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Kronik KC Ranzé

Pouvait définitivement mieux faire…

21 janvier 2024, 09:10

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Pouvait définitivement mieux faire…

C’est loin d’être la gloire pour le pays, cet épisode de Belal !

Plus de dix ans après les inondations de mars 2013 et plus de trois ans après le naufrage du Wakashio en juillet 2020, c’est même effrayant que l’on semble toujours patauger dans les mêmes faiblesses, subissant les mêmes indécisions, affichant le même désordre et le même amateurisme. Ça ne va jamais changer ?

Fidèle à son modèle de ‘développement’ orange de tout centraliser sur les frêles épaules de ceux qui nous gouvernent, la Mauritius Meteorological Act prévoit depuis 2019, à la section 10, que le ministre (en l’occurrence celui des Collectivités locales), peut «give such directions of a general nature to the Director… as he considers necessary in the public interest and the latter (c.-à-d., the Director) shall comply with those directions». On ne peut imaginer un ministre, quel qu’il soit, utiliser cette clause pour modifier la direction prévue du vent ou la probabilité «d’averses passagères sur les hauts plateaux»… Alors, on pensait à quoi d’autre si ne sont pas les «avertissements» de pluie ou de cyclone ?

Sont venus se greffer à ce nouveau dispositif, le NEOC (National Emergency Operations Command) qui intervient quand un désastre devient imminent et un NCC (National Crisis Committee) qui intervient, si j’ai bien compris, après la situation de crise ; prodiguant tant des évacuations jugées nécessaires que des secours aux sinistrés… Le NEOC ainsi que le NCC opèrent à l’intérieur du NDRRMC (National Disaster Risk Reduction and Management Centre), qui existe administrativement depuis 2013 et sous une loi-cadre depuis 2016. Il y a aussi des LDRRMC dans chaque municipalité et District Council (où il n’y a, par contre, plus d’élections régulières…), ainsi que ses LEOC dans chaque cas. En sus de quoi, il existe un CDRP (Community Disaster Response Programme) ainsi qu’un NDS (National Disaster Scheme) qui serait la source officielle d’informations et de renseignements pour les autres agences et ministères.

Comme on peut le voir, en terme d’acronymes, nous sommes parés depuis 2016 ! Mieux !

Depuis ce moment-là, le pays a répertorié 480 sites qui sont affectés par du «water accumulation or flooding», dont 56 sont considérés comme «life threatening /critical». Les autorités, dont la LDA (Land Drainage Authority) ont la responsabilité de s’occuper desdits sites «AS A MATTER OF URGENCY»… depuis 2016 !

Et puis nous arrive Belal (mot d’origine arabe qui, veut dire, ironiquement «eau». On était donc prévenu !) et nous faisons la démonstration que, quels que puissent être les efforts de structuration des ‘systèmes’, il nous faut d’évidence des hommes et des femmes de calibre pour les faire marcher ! Dimanche soir, on semait ainsi la confusion quand le ministre évoquait la possibilité que l’on enlève l’alerte I le lendemain, ce qui pouvait paraître logique vu la courbe du cyclone qui menaçait plus La Réunion que Maurice depuis samedi le 13, déjà. On ne passe pas en alerte II à 04 :00 le lundi 15 (Belal est alors à 310 km à l’ouest des côtes de Maurice et ne fait plus plein sud, mais plutot du sud-est, dangereux), mais seulement à 10 :10 quand il est confirmé que le cyclone, à 200 km de notre côte, file entre le sud-est et l’est, ce qui le rapproche du pays. A 13 :00, presto, c’est l’alerte III, Belal étant à 170 km à l’ouest du Morne, procédant toujours vers l’est sud-est et sans avoir accéléré. Le directeur de la météo, M. Dhurmea, «démissionne» ce lundi, on ne sait pourquoi et on ne sait à quelle heure, mais l’annonce est faite à 17 : 57 par le PM, qui est en colère, lui-même. Dhurmea nous apprend depuis qu’il n’a jamais démissionné à l’officiel et qu’on l’a simplement invité à s’effacer (‘step aside’?) pour permettre une enquête. Je n’aurais pas aimé être celui qui a donné cette fausse information de ‘démission’ au PM ! Un couvre-feu de la police est décrété entre 22 : 00 ce lundi soir et midi le lendemain. On annonce l’alerte IV, le mardi 16 à 04 : 00, alors que Belal s’est affaibli en ‘forte tempête tropicale’, mais atteint son point le plus rapproché, à 90 km de Souillac.

