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Yann Charlotte, Anya Dundoo, Thanaa Atchia Kurmally et Samuel Maujean

Des jeunes vraiment Made for Moris

25 novembre 2023, 21:45

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Des jeunes vraiment Made for Moris

De g. à dr., Yann Charlotte, Anya Dundoo, Samuel Maujean et Thanaa Atchia Kurmally.

Cette année, Made in Moris fête ses dix ans. Dès qu’on prononce le nom de ce label créé par l’Association of Mauritian Manufacturers, on pense automatiquement à son efficace CEO, Shirin Gunny. Or, depuis 2020, celle-ci est épaulée par une équipe de quatre jeunes Mauriciens, dont certains ont été recrutés après un processus d’embauche de presque six mois. Quatre jeunes aux compétences sûres, qui auraient pu gagner des mille et des cents à l’étranger. Que ce soit par choix ou circonstance de la vie, ils sont rentrés au pays, ont trouvé leur voie professionnelle et ne le regrettent pas. Car au fond, Moris est inscrit dans leur ADN. Découvrons-les.

Tous les jeunes Mauriciens ne veulent pas forcément émigrer. Il suffit de leur offrir un emploi adapté à leurs compétences et valorisant pour leur dignité pour les retenir sur place. Pour preuve, ces quatre jeunes embauchés entre 2020 et 2021 par Made in Moris et l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM), qui s’engagent pour promouvoir la production locale de qualité et asseoir davantage la réputation d’excellence de ce label. Ayant à peu près le même background éducatif et universitaire, ils parlent le même langage. Ce qui facilite davantage leurs interactions professionnelles. Qui sont-ils ?

Yann Charlotte, 28 ans, ancien élève du Lycée Labourdonnais, a toujours su qu’il reviendrait un jour à Maurice après ses études supérieures en sciences politiques. Si au départ, il se voyait bien exerçant comme avocat, après l’obtention d’une licence à Sciences Po Paris, il change d’avis. Il passe un an en Chine dans le cadre d’une année d’échange et à son retour dans la capitale française, il poursuit ses études et obtient un Master en gestion publique internationale car son «ambition d’alors», comme il le dit, est d’être diplomate ou d’intégrer une institution internationale. Après huit mois comme Brand manager dans une start-up cinématographique, il croit son rêve abouti en obtenant un stage à l’UNESCO. Or, il déchante. Il monte sa propre start-up mais réalise bientôt qu’il a «davantage d’appétence à travailler avec le secteur privé qui a l’agilité pour enclencher de vrais changements». Il regagne Maurice en 2019. Après un passage comme manager en Business development pour une plateforme de réservation de rendez-vous médicaux, il se sent frustré car il n’a pas le sentiment d’être utile au pays. Une annonce sur Facebook disant que Made in Moris cherche un Relationship Manager le motive à postuler. Il passe par les sept étapes du processus de recrutement et est embauché. Pour son plus grand bonheur. Il a la responsabilité du Business Development et pilote non seulement le Made in Moris Pledge, soutenant ceux qui s’approvisionnent auprès des entreprises labellisées Made in Moris mais aussi le projet de partenariat public-privé En Route vers Made in Moris. Ce projet, destiné à emmener la marque plus loin, se fait en collaboration avec les ministères des Finances et de l’Industrie et vise à accompagner 120 entreprises sur trois ans.

Curiosité

Curieuse et extravertie, c’est Anya Dundoo, 27 ans. Ces caractéristiques lui ont permis de bourlinguer après ses études secondaires à Northfields. Admise à l’université Brunel à Londres, elle étudie et obtient une licence en psychologie et sociologie, tout en travaillant dans le monde de la nuit et lors de festivals comme celui de Nottinghill. Elle agit aussi comme responsable des activités pour un centre permettant aux étudiants étrangers d’apprendre l’anglais et de découvrir l’Angleterre. Elle aurait sans doute poursuivi ses études et fait son trou à Londres si le permis de travail des étrangers n’avait pas été écourté à six mois. Rentrée à Maurice à contrecœur, Anya prend de l’emploi chez Business Publications Ltd, plus particulièrement du côté commercial. Elle projette de repartir mais, cette fois, pour l’Australie, afin de se spécialiser en psychothérapie. Bien qu’acceptée par une université australienne, elle décide, au final, de rester à Maurice et de contribuer au développement de l’île. Elle suit un cours en ligne en Social innovation, sustainable development and ethics auprès de l’Imperial College Business School. Au niveau professionnel, elle agit comme Research assistant pour Ecosis, société engagée dans le développement durable.

