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Inondations au Nigeria
Le bilan s'aggrave, les sinistrés racontent le pire désastre de mémoire d'homme
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Inondations au Nigeria
Le bilan s'aggrave, les sinistrés racontent le pire désastre de mémoire d'homme
Des habitants au milieu des débris et des bâtiments endommagés après des pluies torrentielles, le 1er juin 2025 à Mokwa, au Nigeria
C'était un jeudi matin comme les autres. Adamu Yusuf se rendait au marché de Mokwa quand les hurlements de son voisin ont éclaté : les eaux de crue ravageaient la ville.
Selon des habitants interrogés par l'AFP, l'eau montait depuis des jours derrière une voie ferrée abandonnée aux abords de la ville.
Jamais la ville de Mokwa, dans l'État du Niger au centre-nord du Nigeria, n'avait connu pareille catastrophe : plus de 150 morts déjà comptabilisés, un bilan en constante augmentation et des centaines de disparus.
Le changement climatique amplifie les phénomènes météorologiques extrêmes au Nigeria, mais la tragédie révèle aussi des défaillances humaines.
En temps normal, les eaux de crue s'évacuaient par quelques buses aménagées dans les monticules pour rejoindre un canal étroit. Mais jeudi, des débris encombraient les buses, bloquant l'évacuation et gonflant la retenue d'eau jusqu'à faire craquer les murs d'argile.
La déferlante a alors emporté le quartier, la rayant de la carte en quelques heures jeudi matin.
Depuis, volontaires et équipes de secours ratissent la zone, retrouvant parfois des corps jusqu'à 10 kilomètres de là, charriés par le fleuve Niger.
Yusuf a lutté pour sauver sa famille avant que les flots ne l'assomment.
À son réveil à l'hôpital, on lui a annoncé que sa femme, son fils, sa mère et d'autres proches - neuf au total - avaient été emportés.
Seul un corps a été récupéré.
«Je ne sais pas qui m'a secouru», a déclaré Yusuf, 36 ans, à l'AFP.
Il se tenait à l'emplacement de son ancienne maison tandis que des habitants, enfants de 10 ans compris, fouillaient les débris à la recherche de corps.
Une odeur pestilentielle flottait dans l'air, due selon les habitants aux cadavres en décomposition piégés sous les décombres.
Des carcasses et des flaques jonchaient les lieux, et un énorme ravin s'étend désormais au centre du quartier.
La seule pelleteuse active dans les parages empilait des rochers pour renforcer un petit pont en bordure du quartier, emporté par l'inondation.
«Je n'ai jamais rien vu de tel en 42 ans d'existence», témoigne Adamu Usama, ingénieur civil qui dit avoir perdu 10 membres de sa belle-famille dans l'inondation.
Sa maison a été épargnée de justesse.
«Nous avons vu l'eau emporter des gens mais nous n'avons pas pu les sauver, car nous ne savons pas nager.»
Quelques jours plus tôt, l'Agence météorologique nigériane avait alerté sur de possibles crues éclair dans 15 des 36 États du Nigeria, dont celui du Niger, entre mercredi et vendredi.
Les inondations au Nigeria s'aggravent à cause d'un système de drainage défaillant, de la construction de maisons sur les cours d'eau et du rejet de déchets dans les égouts et canaux. En 2024, les inondations ont fait 321 morts dans 34 des 36 États nigérians, selon l'Agence nationale de gestion des urgences (NEMA).
Le bilan de Mokwa menace de dépasser ce chiffre.
L'agence de gestion des urgences de l'État du Niger fait état de 153 morts à Mokwa dimanche, tous enterrés.
Mais les habitants et les chefs traditionnels affirment que le bilan est bien plus lourd.
«Quiconque vous dit que c'est le nombre de personnes qui sont mortes ne fait que spéculer », lance Saliu Adamu, habitant de 45 ans, à l'AFP.
Bien que le président Bola Tinubu ait affirmé que les forces de sécurité participaient aux secours, seuls quelques soldats et policiers étaient sur place dimanche après-midi, surtout pour réguler le trafic perturbé par le pont endommagé.
Le gouverneur de l'État, Mohammed Umar Bago, se trouve en Arabie saoudite pour le pèlerinage du hajj. Les habitants indiquent que son adjoint, Yakubu Garba, s'est rendu sur place.
De nombreuses personnes qui ont perdu proches et biens attendent encore de l'aide.
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