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Bustes de Froberville : des ancêtres nous parlent
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Bustes de Froberville : des ancêtres nous parlent
Ce mardi 19 août aura lieu l’ouverture officielle de la salle «Nou bann anset es-afriken», au musée de l’esclavage intercontinental. Il s’agit d’une galerie sécurisée où sont exposés trois moulages en plâtre originaux de visages d’anciens esclaves, réalisés en 1846, par l’ethnographe Eugène Huet de Froberville. Ce sera le coup d’envoi d’une semaine d’activités dans le cadre de la journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, commémorée le 23 août.
Avançons à pas feutrés. À la rencontre de Benjamin. D’ailleurs, il ne s’appelait pas Benjamin. C’est un nom qui a été donné à Maurice, à cet homme né fin 18ᵉ siècle - début 19e siècle, au pays des Yao, au nord-ouest de l’actuel Mozambique. Nos yeux glissent sur chaque centimètre de ce visage immortalisé dans le plâtre. Par-delà les siècles (et le présentoir de verre) qui nous séparent, Benjamin est à la fois lointain et presque étrangement familier. Si le moulage de ses traits a les yeux fermés, ce buste ouvre une large fenêtre sur un pan méconnu et – les historiens s’accordent à le dire – unique de l’histoire de Maurice.
Ce mardi 19 août, c’est jour d’inauguration officielle au musée de l’esclavage intercontinental. La salle Nou bann anset es-afriken, à l’étage du musée sera ouverte au public. Il s’agit d’une galerie sécurisée où sont exposés trois moulages en plâtre originaux de visages d’anciens esclaves, réalisés en 1846, par l’ethnographe Eugène Huet de Froberville. Ce sera le coup d’envoi d’une semaine d’activités dans le cadre de la journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, commémorée le 23 août.
Dans la galerie à l’ambiance feutrée (la température et l’humidité sont contrôlées), où l’on se surprend à chuchoter, nous allons d’abord à la rencontre du buste de Benjamin. Les panneaux en kreol-français-anglais expliquent que réduit en esclavage, Benjamin serait arrivé à Maurice entre 1810 et 1830, dans un contexte de traite illégale. En 1846, le visage de Benjamin, qui a alors environ 50 ans, est moulé dans du plâtre par l’ethnographe Eugène Huet de Froberville. C’est sur le site de l’ancienne sucrerie de la Baraque, dans le Sud de Maurice, que l’ethnographe l’interroge sur sa langue et son pays d’origine.
Nous allons ensuite à la rencontre de Dinokea, qui, à Maurice, a été appelé Snap Lily. Le Lily étant le nom du bateau à bord duquel il était arrivé. Lui aussi venait de territoires de l’actuel Mozambique. Selon les notes volumineuses laissées par Eugène Huet de Froberville, Dinokea était né vers 1826-1829. Il parlait la langue des Makuzi et portait sur la poitrine des tatouages caractéristiques de son groupe d’origine. «Les Makuzi fournissaient auxx Portuguais un grand nombre d’esclaves, soit pour le paiement de leur tribut ou de leur dette. Alors qu’il était âgé entre 11 ans et 14 ans, Dinokea fut vendu par sa propre famille à des marchands d’esclaves de Quelimane. Le 17 mai 1840, il fut embarqué à bord du navire brésilien le José, qui fut vite intercepté par une patrouille britannique. Avec d’autres captifs, Dinokea fut transféré à bord du Lily et conduit jusqu’à la colonie de Maurice». Dinokea a entre 17 ans et 20 ans en 1846, quand il est interrogé par Eugène de Froberville, qui lui moule aussi le visage dans du plâtre.
Le troisième buste est celui de Pierre (un nom qui lui a été donné à Maurice). Il serait originaire de l’actuel Malawi. Son récit est celui d’une personne esclavisée passée par une longue marche forcée «d’au moins deux mois». Après la traversée en mer, il aurait travaillé sur des plantations. «En 1846, il était chauffeur à l’usine sucrière de la Baraque lorsqu’il fut interrogé par Eugène Huet de Froberville.»
*Pour visiter la galerie Nou bann anset es-afriken, il faut prendre contact au préalable avec le musée de l’esclavage intercontinental. Il se trouve route du Quai, dans l’ex-hôpital militaire à Port-Louis. Tel : 214 3608. La visite est gratuite.