Un ami lui envoie l’annonce de Made in Moris sur Facebook. Anya se pose et se laisse embarquer dans le processus d’interviews qui lui réussit. Son rôle est alors d’accompagner la transformation et la transition des membres du label afin d’avoir un impact positif pour Maurice. En parallèle à ses responsabilités professionnelles, elle a repris ses études en Sustainable transition management, en partie en ligne et en partie en présentiel, auprès de la Business School de Bologne en Italie. Chez Made in Moris, elle travaille actuellement sur la construction et la solidification du cluster Développement durable du label.

C’est sur l’insistance de son père, propriétaire d’une entreprise de location de voitures, que Thanaa Atchia Kurmally, 34 ans, ancienne élève du Lycée des Mascareignes, a regagné Maurice après 11 années passées à Montpellier, en France, dont cinq à étudier à l’université de cette ville pour obtenir une licence et une maîtrise en communication avec une forte composante digitale, tout en travaillant auprès d’institutions encadrant des personnes en situation de handicap. Ses diplômes obtenus, cette ancienne stagiaire à Radio One n’a pu trouver du travail dans son domaine et a dû prendre ce qui lui tombait sous la main. Elle a été recrutée comme manager d’une agence de location de voitures de luxe, domaine qu’elle connaît sur le bout de ses doigts par rapport au business familial. Bien qu’elle y excelle, elle est frustrée car c’est dans la communication qu’elle veut exercer. Elle et son mari, un Français d’origine espagnole, ont beaucoup voyagé et dans chaque aéroport qu’elle traverse, ses yeux ne rencontrent que des marques étrangères aux pays qu’elle visite. Le local y est absent et elle trouve cela étrange.

Elle finit par écouter la voix de la raison… de son père. Elle et son mari viennent s’installer à Maurice. Après un passage à NRJ qui débutait alors, elle est enceinte. Maman d’une petite fille aujourd’hui âgée de quatre ans, durant son congé de maternité, elle voit le logo Made in Moris et le trouve génial. Un ami à qui elle en parle lui fait part que ce label cherche à recruter une personne qualifiée en branding et communication. Thanaa se jette à l’eau. Malgré les doutes suscités par le long processus de recrutement, elle est embauchée.

Lignée d’entrepreneurs

Samuel Maujean, 30 ans, vient d’une lignée d’entrepreneurs. Après un baccalauréat en gestion, comptabilité, finance en entreprise au Lycée Labourdonnais, il s’envole pour Lyon où sont déjà installés des membres de sa fratrie. Il se fait admettre à l’Institut universitaire de technologie dans l’optique d’étudier pour obtenir un diplôme universitaire en technologie, avec spécialité en techniques de commercialisation. Ce cours très condensé lui permet d’obtenir un stage de première année en tant qu’assistant de direction pour une petite entreprise fabriquant des carrés et des cravates Hermès et, en deuxième année, un autre stage chez Saga France du groupe Bolloré, où il découvre l’univers de la logistique. Il embraye ensuite avec un cours menant à une licence en management des équipes, qualité et développement durable auprès de l’Institut d’administration des entreprises de l’université Jean Moulin Lyon 3. Après quoi, c’est le Master en management général qui lui permet de suivre six mois de cours et d’effectuer un stage de six mois en entreprise. Pour son premier stage, il agit comme Business developper à Wave Stone, cabinet de consulting stratégique. Son rôle est alors d’obtenir des missions pour les consultants de la boîte.

