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Santé mentale des jeunes
Doris Dardanne : «Des enfants en détresse dès l’âge de dix ans contactent Befrienders»
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Santé mentale des jeunes
Doris Dardanne : «Des enfants en détresse dès l’âge de dix ans contactent Befrienders»
En amont de la Journée mondiale de prévention du suicide, l’organisation non gouvernementale (ONG) Befrienders organisera une série de conférences pour les parents et les éducateurs. Doris Dardanne, présidente de Befrienders, lance un appel urgent pour financer ce projet à travers Small Step Matters.org.
?Comment l’ONG Brefrienders a choisi le thème de la sensibilisation annuelle ?
À travers le monde, la Journée mondiale de prévention du suicide est marquée le 10 septembre. En concertation avec l’équipe, nous avons décidé de mettre les plus jeunes au centre de l’édition 2026, car nous constatons un net rajeunissement de nos appelants. Aujourd’hui, beaucoup d’enfants possèdent un téléphone portable et depuis l’an dernier, nous avons ouvert des lignes supplémentaires et notamment offert la possibilité de nous contacter via le chat WhatsApp.
Des enfants en détresse dès l’âge de dix ans contactent Befrienders. Ils nous font part de cas de bullying à l’école, de soucis dans leurs relations sentimentales ou encore de problèmes avec leurs parents. En cause, notamment, la pression sur leurs résultats scolaires. Pour les cas de bullying, imaginez un adulte confronté à un cas d’intimidation au travail, c’est déjà difficile, alors un enfant… Certains sont vraiment démunis, ne savent pas vers qui se tourner. Befrienders est là, à leur écoute. Ne pas rester seul, isolé, c’est une étape cruciale. Verbaliser sa souffrance c’est aussi primordial.
?La conférence du 4 septembre ciblera les éducateurs et parents et celle du 6 septembre, les membres des ONG et les écoutants de Befrienders, visez-vous un impact sur le nombre de suicide ?
La sensibilisation est un travail en continu. Nous avons débuté, en juin, une campagne itinérante dans différentes régions. L’idéal, ma vision, serait un jour d’avoir un centre dans le Nord et un autre dans le Sud, en plus de celui de Beau-Bassin. Concernant le nombre de suicides recensés par la police, il y a eu 97 cas en 2022, 116 en 2023 et 89 décès en 2024. Également en 2024, 213 tentatives de suicide. Même dans les cas dénombrés de suicide, il faut multiplier les chiffres par deux, probablement, pour atteindre les chiffres réels. Il y a les suicides «maquillés» en accident, en noyade… qui ne sont pas dénombrés par la police comme suicide en tant que tel. Les familles aussi couvrent des suicides en «décès des suites d’une pathologie médicale». Le suicide restant tabou.
?Vous avez ainsi revu votre communication pour encourager le public à vous appeler quand la personne, elle-même ou un proche fait face à des difficultés, pas seulement en cas d’idées suicidaires ?
Oui, c’est important. Je dirais même que quand la personne est résolue au suicide, c’est rare qu’elle nous appelle. Par contre, nous offrons un support émotionnel à toute personne, adulte ou enfant qui en ressent le besoin. Les écoutants bénévoles ne vont pas trouver une solution à vos problèmes, mais offrir une écoute sans jugement. Bien sûr, à un enfant, nous allons lui donner les contacts de l’Ombudsperson for Children, de la Child Development Unit… Mais nous n’allons pas contacter ces organismes, car en cas de maltraitance par exemple, l’association n’a pas de preuve de la véracité des faits. Befrienders travaille selon un protocole international.
À Maurice, nous proposons, en plus de la ligne téléphonique, des rencontres à notre centre de Beau-Bassin.D’abord avec deux membres de Befrienders. Un parent ou un grand-parent peut ainsi accompagner son enfant. Si la situation le requiert, nous allons recommander un suivi psychologique. Plusieurs cas de figure s’ouvrent alors : soit la famille prend la responsabilité de faire ce suivi à l’hôpital, soit elle retient les services d’un professionnel. En dernier ressort, nous allons proposer la rencontre avec le psychologue de Befrienders, à nos locaux à Beau-Bassin.
