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Questions à… Dr Vanisha Chummun

«Le cancer touche davantage les femmes que les hommes»

2 mars 2024, 22:00

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«Le cancer touche davantage les femmes que les hommes»

Dr Vanisha Chummun, «Medical Oncologist» à Artemis Curepipe Hospital par Falcon Healthcare Group.

Quelle est votre analyse du taux de cancer à Maurice ? Est-ce que les jeunes sont plus touchés ?

D’après les derniers chiffres du Mauritius National Cancer Registry, publié par le ministère de la Santé, le pays a enregistré 3 201 nouveaux cas de cancer en 2022. Cela représente une hausse significative par rapport aux chiffres de 2021 durant laquelle on dénombrait 2 866 cas. En plus de cette augmentation, on remarque que d’autres tendances se confirment également. Il y a le fait que le cancer continue de toucher davantage les femmes (1 814 cas) que les hommes (1 387 cas).

Chez la femme, le cancer du sein reste le plus fréquent avec 617 cas, suivi du cancer de l’utérus, du cancer colorectal, du cancer de l’ovaire et du col de l’utérus. Chez les hommes, c’est le cancer de la prostate qui reste le plus répandu, avec 261 nouveaux cas enregistrés en 2022. Il y a ensuite les cancers colorectaux, des poumons, de la vessie et de l’estomac. Chez les enfants et les adolescents, âgés de 0 à 15 ans, nous avons relevé 41 nouveaux cas, soit 23 cas chez les filles et 18 cas chez les garçons. De manière générale, on note que l’incidence de la maladie est passée de 8 % en 2020 à 11,7 % en 2022.

Comment expliquez-vous la prévalence du cancer chez les enfants, ce phénomène étant de plus en plus observé ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 400 000 nouveaux cas de cancer sont enregistrés chaque année chez les enfants et adolescents, âgés de 0 à 19 ans. C’est un véritable problème, d’autant plus qu’il s’agit d’un diagnostic qui est difficilement concevable par la famille, même si les traitements disponibles sont de plus en plus efficaces. Dans la plupart des cas de cancers infantiles, les causes ne sont pas connues. Cela dit, environ 8 % à 10 % de ces maladies chez l’enfant sont causés par une mutation génétique, qui peut être de nature héréditaire.

L’exposition à des doses élevées de rayonnements ionisants, un poids de naissance élevé et certains syndromes génétiques, tels que le syndrome de Down ou l’anémie de Fanconi, représentent des facteurs de risque. Les types de cancer les plus répandus diffèrent de ceux observés chez les adultes. Ainsi, au niveau mondial, la leucémie est le cancer le plus diagnostiqué chez les enfants, avec 28 % de nouveaux cas. Il y a ensuite les cancers du cerveau et de la moelle épinière, ainsi que les cancers de la glande surrénale, du rein, du système lymphatique et des os.

Comment peut-on prévenir cette maladie, qui semble prendre de l’ampleur à Maurice ?

Le premier moyen de prévenir la maladie est d’adopter un mode de vie sain. En effet, si l’on s’en tient aux études cliniques réalisées jusqu’ici, l’alcool et la cigarette sont les premiers facteurs de risque. Viennent ensuite une alimentation déséquilibrée, le surpoids, certaines infections dues, par exemple, au papillomavirus et à l’hépatite B, entre autres, les rayons UV, l’absence ou le manque d’activité physique quotidienne. Il y a ensuite le diagnostic précoce, qui permet de détecter la maladie avant même l’apparition des premiers symptômes. Grâce à cela, nous sommes en mesure de débuter les soins très tôt, ce qui améliore les chances de guérison et limite les séquelles liées aux traitements. Les dépistages disponibles sont le frottis (examens cliniques), le test du HPV pour le cancer du col de l’utérus, la mammographie pour le cancer du sein, et la colonoscopie ou l’analyse des selles pour le cancer colorectal, entre autres.

Il faut aussi rester attentif à certains symptômes et surtout les signes inhabituels, tels que les douleurs inexpliquées ou persistantes, les problèmes respiratoires, les ulcères de la bouche ou les toux persistantes. Il y a aussi les problèmes digestifs ou urinaires, les pertes de poids, les changements dans un grain de beauté, et les fièvres inexpliquées. L’apparition de boules ou de petites masses au niveau des aisselles, du cou ou des seins, chez la femme, doit nous alerter et nous amener à consulter un médecin.

