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Maurice face au vieillissement

Un défi démographique aux lourdes conséquences

13 août 2025, 14:30

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Un défi démographique aux lourdes conséquences

L’île Maurice se trouve à un tournant démographique, qui pourrait peser lourd sur son avenir économique et social. Les derniers chiffres de Statistics Mauritius, complétés par les analyses du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et de la Banque mondiale, confirment une tendance claire : la population vieillit rapidement, la natalité s’effondre et la migration nette devient négative. Autant de facteurs qui, selon l’agence de notation Moody’s, freinent déjà le potentiel de croissance et risquent d’alourdir encore les dépenses publiques, notamment dans les retraites et la santé.

Le recensement de 2022 établit la population mauricienne à 1 235 million d’habitants, avec un âge moyen de 38 ans. La part des moins de 15 ans a chuté de 20,7 % en 2011 à 15,4 % en 2022, tandis que celle des plus de 60 ans a bondi de 12,7 % à 18,7 % sur la même période. Cette transition démographique est accélérée par un taux de fécondité particulièrement bas: environ 1,32 enfant par femme en 2022 ; à peine 1,39 en 2023, bien loin du seuil de remplacement de 2,1. À cela s’ajoute une migration nette négative ces dernières années, contribuant à la stagnation, voire à la baisse, de la population.

Dans son avis du 5 août 2025, Moody’s alerte sur la combinaison de ces tendances : le vieillissement, la faible fécondité et la migration négative constituent, à ses yeux, un triple frein à la croissance et un risque budgétaire majeur. La dette publique, qui représentait environ 74 % du PIB en 2024, pourrait approcher les 80 % en 2026, si les réformes annoncées ne sont pas menées à bien.

L’un des postes les plus exposés est celui du Basic Retirement Pension (BRP). Son coût a doublé depuis 2019, exerçant une pression croissante sur les finances publiques. Le Budget 2025- 26 prévoit d’aligner progressivement l’âge d’éligibilité à la BRP sur l’âge légal de la retraite, soit un passage de 60 à 65 ans, une mesure qui pourrait réduire les dépenses d’environ un point de PIB dès 2026. Parallèlement, l’exécutif annonce la suppression de certaines exemptions fiscales et l’introduction de nouvelles taxes pour élargir l’assiette et stabiliser la trajectoire de la dette. Mais Moody’s souligne que ces réformes sont politiquement sensibles et susceptibles de rencontrer une résistance sociale.

Au-delà de l’urgence budgétaire, les données démographiques posent des questions de société. Le recul de la natalité s’explique par plusieurs facteurs identifiés dans les rapports nationaux et internationaux : le coût élevé du logement et de l’éducation, l’allongement des carrières, notamment féminines, et le manque d’infrastructures de soutien aux familles, comme les crèches ou les congés parentaux flexibles. Ces réalités contribuent à retarder ou réduire le nombre d’enfants, installant la fécondité mauricienne durablement en dessous du seuil de remplacement.

Les conséquences du vieillissement dépassent la seule question des retraites. Une population plus âgée implique une demande accrue de soins de santé, notamment pour les maladies chroniques et la dépendance, ce qui alourdit encore la charge des dépenses publiques. Le système de santé devra s’adapter à cette nouvelle donne, avec un investissement accru dans les services gériatriques et le maintien à domicile.

Ashok Subron : «C’est une responsabilité collective»

Pour éclairer davantage ces enjeux, le ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, livre une analyse approfondie : «Il est clair qu’il y a un problème démographique en termes de vieillissement de la population et de baisse de natalité. Dans l’essence, le fait qu’une personne vive plus longtemps n’aurait pas dû être un problème. Le fait de contrôler la natalité n’est aussi pas un problème en soi. Maurice avait mis en place une politique délibérée de contrôle des naissances dans les années 1960-70. Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans une situation paradoxale, où le progrès social en termes démographiques ‘pose problème’, notamment le vieillissement de la population et la baisse de natalité. Cette situation est assez particulière.

«Il est reconnu universellement que toute personne qui a dédié une période de sa vie et de dur labeur à la société a droit à une vie décente et saine après que sa capacité de fournir le labeur physique ou intellectuel est arrivée à terme. Toute société qui se respecte doit avoir un système pour assurer la vie après le travail. Les allocations et autres bénéfices sociaux après le travail, c’est un salaire différé. Il y a eu une évolution à Maurice. Nous avons connu la pension universelle, les pensions privées, les pensions privées contributives et les pensions contributives publiques (NPS). Quand le NPS a été instauré, il avait pour but de grandir et de s’accroître pour faire face aux nouveaux défis, mais malheureusement le NPS a été saboté par des intérêts divers, tant politiques qu’économiques.

«D’où la réforme de la pension en cours et la possibilité d’un NPS/NPF 2.0. Je pense que cette question est l’affaire de tout le monde et que les citoyens ainsi que les organisations sociales et syndicales sont invités à participer aux sessions avec le comité d’experts que le gouvernement mettra sur pied pour se pencher sur la réforme des pensions. La question fondamentale qui se pose : qui finance ce changement démographique, la vie après le travail ? Il est clair que ce n’est pas seulement la responsabilité individuelle des travailleurs, mais de toute la société, et cela engage toutes les classes sociales. Il faut aussi en parallèle se pencher sur les coûts sociaux de cette nouvelle dynamique démographique.

«J’ai moi-même soumis mes observations et propositions au Premier ministre et au vice-Premier ministre sur les terms of reference de ce comité. Personnellement, je souhaite des consultations nationales les plus larges possibles sur la question. Les différentes réformes, tant sur le cadre légal que sur les opérations de la sécurité sociale, amèneront une transformation afin de faire face à ces deux défis (vieillissement de la population et baisse de natalité), mais aussi sur la question des disability benefits liés, qui s’aggravera avec la population vieillissante.

«Par ailleurs, nous travaillons sur la révision des lois concernant les seniors. Il y a trois lois : Protection of Elderly Persons Act 2005, Residential Care Homes Act 2003 et Residential Care Homes Regulations 2005. Nous travaillons aussi sur une loi pour un Ombudsperson pour les seniors. En parallèle, nous avons aussi commencé les discussions pour la réforme des pensions et allocations aux personnes en situation de handicap. Nous voulons une approche qui soit à 50 % basée sur le médical et 50 % sur le côté social et fonctionnel. Nous étudions également la possibilité de mener une étude afin de déterminer les causes profondes des handicaps.»

Face à ces constats, plusieurs leviers existent pour amortir les effets du vieillissement démographique et soutenir un développement durable. Favoriser l’emploi des seniors, soutenir la natalité à travers des politiques familiales adaptées et ouvrir la porte à une immigration économique bien ciblée sont autant de pistes qui nécessitent un consensus politique fort et un engagement collectif. Les chiffres sont clairs : Maurice compte aujourd’hui une proportion de jeunes historiquement basse et un nombre de personnes âgées en forte progression. La transition démographique est déjà engagée et, sans mesures adaptées, elle risque de peser lourd sur les générations futures.

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