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Questions au…
Dr Mohammad Shaheel Sahebally: «Le cancer colorectal précoce se verra aussi à Maurice»
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Dr Mohammad Shaheel Sahebally: «Le cancer colorectal précoce se verra aussi à Maurice»
■Dr Mohammad Shaheel Sahebally,consultant en chirurgie générale et colorectale ©️Aurélio Prudence
Depuis une vingtaine d’années, on assiste à une multiplication de cas de cancer colorectal précoce, diagnostiqué avant l’âge de 50 ans et ce mondialement. Autrefois, ce cancer, de même que tous les autres types de cancer, apparaissait surtout chez les sujets approchant l’âge de la retraite. Un rajeunissement qui se verra aussi à Maurice, prédit le Dr Mohammad Shaheel Sahebally, consultant en chirurgie générale, spécialisé en maladies colorectales et basé à la clinique Premium Care de Phoenix.
?Qu’est-ce que la filière colorectale ?
La filière colorectale est une filière variée. Elle va d’opérations simples et ambulatoires où le patient rentre chez lui quelques heures plus tard à des opérations plus complexes nécessitant une admission de plusieurs jours. Les interventions simples concernent les hémorroïdes, les fissures et les fistules alors qu’on parle d’opérations complexes dans les cas de maladies chroniques de l’intestin comme celle de Crohn et la rectocolite hémorragique, tout comme le cancer du colorectum. Les hémorroïdes sont une maladie de constipation. Lorsque la personne force pour déféquer, les veines dans son anus se dilatent et sortent. Il faut alors les opérer. La constipation peut aussi causer des fissures. Par contre, la fistule survient à la suite de l’obstruction d’une glande anale, avec accumulation de mucus et formation d’un abcès qu’il faut opérer. L’anus est une zone très sensible et si ces maladies ne sont pas diagnostiquées et traitées comme il faut, la personne concernée souffrira beaucoup. La maladie de Crohn peut affecter le système de la bouche à l’anus et est incurable. Mais avec une opération et l’administration de médicaments biologiques, vous pouvez la garder sous contrôle. Mais inévitablement, elle va revenir et il faudra réopérer. De plus, elle a des manifestations extra-intestinales, affectant notamment les yeux et les jointures. Par contre, la rectocolite hémorragique affecte uniquement le côlon et le rectum. Elle est traitable.
?Selon le Journal of American Medical Association, «après 15 ans de stabilité, le nombre de cancer colorectal à un stade local a fortement augmenté chez les 45-49 ans entre 2019 et 2022, avec une hausse de 50 % entre 2021 et 2022.» Cette même publication parle d’une augmentation annuelle de cas de 1.1% entre 2004 et 2019, qui est passée à 12 % annuellement entre 2019 et 2022. Avez-vous remarqué des similitudes en Australie où vous vous êtes spécialisé en chirurgie miniinvasive (voir hors-texte) ?
Oui, en Australie, le cancer colorectal précoce, soit affectant les sujets de moins de 50 ans, a connu son taux le plus élevé de nouveaux cas entre 2000 et 2024, soit une augmentation de 173 %.
?Est-ce le cas à Maurice ?
Les statistiques à Maurice datent de 2023, même si elles ont été publiées par le National Cancer Registry en 2025. La ventilation des cas n’est pas aussi détaillée qu’aux Etats-Unis et en Australie mais selon ces statistiques, le cancer colorectal est le deuxième cancer le plus commun aussi bien chez l’homme que chez la femme. Il vient après le cancer de la prostate chez l’homme et celui du sein chez la femme. C’est aussi la deuxième cause de décès aussi bien chez l’homme que chez la femme. Le taux d’incidence brut par 100 000 personnes était de 7.3 pour les hommes et 7.5 pour les femmes en 2010 alors qu’en 2023, il était de 25.9 chez les hommes et 24.6 chez les femmes. Il a presque triplé aussi bien chez l’homme que chez la femme. Et en 2023, 12 décès dû au cancer colorectal étaient enregistrés chez les moins de 50 ans. Je pense que ce phénomène de rajeunissement des malades du cancer colorectal se verra aussi à Maurice.
?À quoi l’attribuez-vous ?
