Publicité
Questions au Dr Irfaan Khan Chady, chirurgien orthopédique
«L’opération n’est pas toujours la première option en cas de problème musculosquelettique»
Par
Partager cet article
Questions au Dr Irfaan Khan Chady, chirurgien orthopédique
«L’opération n’est pas toujours la première option en cas de problème musculosquelettique»
Dr Irfaan Khan Chady, chirurgien orthopédique.
Cela fait un mois que le Dr Irfaan Khan Chady est rentré au pays. Ce chirurgien orthopédique est spécialisé, entre autres, dans le traitement des complications pédiatriques et traumatiques, des fractures, par exemple du col du fémur, du remplacement de la hanche, du genou, de l’épaule et de l’arthrite. Il parle des progrès de la science dans ces domaines et affirme que l’intervention chirurgicale est la dernière option en cas de problème musculosquelettique.
?Votre plus longue pratique s’est faite en Irlande où vous vous êtes spécialisé et avez pratiqué pendant dix ans. Quels sont les motifs les plus récurrents de consultation dans vos domaines ?
Je les classifie par groupes d’âge. Pour les enfants de moins de deux ans, j’ai vu pas mal de problèmes congénitaux comme la dysplasie de la hanche, soit une malformation, qui si elle n’est pas traitée, peut occasionner des risques d’arthrite à l’avenir. Dans ces cas-là, il faut diagnostiquer et traiter. On guide le développement des enfants avec des prothèses jusqu’à ce qu’ils grandissent et si le cas est grave, il faut opérer. Mais la majorité des patients n’ont pas besoin d’opération s’ils sont bien traités. Les enfants plus grands se présentent généralement avec des fractures du bras ou du coude et si elles ne sont pas traitées correctement, elles peuvent s’aggraver et causer des difformités. Chez les adolescents, je voyais beaucoup de problèmes de ligaments, de tendons, de disques liés à la pratique du sport tandis que chez les adultes, il y avait des polytraumatismes – soit des problèmes crâniens, abdominaux ou des membres - résultant d’accidents de la route et avec l’équipe pluridisciplinaire, on décidait de la priorité de l’opération. Généralement, on accorde la priorité aux traumatismes crâniens et cardiovasculaires que l’on stabilise et ensuite on passe aux autres membres. Les patients plus âgés présentent de l’arthrite – inflammation de la membrane qui tapisse les articulations. C’est un mal dégénératif qui vient avec l’âge et qui empêche l’articulation de fonctionner normalement. Parfois l’arthrite est causée par les activités sportives ou des traumatismes à l’articulation. Et en cas de fractures auprès de l’articulation, le squelette bouge et il faut changer les pièces quand on vieillit et remplacer l’articulation par une prothèse. Je suis un peu comme un mécanicien-charpentier dans la technique de la prothèse et dans les progrès de la médecine.
?Justement, quels sont ces progrès ?
Le matériel des prothèses s’est grandement amélioré. Il y a quelques années, s’il fallait mettre une prothèse chez une personne de 50 ans souffrant d’arthrite grave à une articulation, la prothèse pouvait se dégrader au bout de dix ans et elle devait être remplacée à nouveau. De nos jours, les prothèses sont faites à partir de matériaux différents – en alliage de cobalt-chrome ou en plastique polyéthylène pour le remplacement des articulations, et en céramique spéciale pour les fractures de la hanche – et leur durée de vie est plus longue. Ensuite, il y a eu des changements dans la façon d’opérer. Les interventions pour les tendons et le ménisque chez les moins de 50 ans, par exemple, sont moins invasives avec l’arthroscopie - acte chirurgical permettant de voir l'intérieur d'une articulation avec une mini–caméra, en pratiquant une ou plusieurs minuscules incisions et de diagnostiquer ou traiter les ruptures de tendons ou lésions articulaires. Lorsque les complications sont moins graves, on peut traiter avec des anti-inflammatoires ou des injections qui temporisent mais lorsqu’il y a dégénérescence, il faut changer la pièce. Le joueur de tennis Andy Murray a eu un remplacement de la hanche et il a pu reprendre le tennis sans problème. En cas de fracture du col du fémur chez les plus âgés, on fait une petite incision pour insérer une tige dans l’os selon une technique intramédullaire et la beauté dans tout cela est que le patient peut se lever et mettre le poids de son corps sur sa jambe dès le lendemain. Tout ce que l’on fait c’est pour que le malade se rétablisse au plus vite. En Grande-Bretagne, il y a des directives. Par exemple, un chirurgien orthopédique doit opérer une fracture du col du fémur en moins de 36 heures après la chute pour éviter les complications et obtenir un rétablissement optimal. Tout est fait pour que le patient puisse bouger rapidement et obtenir le suivi qu’il lui faut.
