substances, l’agressivité ou des choix autodestructeurs.

La pression des pairs demeure l’une des causes principales. L’estime de soi des adolescents repose souvent sur l’acceptation du groupe. J’ai suivi le cas d’une adolescente de 15 ans, qui a commencé à fumer uniquement parce que ses amies le faisaient. Bien qu’elle n’aimait pas le goût, elle craignait davantage d’être exclue et voulait appartenir au «groupe cool».

Les dynamiques familiales jouent aussi un rôle déterminant. Les adolescents qui grandissent dans un climat conflictuel, autoritaire ou marqué par la négligence, peuvent ressentir un vide émotionnel. Faute de soutien, ils cherchent du réconfort ailleurs : auprès de pairs délinquants, dans l’expérimentation de drogues ou encore dans des comportements d’autodestruction. À l’inverse, des règles trop strictes et sans dialogue favorisent la dissimulation, éloignant les jeunes d’une communication saine avec leurs parents.

Le stress académique constitue un autre facteur de vulnérabilité. Dans un environnement compétitif, certains adolescents croient trouver un soutien artificiel dans les stimulants ou les boissons énergisantes, pensant améliorer leurs performances. Un étudiant brillant m’a confié qu’il en dépendait avant les examens, sans réaliser les conséquences néfastes sur son sommeil et sa santé mentale.

Qu’il s’agisse de pression sociale, familiale ou scolaire, ces influences révèlent la nécessité d’un accompagnement bienveillant. L’écoute, le dialogue et un soutien émotionnel constants sont essentiels pour aider les adolescents à traverser cette étape de vie, sans tomber dans des comportements destructeurs.

Dans un monde rapide et hyperconnecté, les élèves font face à de multiples distractions – réseaux sociaux, pression des pairs, emplois à temps ou attentes familiales – qui compliquent la concentration. Pour y remédier, il est essentiel d’instaurer des routines structurées et des objectifs clairs. Découper les sessions d’étude en bloc avec de courtes pauses, hiérarchiser les tâches et aménager un espace de travail sans distraction favorise l’efficacité.

Les pratiques de pleine conscience comme la méditation ou la respiration profonde aident à gérer le stress et à maintenir l’attention. Concrètement, limiter les notifications, utiliser des applications bloquant l’accès aux sites distrayants et s’entourer de pairs motivés crée un environnement propice. Enfin, un sommeil de qualité et une activité physique régulière soutiennent les capacités cognitives et renforcent la résilience, permettant aux élèves de rester concentrés sur leur apprentissage.

Quels signaux d’alerte parents et enseignants doivent-ils surveiller pour intervenir à temps ?

En 2025, les adolescents évoluent dans un contexte complexe : réseaux sociaux omniprésents, forte pression académique et normes sociales changeantes. Cette réalité rend la détection précoce de la détresse psychologique plus difficile mais d’autant plus essentielle. Parents et enseignants doivent rester attentifs aux signaux d’alerte. Parmi eux : des changements persistants d’humeur comme l’irritabilité, le repli social, des épisodes fréquents de tristesse ou d’anxiété. Une chute des résultats scolaires, une perte d’intérêt pour des activités autrefois appréciées ou encore des modifications du sommeil, de l’appétit ou de l’hygiène peuvent traduire un mal-être profond.

Certains comportements nécessitent une vigilance accrue : conflits répétés, agressivité, recours aux substances, automutilation ou prises de risques inconsidérées. L’activité en ligne peut aussi fournir des indices : passer un temps excessif isolé sur Internet, cacher ses interactions sur les réseaux sociaux ou être impliqué dans du cyberharcèlement peut révéler une détresse psychologique.

Face à ces signes, le dialogue reste fondamental. Offrir un espace d’écoute, sans jugement, à l’école comme à la maison, encourage les adolescents à s’exprimer avant que les difficultés ne s’aggravent. Si les signaux persistent, il est crucial de solliciter rapidement l’appui de professionnels de la santé mentale. Une intervention précoce peut prévenir l’escalade des problèmes et aider les jeunes à retrouver un équilibre.

Enfin, malgré les difficultés actuelles, quel message d’espoir et de motivation adresseriez-vous aux jeunes ?

Malgré les nombreux défis auxquels les jeunes font face aujourd’hui – pression scolaire, attentes sociales ou influence des réseaux sociaux – il est essentiel de se rappeler que les difficultés ne sont jamais permanentes ni déterminantes pour l’avenir. Chaque obstacle peut devenir une opportunité de mieux se connaître, de renforcer sa résilience et de grandir émotionnellement. Demander de l’aide à un adulte de confiance, à un ami ou à un professionnel n’est pas un signe de faiblesse, mais un acte de courage et de maturité. Votre parcours est unique : se comparer aux autres limite vos possibilités. Concentrez-vous plutôt sur vos forces, vos passions, et valorisez chaque petit progrès accompli. La vie n’est pas un chemin linéaire ; les échecs en font partie et enseignent la persévérance, l’empathie et la capacité à rebondir. Les défis d’aujourd’hui peuvent ainsi devenir les fondations d’un avenir plus fort et plus épanoui.


Bio

Curieuse du fonctionnement de l’esprit humain depuis son adolescence à l’école Dr. Maurice Curé, Zakkiyah Wareshallee a rapidement choisi de faire de cette passion sa vocation. Grâce à une bourse de l’Indian Council for Cultural Relations, elle part pour l’Inde afin d’étudier et obtenir un Bachelor en psychologie au Nowrosjee Wadia College (université Savitribai Phule Pune), avant de décrocher un Master en psychologie à l’université de Delhi. Son parcours académique se double d’expériences cliniques enrichissantes, notamment à l’hôpital St. Stephens et au Peaceful Mind Clinic à New Delhi. Spécialisée dans la prise en charge de l’anxiété, de la dépression, des addictions mais aussi dans le counseling des adolescents, des étudiants et des couples, elle se consacre à aider chacun à mieux se comprendre et à trouver un équilibre. Pour elle, la santé mentale n’est pas un luxe mais une nécessité dans un monde où le rythme effréné met souvent l’esprit à rude épreuve.

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