Il a toujours été clair que les cyclones ne roulent pas sur des autoroutes et que leurs parcours ne sont donc pas totalement prévisibles. C’est pourquoi, en météo, il faut toujours parler de… risques plutôt que de certitudes !

On sait maintenant ce que l’on reproche exactement au météorologue Dhurmea et on attendra sa défense à l’extrait sélectionné de vidéo incriminante. Du point de vue de la météo, les bulletins semblent plutôt logiques sauf pour la ‘confusion possible’ causée par la déclaration du ministre Husnoo dimanche soir, l’absence d’alerte II lundi matin ainsi que le manque d’accent relatif sur les risques de fortes pluies et d’inondations lundi matin. D’ailleurs, les grosses pluies sont-elles vraiment prévisibles, radar japonais ou pas, ou est-ce que toutes les fausses alertes de fortes pluies que nous avons connues jusqu’ici, indiquent les limites du prévisionnel, ce qui mène soit à de la prudence exagérée ou à son contraire, selon l’humeur du moment ?

Ça c’est pour la science imprécise de la météo. Ce qui reste ce sont nos insuffisances les plus criardes ! Port-Louis étant déjà identifié, depuis 2016, comme un des 56 sites qui sont «life threatening/critical», on DOIT demander comment la situation ne s’est pas améliorée, huit ans plus tard, des dizaines de milliards ayant été drainés du budget national depuis pour construire… des drains AS A MATTER OF URGENCY ! On DOIT des explications à cette centaine de citadins qui auront vu leurs véhicules voguer sur des eaux en furie et à ces autres qui auront vu leurs maisons envahies de boue et d’eau, noyés par des inondations incontrôlées !

Les détritus sur le quai mercredi matin soulignent, en deuxième lieu, le problème récurrent (la culture indécrottable ?) qui consiste à jeter les ordures dans les drains et les rivières, ce qui finit par faire déborder l’eau sur les routes, en aval. Couplées à un raz-de-marée, les marées hautes de 73 centimètres à 04 :00 et de 71 cm à 15 :37, le lundi, n’ont pas dû aider à l’évacuation des eaux de Port-Louis, bien sûr ; la Montagne des Signaux enregistrant 101 mm de pluie pour les 24 heures se terminant à 19 : 00 lundi et le Champ-de-Mars de son côté, accumulant 132.8 mm. Ces pluviométries imposantes certes, le sont bien moins que celles de mars 2013, où 136 mm de pluie tombaient en deux heures, selon le rapport officiel de la Senior Magistrate Dookhy-Rambarun. Le point sur les détritus c’est qu’il faut nettoyer, certes, mais SURTOUT NE PAS SALIR ! Du travail pour le ministère de la Culture ? Des amendes à encaisser pour la police de l’environnement ?

Finalement, les autorités et leur confusion. S’il n’y avait pas d’école lundi, la ministre de l’Éducation montrant plus de pessimisme que le NEOC, on devait techniquement travailler jusqu’à l’alerte III de 13 :00 et pas grand monde n’était inquiet ce jour-là, vu la déclaration ministérielle de la veille. L’absence d’un avis de fortes pluies (que l’on avait, de toute façon, tellement utilisé, à tort, dans le passé, que cela n’inquiète presque plus personne non plus ; sauf ceux qui y trouvent un prétexte pour rentrer chez eux…), l’absence de couvre-feu (comme à La Réunion) et l’invention d’un «Avis de sécurité» décidé par le Conseil des ministres en janvier 2022, qui est supposé remplacer une alerte III et IV, mais qui ajoute, semble-t-il, au cafouillage, n’ont pas aidé. Les constructions légales et illégales sur (ou dans) des drains qui traversent Port-Louis sont-elles toutes choses du passé ?

De toute manière, quand nous aurons dépensé tout ce qui a été budgétisé pour les drains (un ‘cutoff drain’ sur la colline Monneron est encore au stade de ‘design’ ?), est-ce que nos infrastructures pourront finalement juguler des ‘flash floods’ exceptionnels, comme ceux de mars 2013 ou ceux de lundi dernier ? La NDRRMC et la LDA feraient bien de nous le dire dès maintenant ! D’autant que, plus la mer monte avec le réchauffement de la planète, plus il sera difficile d’évacuer l’eau des villes et villages côtiers… Surtout par raz-de-marée et marée haute !

Quel est, alors, le plan pour la ‘cuvette’ de Port-Louis ?