Lors de sa dernière année de Master, il se spécialise en management industriel et logistique et obtient un poste de consultant chez Wave Stone, l’outsider du conseil français, poste qu’il occupe pendant les deux années suivantes. «Être consultant, c’est surtout une façon de réfléchir, d’être polyvalent, de s’adapter. On peut être bien payé certes mais il arrive aussi qu’on soit pressé comme un citron.» Après sept ans en France, lui et son épouse Manon, psychologue clinicienne, décident de rentrer à Maurice. En 2021, il apprend que l’AMM cherche un Programme Manager pour Lindistri Dime, un parcours pour engager les membres de l’AMM et du Made in Moris dans des modes de production et d’opération plus durables. Il se dit que c’est exactement ce qu’il lui faut car il veut s’engager pour son pays. Il postule et est recruté. Il pilote toujours Lindistri Dime et travaille aujourd’hui en soutien de Shirin Gunny, également CEO de l’AMM, en tant qu’Excellence Operational Manager et en binôme avec ses trois camarades, dépendant des projets. «J’ai trois casquettes, je défends les intérêts de l’industrie auprès des ministères, je crée des projets pour les membres et je fais partie du comité qui réfléchit à la mise à plat du nouveau processus d’optimisation interne.»

Si, au début, Thanaa, Anya et Yann sont mobilisés sur les nouvelles adhésions au Made in Moris, chacun d’eux s’est ensuite orienté vers son domaine de spécialisation. Pour Thanaa, cela a été beaucoup de communication sur le terrain. En sus d’avoir le kick qu’elle cherchait dans la communication, elle est contente car le management les soutient. «Il y a un esprit perpétuel d’innovation. On a envie de grandir ensemble. On se forme et ensuite nous partageons nos connaissances avec les membres du réseau. Et puis, il y a la satisfaction de voir que l’on contribue à un grand changement. On se sent fier de poser des passerelles entre les gens et l’industrie. On a le sentiment de contribuer à bâtir l’île Maurice de demain.»

Anya a travaillé davantage sur des projets de développement durable. «J’avais une curiosité à voir tout ce que les entrepreneurs mauriciens savaient faire et je suis agréablement surprise car j’ai vu de la créativité, de la niaque. On tisse des liens forts avec les entrepreneurs et leur business et on réfléchit ensemble sur comment améliorer notre île.» Elle met aussi l’accent sur la camaraderie qui existe entre eux. «Il y a un jour où on peut arriver au bureau et ne pas être dans le mood. Il va toujours se trouver une personne pour nous remonter le moral et c’est fantastique, même si l’on travaille et qu’on vit à 100 à l’heure.»

Yann a fait énormément de Business development, renforçant les liens avec les partenaires du label et se concentrant sur ses deux projets, le Made in Moris Pledge, qui consiste à soutenir ceux qui s’approvisionnent auprès des entreprises labellisées Made in Moris et En route vers le Made in Moris. Il a le sentiment d’apporter sa pierre à la construction sociale. «On voit le paysage économique mauricien évoluer pour devenir une société plus vertueuse. Nous sommes un hub pour les entreprises et nous découvrons que chacune a une histoire fantastique. On essaie de rendre l’industrie meilleure et c’est très valorisant.» Et puis, ajoute Yann, «travailler avec cette équipe est cool. Elle est petite mais nous œuvrons dans un environnement bienveillant. Notre direction est très compréhensive et très proche de nous. Nous essayons le plus possible d’être des problem solvers et c’est stimulant.» Le mois prochain, Yann et Samuel feront partie de la délégation mauriciennne qui se rendra à la Conférence des Parties 28, à Dubaï.

Chacun de ces jeunes a des proches, des membres de la fratrie pour la plupart, établis à l’étranger. Ils auraient pu avoir émigré et auraient sans doute gagné jusqu’à trois fois plus que ce qu’ils obtiennent comme salaires à Maurice aujourd’hui. «C’est vrai», reconnaît Samuel, qui admet aussi avoir dû s’ajuster au rythme de vie professionnel parfois plus lent. «Mais ce n’est pas que l’argent que l’on aurait pu gagner qu’il faut regarder. C’est la qualité de vie professionnelle et personnelle. Ici, au niveau professionnel, c’est comme une bouffée d’oxygène. On travaille dans un environnement qu’on ne retrouve pas ailleurs. L’équipe est formidable, la direction fantastique et ça, ça vaut son pesant d’or. Sans compter que les projets sont très intéressants.» Il ajoute que de par le statut associatif de Made in Moris, «on se rend dans une entreprise avec bienveillance et on nous montre l’arrière-boutique que personne d’autre ne voit. On rencontre une diversité de personnes, d’acteurs et c’est très enrichissant».

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