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Mémoire vivante de notre histoire

Regards croisés de deux reporters pour la Journée mondiale de la photographie

20 août 2025, 16:00

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Regards croisés de deux reporters pour la Journée mondiale de la photographie

Le 19 août, le monde célèbre la Journée mondiale de la photographie. Cette date n’a rien de fortuit : elle correspond à l’annonce officielle, en 1839, de l’invention du daguerréotype par Louis Daguerre, considérée comme l’acte fondateur de la photographie moderne. Offert alors comme un «cadeau au monde libre» par le gouvernement français, ce procédé a ouvert la voie à une révolution visuelle et mémorielle. Depuis, la photographie est devenue un outil incontournable pour témoigner, documenter et transmettre l’histoire.

Du daguerréotype aux cartes mémoire

Si la technique a évolué – des plaques argentiques aux appareils numériques ultraperformants d’aujourd’hui –, l’essence de la photographie demeure la même: capter un instant, figer une émotion, raconter une histoire. Dans les rédactions, les photographes de presse incarnent cette mission au quotidien. À l’express, deux regards témoignent de cette évolution : celui de Beekash Roopun, fort de 30 ans de carrière et celui de Vashish Kiranchand Sookrah, qui compte 18 années derrière l’objectif.

Beekash Roopun : Trois décennies au service de l’image

Tout a commencé pour Beekash Roopun dans des studios de vacances, où il s’amusait à prendre des portraits. Mais très vite, il a compris que son destin se jouerait sur le terrain. En 1995, il rejoint le journal The Sun, lancé par Sir Anerood Jugnauth. «Je me souviens de ma toute première conférence de presse. J’étais seul, sans repères, mais on attendait de moi des photos qui racontent une histoire : la joie, la colère, les émotions brutes. Quand j’ai montré mes clichés, développés et imprimés de mes propres mains, mon rédacteur en chef était fier de moi.» À l’époque, les moyens étaient limités. Pas d’appareils numériques ni de cartes mémoire illimitées. «On me donnait six rouleaux de pellicule pour une semaine. Un rouleau contenait 36 vues. Avec ça, je devais couvrir jusqu’à cinq événements par jour. Chaque déclenchement comptait.» Ses années de terrain l’ont mené sur des couvertures parfois difficiles : manifestations houleuses, affrontements de rue, drames humains. Un jour, alors qu’il couvrait une manifestation, il est blessé par une pierre lancée dans la foule. «J’ai dû passer deux jours à la clinique. Mais ce jour-là, ce sont des confrères d’autres rédactions qui m’ont aidé. Sur le terrain, on est concurrents, mais surtout solidaires.»

image.png En septembre 1998, Nelson Mandela a visité Maurice. © Beekash Roopun

Ses plus grands souvenirs sont liés aux figures historiques qu’il a immortalisées : Nelson Mandela, lors de sa venue à Maurice. «Il ne fallait surtout pas utiliser le flash, car il avait des problèmes visuels. J’ai dû improviser pour saisir son visage sans l’éblouir. C’était un honneur immense.» Narendra Modi, Premier ministre de l’Inde, lors de sa première visite à Maurice le 11 mars 2015. «Le cortège s’est arrêté juste devant moi. J’ai été le seul à capturer une image unique. La presse indienne a même filmé mon appareil pendant que je prenais le cliché.» Beekash a également croisé de nombreuses stars de Bollywood – Shah Rukh Khan, Hrithik Roshan, Aishwarya Rai, Amitabh Bachchan, entre autres. «Chaque rencontre est un défi : il faut capter l’essence du moment, pas juste un sourire figé.»

Untitled design.png Mini-émeute à Roche-Bois 28 en septembre 2012.

Pour lui, être photographe de presse ne s’improvise pas : «Aujourd’hui, beaucoup pensent qu’avec un smartphone, on devient photographe. Mais ce métier demande patience, endurance et surtout une responsabilité. Nous avons une carte de presse qui nous permet d’être sur le terrain, même en cyclone de classe 3 ou 4, pour témoigner pour le public. C’est un engagement.»

Vashish Sookrah : Capturer l’invisible

Pour Vashish Kiranchand Sookrah, la photographie est bien plus qu’un métier: c’est une vocation née très tôt. «Pour moi, la photographie a toujours été une passion qui s’est transformée en profession. Ce n’est pas simplement appuyer sur un bouton : c’est préserver des traditions qui disparaissent, documenter des métiers en train de naître et donner un sens à des instants fugaces.» Dans ses dix années de carrière à l’express, il a vu défiler des moments d’une rare intensité. Mais le plus marquant reste la pandémie de Covid-19. «Le monde s’était arrêté. Les rues de Port-Louis étaient vides, silencieuses. Moi, j’étais là, avec mon appareil, libre de circuler. Photographier ces lieux familiers plongés dans un calme presque irréel, c’était bouleversant. Ce silence, je ne l’oublierai jamais.» Cette expérience a révélé une autre dimension de la photographie : témoin d’un monde en suspens. Mais elle a aussi souligné les difficultés du métier. «La photographie n’est pas que beauté. Elle nous met aussi face à la dure réalité de la vie. Parfois, on est seul, confronté à la souffrance, à la misère humaine, à des vérités qu’il n’est pas facile d’accepter. C’est lourd à porter, mais c’est notre rôle.»

Pour lui, être photographe est une bénédiction : «C’est une manière de transformer un instant éphémère en mémoire collective.»

Express.mu (620 x 330) (9).png Le cyclone Belal, en janvier 2024, a marqué les esprits, tant par ses inondations que les conséquences désastreuses au Port-Louis Waterfront, «a stark reminder of nature’s power and the urgent need for resilience», affirme Vashish.

Les yeux du public

Au-delà de l’art, les deux photographes rappellent que leur rôle est d’abord de témoigner. Ils sont les yeux du public, les gardiens de la mémoire collective. La photographie de presse n’est pas un simple métier : c’est une mission. Elle exige patience, courage et une sensibilité à l’instant décisif.

En cette Journée mondiale de la photographie, leurs récits nous rappellent que chaque image est bien plus qu’un souvenir figé : c’est une trace vivante de notre histoire.

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