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Quand la police devient mafia, c’est une criminalité d’État

20 août 2025, 11:00

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Quand la police devient mafia, c’est une criminalité d’État

Six policiers, présumés corrompus dans l’affaire des Rs 250 millions de Reward Money – destiné à récompenser le courage des informateurs – ont eu le temps de ruminer derrière les barreaux de leurs cellules dans différents centres de détention du pays. Certains, libérés sous caution sous de strictes conditions, ont pu retrouver leur confort domestique. Mais l’ex-tout puissant Jagai, a passé le week-end en cellule à retourner dans sa tête ce qui lui arrive. Quand ceux qui portent l’uniforme pour protéger la société deviennent des fossoyeurs de l’État de droit, c’est toute la nation qui chancelle.

L’affaire qui secoue aujourd’hui la police mauricienne n’est pas un simple fait divers : c’est une trahison organisée, une corruption érigée en système, un cancer institutionnel, un acte d’une ignominie rare qui ronge la confiance des citoyens. C’est voler deux fois : d’abord l’État, ensuite la vérité. Et comme toujours, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Derrière ces fortunes mal acquises – appartements à Dubaï, biens en Europe – se dessinent des réseaux, des chapelles, des «familles» internes à la police, qui se comportent en mafias sous uniforme.

Des clans se créent, des «écuries» prospèrent, certains liens occultes se nouent jusque dans des sectes et le service public devient un marché noir. Face à cela, des policiers intègres et loyaux, qui continuent de servir la patrie avec honneur, sont les premiers trahis. Leur silence forcé pendant des années, leur peur face à la machine corrompue, est aujourd’hui brisé. Et il faut les écouter, car ce qu’ils révèlent n’est pas un accident, mais une structure parallèle de pouvoir : une police dans la police, qui fonctionne selon ses propres lois, au mépris du peuple.

Effondrement moral et institutionnel

Au cours des dernières années, on aura vu dans la police, la constitution de «chapelles», qui souvent s’ignoraient quand elles ne se faisaient pas la guerre. Cela laissait une grande marge de manœuvre, surtout aux réseaux des Dip Boys. Et on aura vu se développer une kyrielle d’affaires de ripoux avec un terreau commun : les liens occultes noués dans le secret des coulisses politiques. Et avec deux moteurs récurrents : l’argent, les prébendes, l’influence, les contrats juteux et l’espionnite aiguë avec des moyens sophistiqués d’écoute. Certaines de ces affaires ont laissé des cadavres en route.

Nous ne parlons pas ici d’individus isolés, mais d’un système tentaculaire. Laisser perdurer cet état de choses, c’est accepter que la République soit prise en otage par des ripoux et des parrains en uniforme. Il n’y a pas de démocratie possible si ceux qui détiennent le monopole de la force publique la détournent pour leur enrichissement personnel. C’est le moment de nommer les choses sans fard : ce ne sont pas des «écarts», mais une criminalité d’État ; ce ne sont pas des «réseaux», mais des mafias policières ; ce ne sont pas des «failles», mais un effondrement moral et institutionnel.

Si la lumière n’est pas faite totalement, si les responsables politiques ferment les yeux ou couvrent ces abominations, alors la République elle-même est en danger. Car la corruption dans la police n’est pas seulement une trahison de serment : c’est une guerre silencieuse contre la justice, une attaque directe contre le citoyen, et une blessure profonde infligée à la démocratie.

La République prise en otage

Assez d’hypocrisie ! Assez de fauxsemblants ! Ce qui éclate aujourd’hui à la face du pays n’est pas une simple affaire de corruption isolée. C’est un séisme moral : une partie de la police mauricienne, gangrenée jusqu’à la moelle, s’est transformée en cartel mafieux. Et ne nous y trompons pas: ce n’est pas un accident, mais un système. Une police parallèle. Des clans. Des «familles» qui fonctionnent comme des mafias, tissant leurs réseaux occultes jusque dans des sectes et des écuries politiques. Derrière l’uniforme, on découvre des parrains. Derrière les discours officiels, des caisses noires.