Traditionnellement, le cancer, quel que soit l’organe affecté, était une maladie du vieillissement car au fur et à mesure que l’on vieillit, on accumule des défauts dans notre ADN et cela déclenche le cancer. Des recherches ont été menées sur les défauts d’ADN chez des personnes de 18 à 25 ans présentant un cancer colorectal.
Les chercheurs ont comparé ces résultats avec ceux des personnes de 55 ans à monter qui avaient un cancer colorectal et ils ont vu des anomalies caractéristiques différentes dans l’ADN de ces deux groupes. Trois principales raisons sont avancées d’après ces dernières études pour le cancer colorectal affectant les 20 à 39 ans, la première étant un débalancement du microbiote intestinal. Le microbiote est l’ensemble des microorganismes vivant dans l’intestin grêle et le côlon. Lorsqu’on parle de microorganismes, on parle de bonnes et de mauvaises bactéries. Les bonnes bactéries ont plusieurs fonctions : elles contrôlent la multiplication des mauvaises bactéries, aident le système digestif à travailler en empêchant les accumulations de gaz, les ballonnements abdominaux et favorisent la digestion en transformant les protéines ingérées en nutriments pour que le corps puisse les absorber. Un débalancement entre les mauvaises bactéries et les bonnes bactéries, qui n’arrivent plus à contrôler les mauvaises, pourrait contribuer au développement du cancer colorectal.
?Qu’est-ce qui cause ce débalancement ?
La première raison indiquée dans les recherches est une exposition environnementale. Cela peut être dans l’environnement physique, chimique et social. Une personne présentant un cancer colorectal à 25 ans peut avoir été exposé à un changement dans son environnement durant son enfance ou son adolescence et ce changement cause un défaut dans son ADN qui fait que le cancer se déclenche 10 ans plus tard. La deuxième raison est l’augmentation des naissances par césariennes. Lors d’un accouchement traditionnel, le bébé passe à travers le vagin de sa mère et ce faisant, il acquiert le microbiote de sa maman. Ce passage ne se fait pas en cas de césarienne. Cela ne veut pas dire que le bébé est alors dépourvu de microbiote mais que sa résistance n’est pas aussi forte qu’elle l’aurait été si l’accouchement avait été naturel. La troisième raison est la prédominance du plastique, qui est devenu le fléau de la société. Dans presque toutes les choses que nous utilisons ou avec lesquelles nous sommes en contact, il y a du plastique. Le plastique contient 16 000 différents produits chimiques et nous n’en connaissons les caractéristiques que de 3 000 d’entre eux. Et parmi ceux-là, 75 % ont un effet nocif sur nous. Maintenant imaginez ce qu’il en est pour le reste.
Nous sommes entourés de plastique, nous rangeons nos aliments dans des conteneurs en plastique, nous les réchauffons dans le four à micro-ondes dans ces mêmes conteneurs, nous buvons de l’eau à partir de bouteilles en plastique etc. Il est fort possible que nous ingérons des microplastiques sans le savoir. Il a été prouvé que deux produits chimiques figurant dans le plastique sont liés de façon fiable aux cancers mammaires et rénaux, soit les biphényles polychlorés (PCB) et l’acide perfluorooctanoïque (PFOA). L’Europe a banni ces deux produits, qui ne sont pas facilement biodégradables et qui continuent à polluer l’environnement, soit la terre, les rivières et autres cours d’eau. La quatrième raison est que nous consommons trop d’aliments ultratransformés contenant des colorants, des conservateurs et d’autres additifs nocifs comme la charcuterie, les chips, les cookies, les sodas et autres jus remplis de sucre et d’agents conservateurs, des céréales et des yaourts aromatisés. Parmi les autres raisons figurent l’augmentation des taux d’obésité infantile et de diabète, ainsi qu’une utilisation accrue d’antibiotiques chez les mères.
?Les fibres des céréales ne sontelles pas bonnes pour les intestins et les yaourts ne contiennent-ils pas des probiotiques, qui aident aussi les intestins ?
Oui, effectivement mais ils contiennent aussi ces conservateurs et d’autres additifs qui sont eux néfastes pour les intestins. Il en va de même pour les nouilles instantanées. Nous vivons dans un monde où nous dépendons trop des fast-foods, qui ne nécessitent qu’une préparation minimale et seulement un réchauffage avant consommation.