?Trouve-t-on ces nouvelles prothèses à Maurice ?
Oui, je pense qu’on peut les trouver sans difficulté mais elles ont un coût. Vous parliez d’interventions en équipe traumatologique.
?Qui sont ces autres spécialistes et les trouve-t-on à Maurice ?
J’ai travaillé pendant deux ans au centre John Radcliffe, rattaché à l’université d’Oxford et classifié comme Level 1 trauma centre en Grande Bretagne et dans ce centre, j’ai pu travailler en équipe pluridisciplinaire avec les meilleurs experts en traumatologie. Une équipe pluridisciplinaire traumatologique comprend un anesthésiste, un spécialiste en soins intensifs, un chirurgien vasculaire, un chirurgien plastique et le chirurgien orthopédique. J’ai toujours travaillé en équipe à l’étranger. Ces spécialistes existent à Maurice mais sont éparpillés dans le privé. Il aurait fallu que le ministère de la Santé les retrouve et les fassent travailler ensemble dans le secteur public. Ce qui est arrivé à Fateemah Dilmohamed sur l’escalator de Grand-Baie La Croisette et qui a dû partir en Inde pour se faire traiter, est un exemple de la nécessité d’avoir une telle équipe traumatologique dans le secteur public.
?Allez-vous les retrouver ?
Je suis en train de constituer ma petite équipe dans le privé et je sais que je pourrai faire appel à eux quand j’en ai besoin.
?Vous êtes notamment un spécialiste du traitement de l’arthrite. Comment la diagnostique-t-on ?
Tout dépend de sa gravité, si elle est aigüe, modérée ou légère. Lorsqu’une personne vient en consultation chez vous et qu’elle ne peut se mouvoir normalement et qu’elle souffre lorsqu’elle met son poids sur un membre et même au repos, c’est de l’arthrite aigüe. J’applique les Oxford hip and knee scores avant de confirmer mon diagnostic initial par une radiographie. Lorsque l’arthrite est bien installée, une radiographie suffit à la voir. Lorsque je note que le ménisque ou le cartilage est moins endommagé par l’arthrite, je confirme mon diagnostic par une Imagerie à Résonance Magnétique.
?Comment prévenir l’arthrite ?
Il faut commencer par la base, soit contrôler son alimentation pour éviter l’obésité et d’autres complications de santé. Il faut faire du sport comme la natation, le yoga ou le cyclisme et rester en activité. Il faut identifier tôt les problèmes congénitaux et les traiter pour que la condition ne s’empire pas. Et il faut traiter les fractures correctement. L’opération comme je l’ai dit n’est pas toujours la première option.
?Vous n’avez pas évoqué le mal de dos comme problème musculosquelettique récurrent ?
Le mal de dos comprend plusieurs complications mais les plus courantes sont les hernies discales qui affectent une majorité de personnes. J’ai même eu une attaque d’hernie discale au milieu de la colonne vertébrale au cours d’une intervention de huit heures et mon assistant a dû prendre le relais en attendant que j’aille mieux. Elle affecte tout le monde avec des degrés de sévérité divers et résulte d’une mauvaise posture répétée, de la sédentarité, de soulèvement de poids trop lourds, en particulier dans le secteur de la construction. L’obésité est aussi en cause. Une personne obèse qui souffre d’une hernie discale ou d’arthrite connaît une amélioration de ses symptômes lorsqu’elle maigrit. Une hernie discale se soigne avec des calmants et autres anti-inflammatoires, par des injections ciblées autour du nerf douloureux, par une révision de la posture chez un kiné. Et finalement par une discectomie si cela ne s’améliore pas.
