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Yovanee Veerapen : «L’obésité est un défi multifactoriel et culturel chez nous»
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Yovanee Veerapen : «L’obésité est un défi multifactoriel et culturel chez nous»
■ Yovanee Veerapen, diététicienne.
Dans un contexte où Maurice voit son taux d’obésité grimper de manière alarmante, cette déclaration de Yovanee Veerapen, diététicienne spécialisée dans la nutrition, jette une lumière essentielle sur les causes, les enjeux et les solutions possibles. Son expertise met en évidence la complexité d’un phénomène qui ne se résume pas à une simple question de choix personnel mais qui résulte d’un ensemble de facteurs socioculturels, économiques et environnementaux.
Yovanee Veerapen explique que l’obésité est une maladie chronique multifactorielle. Chez nous, cette tendance est alimentée par une transition nutritionnelle rapide : la disparition progressive des repas traditionnels équilibrés au profit d’aliments transformés, riches en sucres et en graisses. Par ailleurs, l’évolution du mode de vie, désormais plus sédentaire, accentue cette problématique. Moins de déplacements actifs, plus d’heures passées devant les écrans, le stress, le manque de sommeil et une prédisposition génétique chez certains individus, contribuent également à cette crise sanitaire.
?L’impact des habitudes culturelles et traditionnelles
Le patrimoine culinaire mauricien, riche et diversifié, comporte ses limites. Yovanee Veerapen souligne que beaucoup de plats traditionnels sont frits ou préparés avec de la farine raffinée et beaucoup d’huile. Autrefois, les repas étaient plus simples, avec des portions modérées et une forte consommation de légumes. Cependant, la modernisation et la mondialisation ont favorisé une évolution vers de plus grandes portions et une consommation accrue de produits industriels. La jeunesse, particulièrement exposée aux fast-foods, snacks et boissons sucrées, est devenue particulièrement vulnérable à la prise de poids, ce qui accentue la nécessité d’adapter les habitudes alimentaires.
?Inégalités socio-économiques
La diététicienne insiste également sur l’impact du statut socio-économique. Selon elle, l’accès aux aliments sains reste un défi pour une partie de la population. Les produits frais tels que fruits, légumes et protéines maigres, sont souvent perçus comme coûteux alors que les aliments riches en calories mais pauvres en nutriments – fritures, pain blanc, produits transformés – sont plus accessibles. Cette disparité complique la prévention. La solution réside dans la promotion de recettes locales simples, nutritives et abordables, ainsi que dans la mise en œuvre de politiques publiques facilitant l’accès à une alimentation saine pour tous.
?L’efficacité des initiatives de santé publique
Malgré des campagnes de sensibilisation et des programmes scolaires visant à encourager l’activité physique et une alimentation équilibrée, Yovanee Veerapen remarque que leur impact reste limité. Ces initiatives reposent souvent sur la responsabilisation individuelle, sans accompagnement pratique suffisant. Elle appelle à une approche pluridisciplinaire impliquant médecins, diététiciens, psychologues et éducateurs physiques. Elle plaide également pour un renforcement des politiques publiques : étiquetage nutritionnel clair, régulation stricte de la publicité pour les aliments malsains et création d’un environnement favorable à de meilleurs choix de vie.
?Conseils pratiques pour une gestion durable
Au final, la diététicienne insiste sur l’importance de changements progressifs. Elle recommande aux Mauriciens de privilégier les légumes, les légumineuses et les céréales complètes locales, tout en réduisant la consommation de boissons sucrées et de produits ultra-transformés. La maîtrise des portions, sans renier le plaisir des plats traditionnels, doit devenir une priorité. Elle invite également à augmenter l’activité physique quotidienne, que ce soit par la marche, le jardinage ou la danse.
Pour notre interlocutrice, il est crucial de rappeler que l’obésité est une maladie et que chercher un accompagnement médical et pluridisciplinaire n’est pas une faiblesse mais un pas essentiel vers une meilleure santé. La lutte contre ce phénomène au niveau local nécessite une mobilisation collective, à la fois sur le plan individuel etinstitutionnel.
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