?Un service offert gratuitement ?
Nous bénéficions d’un financement de la National Social Inclusion Foundation, qui couvre la location de notre bureau, le salaire de notre seule employée pour l’administration et les services d’un psychologue qui intervient à Befrienders. Mais pour dire vrai, l’an passé, Befrienders a dépassé le budget alloué à ces consultations psychologiques gratuites pour le public, pour faire face à la demande.
?Les services de Befrienders, audelà du service téléphonique, sont donc multiples. D’autres projets d’avenir ?
Befrienders a beaucoup de potentiel ! Notre équipe réfléchit et se forme pour l’animation de groupes de parole avec deux publics précis: les proches des personnes suicidaires. Et un autre groupe pour les patients vulnérables, touchés par la dépression. Malgré les nombreuses formations suivies par nos volontaires, nous ne sommes pas encore prêts à lancer ce projet, car il nécessitera l’appui de psychologues, donc des professionnels qualifiés disponibles et un financement additionnel. La force de Befrienders, c’est que ses écoutants bien formés connaissent aussi les limites de leur intervention.
?Befrienders ne travaille pas à Rodrigues actuellement ?
Befrienders a encore beaucoup à accomplir, y compris à Rodrigues, car nous souhaiterions travailler pour la société mauricienne dans son ensemble. Donc y compris à Rodrigues. À Maurice, nous travaillons à la prison des adultes (hommes et femmes), mais pas au Rehabilitation Youth Centre, ni au Correctional Youth Centre. Nous œuvrons par contre avec de bonnes collaborations à l’Université de Maurice et à Middlesex University. La limite dans le développement des services de Befrienders peut se trouver au niveau des ressources humaines.
?Justement, comment organisez-vous le déploiement des volontaires ?
Nous devons avoir constamment au moins une équipe de 60 écoutants bénévoles pour nos activités actuelles. Au niveau de la ligne d’écoute, nous sommes organisés avec des shifts de 3 heures, de 9 heures du matin à 21 heures, du lundi au dimanche. Des retraités sont bénévoles la semaine et des professionnels plutôt libres en fin de journée et en week-end. La demande du public serait là pour un service fonctionnant 24/7. Mais c’est inimaginable pour le moment, en demandant déjà un investissement personnel minimum de trois heures hebdomadaires par écoutant bénévole.
La formation de nouveaux écoutants est prévue ? Oui bien entendu. Tous les deux ans, nous formons une nouvelle cohorte de bénévoles pour faire face au départ des écoutants. En cause, les aléas de la vie : maladie, changement d’activité professionnelle, donc la modification de leur disponibilité. La prochaine formation aura lieu l’an prochain. C’est possible déjà de prendre contact avec Befrienders: adminofficer. [email protected]
?Votre appel se situe à la fois au niveau des volontaires et des fonds ?
Tout à fait, Befrienders a lancé une campagne à hauteur de Rs 218 350 à travers Small Step Matters, spécifiquement pour l’organisation de la formation organisée pour les parents, les éducateurs et les professionnels des ONG œuvrant avec les familles vulnérables et animée par le Dr Emilie Rivet, la psychologue Elise Koenig et Françoise Labelle, spécialisée dans la méthode de parentalité Gordon. Montant incluant les frais de location des salles, les collations pour les participants etc. Merci par avance aux entreprises qui nous aideront avec leurs contributions CSR à travers Small Step Matters et aux citoyens avec une donation individuelle. Quel que soit le montant, chaque roupie nous rapproche de notre objectif pour améliorer la santé mentale des jeunes avec la transmission d’outils concrets délivrés aux parents et aux éducateurs.

Contact pour soutenir ce projet : www.smallstepmatters.org et [email protected]
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