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Banque centrale
La polémique enfle après la suspension de Chid Rughoobur
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La polémique enfle après la suspension de Chid Rughoobur
La Banque de Maurice (BoM) a annoncé l’interdiction immédiate de Chidanand Rughoobur, analyste et président du syndicat de la Bank of Mauritius Employees Union, de l’exercice de ses fonctions, invoquant une procédure disciplinaire interne liée à une affaire judiciaire en cours. Mais en tentant de justifier cette décision, la direction a mis la charrue avant les bœufs.
Selon une note interne datée du 25 août et signée par le First Deputy Governor, Rajeev Hasnah, la décision repose sur des documents transmis par la police et le tribunal de Grand-Port. Rughoobur fait l’objet d’une charge provisoire de rogue and vagabond, après avoir, selon la police, proféré des propos obscènes en public le 13 juillet. Arrêté puis détenu à Rose-Belle, il a été relâché sous caution de Rs 10 000 et doit comparaître à nouveau le 4 décembre. Rughoobur a, de son côté, porté plainte contre la police et dénoncé les agissements des policiers. Les deux enquêtes sont en cours.
La direction de la BoM souligne avoir attendu la réception de copies certifiées des registres judiciaires, le 21 août, avant de statuer. Quatre jours plus tard, elle a décidé de suspendre Rughoobur «en conformité avec les termes et conditions d’emploi», dans l’attente de la fin de l’enquête policière.
Vives critiques
La suspension de Rughoobur a immédiatement suscité de vives critiques parmi les employés de la BoM et dans les milieux syndicaux, qui y voient «une tentative d’intimidation et de répression». Plusieurs responsables rappellent que Rughoobur, à la tête du syndicat depuis plusieurs années, avait déjà affronté, en 2021, un refus de reconnaissance formelle de la part de la direction de l’époque. L’affaire avait alors été portée devant l’Employment Relations Tribunal, sans succès, la lettre officielle de reconnaissance syndicale restant introuvable.
«Nouvo gouvernman pe repet mem zafer, pa pe donn sindika rekonesans», déplorent plusieurs syndicalistes, qui voient dans cette suspension le prélude à un licenciement. Les syndicats insistent également sur le caractère provisoire des charges et dénoncent une atteinte à la présomption d’innocence.
Une lettre adressée à Rughoobur dès le 8 août par la BoM évoquait déjà des «contemplating disciplinary action which may entail your dismissal», laissant craindre un licenciement. «Le communiqué interne relève plus de l’assassinat de caractère que d’une mesure administrative», a estimé un syndicaliste, rappelant que l’enquête policière n’est pas encore terminée.
En 2021, l’ancien ministre du Travail, Soodesh Callichurn, avait dû intervenir pour éviter l’éviction de Rughoobur. Des voix appellent aujourd’hui le ministre de Travail, Reza Uteem, à agir, rappelant que des lois protègent les représentants syndicaux.

■Extrait de la note interne datée du 25 août et signée par le «First Deputy Governor», indiquant que la décision repose sur des documents transmis par la police et le tribunal de Grand-Port.
Le climat est d’autant plus tendu que certains pointent la responsabilité du gouverneur de la BoM, Rama Sithanen. «Sithanen est un excellent financier, mais sa gestion des ressources humaines est catastrophique», accuse un syndicaliste, l’invitant à «prendre des décisions impartiales pour le bien de la BoM».
Dans le camp de Sithanen, approché par l’express, on reste toutefois confiant que Navin Ramgoolam saura trancher dans l’intérêt général et ne se laissera pas guider par «des allégations concoctées à l’intérieur de la BoM».
La suspension de Rughoobur, figure syndicale de la BoM, intervient dans un contexte déjà marqué par des tensions internes. Il est pour beaucoup devenu une victime collatérale dans la guerre entre les nos1 et 2 vis-à-vis du no 3, Gérard Sanspeur. Selon certains, comme le négociateur Narendranath Gopee, cette décision envoie un signal clair : toute contestation au sein de l’institution monétaire sera sévèrement sanctionnée par Rajeev Hasnah, chargé des ressources humaines, après un différend opposant le duo Sithanen Hasnah à Gérard Sanspeur.
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