En dehors de la chimiothérapie et de la radiothérapie, existe-t-il d’autres méthodes de lutte contre cette maladie ?

Il existe deux types de traitement. Il y a tout d’abord les traitements dits «locaux». Ceux-là, qui incluent la radiothérapie et la chirurgie, agissent uniquement sur les cellules cancéreuses d’un organe atteint. Il y a ensuite les traitements dits «généraux», tels que la chimiothérapie et l’hormonothérapie, qui s’attaquent, quant à eux, à l’ensemble des cellules cancéreuses présentes dans l’organisme. Ces différents traitements peuvent parfois être associés en fonction des cas.

La chirurgie est la forme la plus ancienne de traitement des cancers. C’est aujourd’hui encore le premier traitement qui est proposé dans un grand nombre de cas. Elle est d’ailleurs utilisée dans environ 80 % des cas. On observe également l’arrivée de nouvelles thérapies dites «ciblées», qui permettent, dans certains cas, une médecine personnalisée qui consiste à choisir le traitement le plus adapté en fonction du profil biologique du patient et des caractéristiques moléculaires de sa maladie. Mesurer un marqueur biologique pour adapter la dose d’un médicament relève de la médecine personnalisée.

L’hormonothérapie est utile uniquement si le cancer est sensible aux hormones. Certains cancers sont sensibles à l’action d’hormones naturellement produites par l’organisme. C’est fréquemment le cas pour les cancers du sein et de la prostate. Les cellules cancéreuses ont tendance à se multiplier plus vite en présence de ces hormones. L’idée est donc de bloquer la production ou l’activité de ces hormones. Cela permet ainsi de réduire la croissance des cellules cancéreuses.

L’immunothérapie, de son côté, est un traitement qui vise à stimuler les propres défenses immunitaires de l’organisme contre les cellules cancéreuses. Aujourd’hui, de nouveaux médicaments d’immunothérapie spécifiques ont fait leur apparition. Il y a les inhibiteurs de points de contrôle, dont le rôle est de stopper les «freins de l’immunité» et ainsi relancer le système immunitaire pour que le corps puisse combattre plus efficacement les cellules cancéreuses.

Une autre méthode consiste à prélever directement dans le corps du patient des lymphocytes T. Ces cellules immunitaires sont ensuite génétiquement modifiées en laboratoire pour qu’elles puissent reconnaître et détruire les cellules cancéreuses, avant de les réinjecter au patient.

Quel régime alimentaire est recommandé lorsqu’on est atteint d’un cancer ?

Il est important que les patients atteints de cancer aient une alimentation saine. Un régime à base de fruits et de légumes est non seulement recommandé pour réduire les risques de développer la maladie, mais il comporte également des bienfaits pendant le traitement. En effet, les graisses saines, contenues dans des aliments tels que l’avocat, l’huile d’olive et les noix de cajou, entre autres, aident à réduire l’inflammation dans le corps. Les légumes crucifères, comme le brocoli et le chou-fleur, de même que les fruits à noyau, comme les pêches, les prunes et les nectarines, sont également des options saines. Il est également conseillé de manger des protéines animales maigres, comme le poulet, le poisson et la dinde, ainsi que des protéines végétales, comme les haricots, les lentilles et le tofu. Les protéines aident les patients à préserver leurs muscles durant le traitement.

Il est important de rester hydraté pendant la chimiothérapie, la radiothérapie et l’immunothérapie pour aider à éliminer les toxines du corps et à remplacer l’eau que le corps peut perdre en raison des effets secondaires du traitement, tels que la diarrhée ou les vomissements. La consommation de fruits à forte teneur en eau, comme les raisins et les pastèques, est aussi conseillée.


Artemis Curepipe Hospital se met en «fighting mode» contre le cancer

Artemis Curepipe Hospital, du groupe Falcon Healthcare, intensifie ses efforts contre le cancer en lançant des programmes de dépistage et de prévention, se concentrant sur les cancers de la prostate, du sein, du col de l’utérus et du côlon. L’engagement est clair : accroître la sensibilisation à l’importance vitale du diagnostic précoce en rendant les tests plus accessibles. Ces initiatives, conçues pour susciter une prise de conscience accrue, offrent des consultations spécialisées pour identifier les facteurs de risque, fournissant des conseils perspicaces et un suivi médical approfondi. Artemis Curepipe Hospital s’engage résolument à promouvoir des soins plus justes pour tous.