?Comment prévenir le cancer colorectal ?
Il me semble que nous avons dépassé le stade de la prévention. Je dirai qu’en premier lieu, il faut être attentif aux signes que notre corps nous donne, par exemple, des saignements dans les selles, qui les rendent plus foncées ou des saignements directs à partir de l’anus. Un changement soudain dans le transit intestinal, soit une constipation ou une diarrhée aiguë, peut indiquer la présence d’un cancer colorectal.
Tout comme une perte de poids involontaire et une anémie ferriprive, soit un manque de fer. Sans compter les antécédents familiaux. Si votre père, votre mère ou votre sœur a présenté un cancer colorectal, vous avez 50 % plus de risque de l’avoir. Une douleur abdominale ou du ventre qui dure et qui ne passe pas avec les médicaments traditionnels, peut aussi être un signe de cancer colorectal.
?Les programmes de dépistage sont-ils efficaces ?
À l’étranger, de tels programmes aident à détecter le cancer colorectal à un stade précoce par l’analyse d’un échantillon des selles. S’il est détecté à un stade précoce, ce cancer s’opère et se soigne très bien. En Australie, ils ont abaissé l’âge pour le programme de dépistage, qui était de 55 ans et qui a été ramené à 45 ans. C’est une bonne mesure prise par le gouvernement de ce pays pour dépister le cancer colorectal chez les jeunes.
?Un tel programme devrait-il être appliqué à Maurice ?
Oui, le gouvernement devrait le mettre en place. Mais pour qu’un tel programme soit efficace, il y a des conditions spécifiques qui doivent être remplies. Il faut que le pays connaisse un fort taux de décès par cancer colorectal et de morbidité, soit les complications résultant de la maladie. Ensuite, le test doit être fiable, soit donner le moins de faux positifs et de faux négatifs possibles. Le test doit être de haute spécificité et de sensibilité élevée. Le traitement disponible doit être efficace et accessible à tous et il faut une bonne gouvernance pour appliquer ce programme.
Une solide et longue expérience dans son domaine d’expertise
Le Dr Mohammad Shaheel Sahebally a peut-être 40 ans mais cet enfant unique de Port-Louisiens – son papa est douanier et sa mère femme au foyer – a acquis une solide et longue expérience en chirurgie générale et colorectale. Après des études au Collège Royal de Port-Louis, filière sciences, il se fait admettre au Trinity College de Dublin. «C’était le rêve de mon père d’avoir un médecin dans la famille. Et comme j’avais pris la filière sciences à l’école, ce métier était tout indiqué.» Pendant cinq ans, il fait ses études de médecine générale. Comme il a le niveau de GCE en matières scientifiques, il est exempté de la sixième année d’études. Il fait un an d’internat et ensuite trois ans de chirurgie de base. Au bout de ce premier parcours, il obtient de titre de «Mr» qui signifie qu’il est un Member of the Royal College of Surgeons. Son objectif est d’être consultant et pour cela, il doit faire de la recherche et publier des papiers.
Ainsi, pendant deux ans, il est chercheur à plein temps en laboratoire et au final, il publie plusieurs articles de recherche et obtient son Doctorat en médecine de recherche. Mais le Dr Sahebally veut maîtriser la chirurgie sur le bout de ses doigts et pendant six ans, il suit un Higher Surgical Training Programme et prend l’examen de FRCS et obtient son Fellowship of the Royal College of Surgeons, de même que son Certificate of Completion of Surgical Training (CCST), qui lui permet d’être enregistré dans la division de spécialistes du Medical Council d’Irlande. Sa soif d’apprendre étant immense, il part pour l’Australie et plus précisément à Gold Coast dans le Queensland pour maîtriser la chirurgie mini-invasive, soit la laparoscopie. «Je voulais obtenir une expérience différente dans un health care system différent et dans un high volume centre». Il a choisi de se concentrer sur les maladies colorectales et a agi comme consultant indépendant pendant quatre ans en Irlande avant de se décider de regagner Maurice. Cela fait six mois qu’il est de retour. Il consulte exclusivement à la clinique Premium Care à Phoenix et pratique la laparoscopie pour toutes ses opérations, sauf contre-indication.
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