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L’origine des bustes
Eugène de Froberville est né à Maurice en 1815. Selon la documentation du musée de l’esclavage intercontinental, «il fut considéré à postériori comme un des premiers ethnographes français de l’Afrique orientale. Installé avec sa famille en France depuis la fin des années 1820, il avait embrassé à Paris les idées abolitionnistes et libérales diffusées dans certains cercles intellectuels. Au milieu des années 1840, Eugène Huet de Froberville proposa à la Société de Géographie de mener une étude sur les races et les langues de l’Afrique de l’Est au sud de l’équateur. Il ne se rendit jamais lui-même sur le continent africain, mais il fit une vaste enquête ethnographique auprès d’anciens captifs déportés d’Afrique orientale aux îles Mascareignes».
Entre 1845 et 1847, il interrogea «plus de 300 natifs africains» à La Réunion et à Maurice. «L’essentiel de l’enquête ethnologique se déroula à Maurice où de Froberville séjourna de décembre 1845 à février 1847.» Les lieux d’enquête ont été Port-Louis et l’usine sucrière la Baraque. «La langue de l’enquête était le créole mauricien. Froberville consigna ses notes en français dans des carnets qui représentent plus de 1 000 pages manuscrites. Ces carnets ont été sauvegardés par des descendants.»
Pour l’historien-chercheur Satyendra Peerthum, membre du board du musée de l’esclavage intercontinental, «la magie de ces bustes c’est comme si l’on faisait parler ces anciens esclaves. Leur vécu est documenté». Stephane Gua, chairperson du musée, souligne que ces bustes «comportent des traces d’ADN, des cheveux, des poils de sourcils. Certains portent le nom de Lily. Il y a des familles qui portent ce nom à Maurice. Ce n’est pas de l’histoire d’ordre abstrait ou académique. Avec ces bustes, c’est un rapport à l’histoire qui est vivant et émotionnel. La première fois que je les ai vus, je ne me suis jamais autant senti auprès de personnes esclavées».
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**Rapatriement d’artefacts
Les bustes de Froberville ont été conservés au musée du Château royal de Blois, en France. La présence des trois bustes à Port-Louis – issus d’une collection d’environ 50 bustes – a été rendue possible grâce à des efforts diplomatiques. «Il s’agit d’un prêt sur cinq ans, grâce à une entente avec le musée du château royal de Blois», indique Stephane Gua. Est-ce prévu que d’autres bustes soient rapatriés dans l’île où ils ont été conçus ? «Nous n’avons pas de visibilité sur cet aspect», précise le responsable.«Nous estimons à environ Rs 20 millions le coût de l’acheminement et de l’aménagement d’une aile de l’ex hôpital militaire qui sera dédiée à ces bustes.» Étant entendu que le prêt initial des trois bustes qui seront montrés, à partir de demain, était sujet à l’installation des conditions strictes de préservation. Ce qui, dans ce musée situé à Port-Louis, près du port, signifie contrôle d’accès, d’humidité et de température. «L’accord pour l’arrivée des bustes, avec le musée du Château royal de Blois parle de 2026.»
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Semaine d’activités
Mardi 19 août : ouverture de la salle des bustes. Ouverture de l’exposition de peinture temporaire Représentation iconographique de l’insurrection de 1695 de l’association pARTage et des étudiants du MGI.
Mercredi 20 août : 9 heures-15 heures, atelier consacré aux manuscrits et archives privées d’Eugène Huet de Froberville, animé par le Dr Klara Boyer-Rossol, historienne, chercheure et commissaire d’exposition qui a travaillé de manière extensive sur l’enquête ethnographique d’Eugène de Froberville.
Lieu : salle du conseil, municipalité de Port-Louis
Ouvert au public sur inscription : https://forms.gle/ wdrgyrsagAgdmLLo7
Vendredi 22 août : 8 h 45-15 h 15, table ronde sur le thème Réparation, retour et restitution, présidée par l’écrivaine et journaliste Shenaz Patel avec pour intervenante, Klara Boyer Rossol, chercheure et historienne, Beningna Zimba, historienne et professeure, Stephanie Tamby, directrice du Morne Heritage Trust Fund, Babita Thannoo, députée.
Lieu : The Core, University of Mauritius, Ébène
Ouvert au public sur inscription : https//forms.gle/ TVowcDVbh3BSn91Jp8
Samedi 23 août: 13 h 30-19 heures Atelier consultatif ouvert au public sur le thème La mémoire comme moyen de réparation. Suivi de la pièce Anna va Bengale, militan angaze de l’atelier Pierre Poivre.
Lieu : musée de l’esclavage intercontinental
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