Sur les traces de son grand-père et de ses parents
Le Dr Irfaan Khan Chady est le fils des Drs Ameenah Sorefan, spécialisée en psychiatrie et présidente de l’association Alzheimer et Dementia Mauritius et de feu Siddick Chady. Tout comme il est le petit-fils du médecin généraliste Ayoob Sorefan, qui a étudié la médecine générale au Guys’ Hospital à Londres et qui voulait se spécialiser en chirurgie mais qui a dû regagner Maurice pour subvenir aux besoins de sa famille. Lorsque sa mère Ameenah étudiait pour obtenir sa spécialisation à Melbourne en Australie, Irfaan Chady et ses deux frères ont été confiés à leurs grands-parents et son grand-père Ayoob lui parlait de la médecine. «Mes parents aussi nous parlaient de la biomécanique du corps et autant mes deux frères n’étaient pas intéressés, autant cela me fascinait», raconte-t-il.
Cet ancien élève du Collège du St Esprit a étudié la médecine générale pendant six ans à la Charles University à Prague avant de regagner Maurice pendant quelques temps où il a fait du bénévolat dans deux hôpitaux publics avant de partir pour l’Irlande et faire sa spécialisation de chirurgien pendant deux ans au Beaumont Hospital à Dublin, établissement rattaché au Royal College of Surgeons de l’Irlande. Il a été exposé à toutes les branches de la chirurgie et les a pratiquées.
Son diplôme de chirurgien orthopédique obtenu, il a passé huit années supplémentaires en Irlande et a réalisé près de 2 000 interventions chirurgicales. Celle qui l’a le plus marquée a été une intervention de huit heures destinée à traiter une scoliose chez une adolescente de 16 ans. La jeune fille ignorait qu’elle était allergique aux antibiotiques et elle a fait un arrêt cardiaque sur la table d’opération. Le Dr Chady a dû procéder à un massage cardiaque à partir dos et une fois réanimée, elle a été placée à l’unité des soins intensifs, le temps d’être stabilisée. Le lendemain, le Dr Chady a pu terminer son opération et la réussir.
Après l’Irlande, il s’est rendu à Oxford et a été admis au John Radcliffe Centre, considéré comme le centre no 1 en matière de traumatologie en Grande Bretagne. «Lorsqu’une personne fait un accident de la route extrêmement grave et qu’elle est envoyée au John Radcliffe centre, ses chances de survie sont multipliées par trois car tous les experts en soins intensifs y travaillent. Pendant les deux ans que j’ai passés là, j’ai pu développer davantage mes compétences et les affiner.»
Il était question qu’il prolonge son séjour britannique mais le décès de son père, il y a neuf mois, a précipité son retour. «Oui, j’aurais pu rester en Grande-Bretagne mais j’ai Maurice dans le sang, dans l’âme. J’aime soigner les gens mais soigner mes compatriotes c’est une autre satisfaction. Et puis, il y a une reconnaissance à Maurice que vous n’avez pas forcément à l’étranger. J’étais aussi content de rentrer pour la famille.» Sa consultation se trouve à l’arrière du cinéma ABC mais il est aussi Visiting doctor à la clinique Premium Care de Phoenix et chez Artemis à Curepipe.
Est-il tenté par la politique active ?
«Mon père ne m’a jamais dit ce qu’il avait fait pour les gens aussi bien comme médecin que comme politicien. C’est à sa mort que des personnes me l’ont appris. La politique peut être un monde sale mais c’est aussi une opportunité d’aider les gens. Comme le disent les Grecs, «you have to use all your capacity for the progress of human kind». La politique tombe dans cette catégorie. Elle est intéressante et j’aime la suivre car elle fait partie de notre vie.» Avec une telle réponse, il aurait également pu être diplomate…
Publicité
Publicité
Les plus récents