Pendant ce temps, les policiers honnêtes, ceux qui croient encore au serment, sont étouffés, marginalisés, menacés. Leur loyauté est piétinée par une hiérarchie qui a fait de la corruption sa raison de vivre. Mais désormais, ils parlent. Et leurs révélations font froid dans le dos : la police est fracturée entre la République et la mafia. Nous devons le dire avec force : ce n’est plus de la corruption, c’est une haute trahison ; ce ne sont plus des bavures, ce sont des crimes d’État ; ce ne sont plus des ripoux isolés, mais une organisation criminelle sous uniforme.

Maurice ne peut pas tolérer cela. Car sans une police propre, il n’y a plus de justice. Sans justice, il n’y a plus de démocratie. Et sans démocratie, il n’y a plus de République. C’est à nous, citoyens, de refuser cette honte. D’exiger la vérité entière. De briser les réseaux occultes. Car chaque jour où ces mafias policières respirent, c’est un peu plus de notre liberté qui meurt. Le policier, l’uniforme, le gardien de la paix, ce dernier titre qui devrait résonner comme un idéal, une promesse, ont toujours attiré le respect. L’admiration même.

La dernière autorité vers laquelle on se dirige pour chercher protection et secours. Celle qui veille à la sérénité des foyers, qui protège les plus faibles, qui tend une main secourable dans les moments d’angoisse. L’enfant qui se perd dans une foule, la femme qui craint pour sa sécurité, le vieillard traversant une rue agitée : tous trouvent dans le regard du policier une assurance, un refuge. C’est ce visage que la jeunesse doit voir, c’est ce modèle qu’il faut redonner à l’école républicaine où d’ailleurs des policiers sont en contact avec les enfants pour leur expliquer régulièrement divers aspects de l’éducation civique. Il est temps que dans les écoles de la République comme dans celles de la police, de plancher sur la signification de cette appellation.

Mais au lieu de ce visage de modèle qu’il faut redonner à l’école et qui doit inspirer la jeunesse, visage du policier, symbole de courage, d’intégrité et de service désintéressé, on a servi à notre jeunesse des noms propres de hauts gradés aujourd’hui devenus synonymes de voyous. Et des activistes politiques, harcelés par une unité spéciale de la police, car identifiés comme opposants à l’ancien régime Jugnauth auquel ces policiers très indélicats étaient inféodés, scandant ces noms en public devant des cours de justice, les ont fait entrer dans les légendes des personnages mythiques du mal.

«Sex-connection» et mafia des jeux

Au cours des dernières années, on aura vu au sein de la police, l’émergence de groupuscules, «d’unités», s’apparentant nettement à une «voyoucratie», encouragée par une section de l’ancien pouvoir politique. Ainsi on aura vu une petite élite politico- policière mettant en place une «sex-connection», alimentant les fantasmes de hauts gradés et de certains politiciens (... parties de jambes en l’air dans des campements de chasse ou carrément dans certains bureaux de ministres, sans compter la participation de certains féminins de la force policière), et contrôlant bordels et guest-houses.

Il faut mentionner également les liens incestueux entre la sphère policière et le monde des jeux (le Black Jack Connection, les courses hippiques très bien introduites dans les arcanes de la nébuleuse kwizinn du MSM). Tout cela fait partie du décor connu de l’ancien régime. Décor dans lequel est venu se greffer un engouement pour certaines sociétés ésotériques, dont les dignitaires, très affairistes et jamais loin des arcanes de l’ex-pouvoir, faisaient miroiter les avantages de se joindre à ces associations. D’autre part, on s’est toujours étonné devant l’étrange passivité des autorités face à l’entrisme du crime organisé dans les sphères politico-policières.

La police a toujours été un enjeu majeur de notre démocratie. Et de nos jours, alors que les postures se radicalisent et alors que la question sécuritaire s’est incrustée au cœur du débat politique, elle l’est de façon encore plus cruciale. Cependant, les dérives ne doivent en aucun cas hypothéquer la jauge démocratique. Une nation, qui n’offre pas à ses enfants des figures d’exemple, condamne leur imaginaire à se nourrir de cynisme. Redonner à la police ses lettres de noblesse, redonner un sens au métier de policier, c’est préparer des générations qui choisiront la droiture plutôt que la compromission, l’honneur plutôt que l’arrangement et les complicités troubles.

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