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Réseaux troubles de blanchiment d’argent
Sociétés-écrans, garages clandestins et haras de prestige
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Réseaux troubles de blanchiment d’argent
Sociétés-écrans, garages clandestins et haras de prestige
■ Wendip Appaya, Ashik Allysaheb Ameersaheb Jagai et Steven Moothoocurpen.
L’affaire qui secoue la galaxie gravitant autour du blanchiment d’argent, voire du trafic de drogue, prend une nouvelle tournure. Trois noms apparaissent désormais au centre de l’attention : Ashik Allysaheb Ameersaheb Jagai, dit Jagai fils, l’homme d’affaires Wendip Appaya et l’entrepreneur Steven Moothoocurpen. La Financial Crimes Commission (FCC) tente de démêler un écheveau complexe mêlant sociétés-écrans, importations suspectes et voitures de luxe ainsi que le nom du tandem Moothoocurpen Jagai fils sur un document dans un haras de prestige. L’enquête cherche à comprendre si ces trois hommes auraient constitué un réseau de dissimulation et d’enrichissement rapide.
? L’ombre des sociétés-écrans et d’acétone
Au cœur du premier volet : l’importation d’acétone. Ce produit chimique, utilisé légalement dans certaines industries, est aussi reconnu comme une substance sensible car il peut servir à la transformation de drogues. Selon les recoupements apportés par Bruneau Laurette à la FCC, plusieurs sociétés liées à Wendip Appaya auraient procédé à des importations régulières d’acétone ces dernières années. Bruneau Laurette, entendu récemment par les enquêteurs, a suggéré de vérifier les sister companies rattachées à Wendip Appaya. Parmi elles, des noms tels que Ziya Properties ont été mentionnés. Ces sociétés, actives officiellement dans l’immobilier ou l’entretien, pourraient avoir servi de façade.
Bruneau Laurette a demandé aux enquêteurs de la FCC de rechercher quand ces importations avaient commencé, quelles quantités avaient transité par le port et qui en étaient les bénéficiaires finaux. Les bills of entries, documents douaniers retraçant les importations, devront être scrutés avec minutie. L’enquête s’intéresse aussi aux sociétés créées par Jagai fils, qui en quelques années a multiplié les structures juridiques dans l’import-export, la mécanique automobile, l’alimentation ou encore l’investissement immobilier. Steven Moothoocurpen apparaît comme partenaire dans Ziya Properties. Pour la FCC, il est crucial d’établir si l’acétone aurait pu servir de couverture à d’autres trafics.
■ Dans le garage de Wendip Appaya à Tranquebar.
? Des garages secrets et une flotte de bolides
Le deuxième volet de l’affaire touche au train de vie ostentatoire de Wendip Appaya. Passionné de voitures de luxe, il aurait constitué une collection impressionnante de bolides, souvent personnalisés avec des plaques uniques. Plusieurs de ces véhicules ont été saisis par la FCC lors d’opérations récentes, mais d’autres seraient encore dissimulés dans des garages à Port-Louis, Vallée-des-Prêtres, Petite-Rivière ou encore Triolet. Selon certaines estimations, plus d’une trentaine de véhicules, dont des modèles de collection, pourraient être concernés.
Pour les enquêteurs, ces voitures représentent bien plus qu’une passion : elles constituent peut-être une manière de convertir et de stocker des fonds d’origine douteuse. L’achat de véhicules haut de gamme puis leur dissimulation dans des dépôts privés offrent un moyen de sécuriser un capital sans passer par les circuits bancaires. Steven Moothoocurpen, de son côté, pourrait avoir joué un rôle de facilitateur financier ainsi que l’ascension d’Allysaheb Jagai.
La FCC cherche à établir un inventaire précis des véhicules et à identifier les sources de financement. Les autorités douanières et policières ont été sollicitées pour recouper les informations sur l’importation de ces voitures, certaines ayant pu transiter par des sociétés d’import-export contrôlées par les protagonistes.
■ Voiture saisie le 5 août lors de la descente avec Moothoocurpen et les autres.
? Haras du Morne : des signatures intrigantes
Le troisième axe de l’affaire surprend par son cadre : le Haras du Morne. Propriété de la famille G., ce domaine équestre prestigieux a fait l’objet d’un accord sous seing privé signé en juillet 2023 entre S. G. et A. D. Or, un avenant a été ajouté avec comme signataires Steven Moothoocurpen et Allysaheb Jagai. Cette insertion soudaine dans un contrat lié à la gestion d’un haras interroge les enquêteurs.
Pourquoi des hommes soupçonnés d’activités financières opaques s’intéressent-ils à un domaine équestre ? Est-ce qu’il pourrait s’agir d’une nouvelle forme de placement, voire de blanchiment, en utilisant les activités liées aux chevaux, aux terrains et aux événements équestres pour justifier des flux financiers ? La FCC examine également les conditions de location et de gestion du terrain.
? Un faisceau d’indices convergents
Prises séparément, l’importation d’acétone, la collection de voitures de luxe et la présence dans un haras pourraient paraître anecdotiques. Mais ensemble, ces éléments dessinent un schéma où se croisent sociétésécrans, investissements atypiques et soupçons d’enrichissement rapide. La FCC devra déterminer si ces activités relèvent d’un montage concerté visant à masquer des revenus illicites.
En toile de fond, l’affaire rappelle les dérives constatées où proximité avec le pouvoir, opportunités financières et sentiment d’impunité ont parfois ouvert la voie à des abus. En s’attaquant à ce dossier sensible, la FCC joue sur un terrain très pertinent. Les semaines à venir diront si l’institution parvient à lever le voile sur ce réseau et à traduire les responsables en justice.
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