Publicité

États-Unis

Los Angeles : Le centre-ville placé sous couvre-feu, en marge des manifestations contre la politique migratoire de Trump

11 juin 2025, 05:35

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Los Angeles : Le centre-ville placé sous couvre-feu, en marge des manifestations contre la politique migratoire de Trump

Le couvre-feu décrété par la maire de Los Angeles est entré en vigueur mardi 10 juin à 20 heures, heure locale (5 heures du matin mercredi, à Paris) dans le quartier de Downtown, après plusieurs nuits de vandalisme, en marge de manifestations contre la politique migratoire de Donald Trump. Le couvre-feu prendra fin mercredi à 6 heures du matin, et sera renouvelé plusieurs jours, a précisé Karen Bass.

« J’ai déclaré une urgence locale et instauré un couvre-feu dans le centre-ville de Los Angeles pour mettre fin aux actes de vandalisme et de pillage », a déclaré, à la presse, l’édile démocrate, mardi après-midi, relevant que 23 commerces avaient été pillés dans la nuit de lundi à mardi. Elle a cependant insisté sur le périmètre relativement restreint concerné par le couvre-feu – moins de 2 kilomètres carrés dans le centre-ville – au regard de l’étendue de la mégapole. Des dizaines de manifestants demeuraient dans le quartier de Downtown à l’heure de l’entrée en vigueur du couvre-feu.

Depuis vendredi, Los Angeles est le théâtre de heurts entre des manifestants dénonçant des raids de la police fédérale de l’immigration (ICE) contre les sans-papiers et les forces de l’ordre en tenue antiémeute. Si certaines scènes de violence ont donné lieu à des images spectaculaires – dont des voitures brûlées et des magasins pillés –, ces affrontements sont néanmoins restés sporadiques et localisés.

Rien qui ne justifie, pour le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, le recours par l’administration Trump à l’armée, alors que le président américain a décidé d’envoyer à Los Angeles 700 marines, qui s’ajoutent à quelque 4 000 militaires réservistes de la garde nationale. « Cet abus de pouvoir éhonté de la part d’un président en exercice a mis le feu à une situation explosive, mettant en danger notre peuple, nos officiers de police et même notre garde nationale », a dénoncé M. Newsom, dans une allocution télévisée solennelle, mardi en fin d’après-midi.

Le président américain « n’est pas opposé à l’anarchie et à la violence tant que cela le sert », a martelé Gavin Newsom, rappelant le rôle joué par Donald Trump dans l’assaut contre le Capitole du 6 janvier 2021.

La garde nationale en renfort de la police de l’immigration

« Déployer dans la rue des combattants entraînés pour la guerre est sans précédent et menace le fondement même de notre démocratie », avait déclaré, plus tôt, le gouverneur, Gavin Newsom. « Donald Trump se comporte comme un tyran, pas comme un président. Nous demandons au tribunal de bloquer immédiatement ces agissements illégaux. » Le procureur général de Californie, Rob Bonta, a déclaré, lundi, que la décision du président et de Pete Hegseth, violait le 10e amendement de la Constitution américaine, lequel définit les limites du pouvoir fédéral.

Les rues étaient relativement calmes mardi après-midi dans le centre-ville, y compris dans le quartier de Little Tokyo, après un face-à-face nocturne entre des manifestants tirant des feux d’artifice vers des policiers et ces derniers ripostant avec du gaz lacrymogène. Une manifestation contre la politique migratoire de Donald Trump a réuni plusieurs centaines de personnes qui ont défilé pacifiquement dans le quartier, de nombreux manifestants arboraient des drapeaux mexicains, a constaté une journaliste du Monde. Certains manifestants ont tenté de bloquer l’autoroute 101 qui traverse Downtown, mais ils n’ont pas résisté aux forces de l’ordre qui les en ont empêchés. Des agents de la police de Los Angeles ont, par ailleurs, procédé à des arrestations parmi quelques centaines de personnes qui manifestaient devant un tribunal. Selon la police de Los Angeles, 197 personnes ont été interpellées mardi.

Pour la première fois, mardi, des membres de la garde nationale sont intervenus en renfort lors d’interventions de la police de l’immigration visant à interpeller des sans-papiers. Depuis leur déploiement à Los Angeles dimanche, ces réservistes avaient essentiellement protégé des bâtiments fédéraux, à commencer par le centre où sont détenues les personnes interpellées par l’ICE. Selon le contrôleur par intérim du département de la défense, le Pentagone estime que le déploiement des gardes nationaux et des marines à Los Angeles coûtera environ 134 millions de dollars (117 millions d’euros).

Donald Trump dénonce des « ennemis étrangers »

Face aux critiques, le président américain a justifié ses décisions, mardi, lors d’un discours sur l’une des plus grandes bases militaires du pays. « Ce que vous voyez en Californie, c’est un assaut généralisé contre la paix, l’ordre public et la souveraineté nationale, mené par des émeutiers portant des drapeaux étrangers et ayant pour objectif de poursuivre une invasion étrangère de notre pays », a soutenu Donald Trump, prétendant que Los Angeles était envahie par des « ennemis étrangers » et qualifiant les manifestants d’« animaux ». Il a aussi fait huer les noms du gouverneur de Californie, Gavin Newsom, et de l’ancien président Joe Biden, tous deux démocrates.

Plus tôt, Donald Trump avait menacé, déclarant qu’il invoquerait « certainement » l’Insurrection Act pour répondre aux manifestations s’il jugeait cette mesure nécessaire. « Si je n’avais pas envoyé l’armée à Los Angeles ces trois dernières nuits, cette ville qui était par le passé grande et belle serait en train de brûler en ce moment même », a-t-il aussi prétendu sur son réseau, Truth Social.

« Pour le dire crûment, il n’y a ni invasion ni rébellion à Los Angeles, expose, au contraire, l’Etat de Californie dans sa plainte contre l’administration Trump. Il y a des troubles civils qui ne sont pas différents de ce qui se passe régulièrement dans des villes à travers le pays, et que l’Etat et les autorités locales peuvent contenir en travaillant ensemble. » C’est aussi le sens du couvre-feu décrété par Karen Bass : montrer que les autorités locales, loin d’être laxistes comme le prétend Washington, prennent des mesures contre les heurts de ces derniers jours tout en respectant le droit de la population à manifester.

Les protestations ont gagné d’autres métropoles américaines, avec parfois des accrochages. Mardi en début de soirée, quelques milliers de personnes ont ainsi marché dans le sud de Manhattan pour dire leur opposition à la politique migratoire de Donald Trump.

Publicité