Tout-à-l’égout à Grand-Baie: Le projet abandonné pour manque de devises, entre autres?

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Routes fermées, poussière et chemins défoncés sont ce qui reste après l’abandon du projet de tout à l’égout au chemin Vingt-Pieds et à la route du Vieux Moulin.

Routes fermées, poussière et chemins défoncés sont ce qui reste après l’abandon du projet de tout à l’égout au chemin Vingt-Pieds et à la route du Vieux Moulin.

Le contracteur chinois Henan Water & Power Engineering Consulting Ltd/Anhui Shui An Construction Group Co Ltd jette l’éponge. Laissant la WMA avec un projet non achevé sur les bras. Les riverains ont subi beaucoup de désagréments lors du projet mais aussi après le départ des Chinois.

Ce n’est que quand la poussière et la fumée soulevées par le départ précipité du contracteur chinois du chantier à moitié terminé d’installation du système de tout-à-l’égout à Grand-Baie seront retombées que l’on pourra savoir ce qui aura réellement provoqué cet abandon. Les riverains, gênés mais résignés depuis le début du chantier par la lenteur et la mauvaise qualité du travail des Chinois, ont été surpris de constater la rapidité et l’énergie avec lesquelles ces derniers ont collecté les outils, matériaux et autres équipements, qui contrastent, nous dit un habitant de la rue du Vieux Moulin, avec l’indolence notée lors des travaux.

Les réparations, ou plutôt le colmatage, des routes défoncées sont tellement bâclées, nous dit cet habitant, que rouler dessus est devenu un parcours de montagnes russes. «Les man-holes dépassent le niveau de la chaussée de plusieurs centimètres.D’autres parties de la route, n’ont même pas été réasphaltées.»

 Bruit et poussière

Le ballet incessant des camions transportant ce qui reste et qui roulent à tombeau ouvert fait craindre le pire. Les enfants ont été priés de rester chez eux et même les adultes ne s’aventurent que par nécessité sur la route, pour ne pas se faire écraser. La poussière soulevée par les engins est telle que les cours et maisons en ont été envahies. Un habitant du chemin Vingt-Pieds se plaint que l’eau de sa piscine est devenue boueuse, sans parler de sa maison qui est recouverte maintenant d’une épaisse couche de terre.

«Il y a un trou si énorme juste devant ma maison, se lamente un autre habitant, que je dois laisser ma voiture dans la rue.» Pour lui, le contracteur chinois se «fiche complètement des habitants. Ma voiture a heurté une énorme pierre tombée d’un camion et le carter d’huile en a été endommagé». La route du Vieux Moulin est fermée depuis trois mois en raison des travaux qui n’ont pas vraiment eu lieu. «On devait alors utiliser les routes à travers champs. Mais tout cela pour rien car plusieurs maisons n’ont même pas été connectées au système de tout-à-l’égout.»

Plusieurs habitants, n’y tenant plus, ont ainsi déposé une precautionary measure à la police de Grand-Baie et prévenu que si rien n’est fait pour calmer les ardeurs des travailleurs chinois pendant qu’ils lèvent le camp, ils réclameront réparation pour toutes les misères subies.

 Les Mauriciens qui ne veulent pas travailler 7 jours sur 7

Pourquoi ce découragement et repli des Chinois de ce projet à Rs 2,5 milliards, et qui avaient dès le 31 août annoncé la fermeture du chantier et remercié les quelques travailleurs mauriciens en parlant de force majeure qui aurait mis à mal leur situation financière ?

La Wastewater Management Authority (WMA), après avoir parlé du Covid, nous a référés au consultant Gibb (Mtius) Ltd, dont une source a repris le même refrain mais en élaborant un peu plus. «Même si l’entreprise chinoise n’a pas eu à payer des travailleurs chinois qu’elle n’a pas pu importer durant les confinements notamment en Chine, le recours aux travailleurs locaux n’a pas été possible.» Pourquoi ? «Les Mauriciens coûtent cher et ne travaillent pas pendant les congés.» D’autres arguments sont avancés. «La précédente équipe technique chinoise était médiocre et lorsqu’elle a été remplacée par une moins mauvaise, il était trop tard.Et les équipements importés par le contracteur étaient de très mauvaise qualité.» La faute au contacteur alors ? Pourquoi parle-t-il de force majeure ?

 Trouver des dollars

Une autre source nous offre une autre explication. «Les prix des matériaux et des nouveaux équipements ont pris l’ascenseur avec la dépréciation de la roupie.» De plus, comme la majeure partie de la main-d’œuvre est chinoise, il fallait trouver des dollars, ce que la WMA n’a pu faire. «D’après le contrat, nous explique-t-on, la WMA devrait régler 50 % des factures en dollars ; finalement toutes les factures ont été payées en roupies.» Cela aurait ainsi forcé le contracteur de façon indirecte à recourir à la main-d’œuvre et aux matériaux locaux. Le contracteur chinois, las d’attendre les dollars et ne voulant pas entendre parler de la main-d’œuvre locale, aurait sonné la retraite.

Cependant, la WMA confirme qu’elle a toujours payé Henan en dollars. Si le manque de devises est bien à l’origine ou une des raisons de cette rupture de contrat, on parle aussi d’autres raisons obscures. Bruneau Laurette, qui a été le premier à nous alerter sur cet abandon de chantier par les Chinois et la mise sur le carreau de plusieurs travailleurs mauriciens, donne un conseil au gouvernement : «Ne gaspillez pas nos roupies et nos devises pour des projets non nécessaires juste à cause des commissions attendues !»

D’après nos informations cependant, trois factures en dollars n’auraient pas été payées aux Chinois et deux en roupies. Pourquoi même des factures en roupies n’ont-elles pas été payées ? Selon une source, il y aurait aussi un manque de roupies. On nous fait savoir que plusieurs contracteurs de la National Development Unit sont eux aussi en attente de leurs paiements.

Toutefois, Rs 500 millions sur un budget total de Rs 2,5 milliards ont déjà été réglées. Le système peut-il être utilisé par au moins une partie des habitants ? Pour un ingénieur, non car «il n’y a pas de station de pompage, qui est essentielle pour cette région plate où la gravité ne fonctionne pas». Si tel est le cas, les Rs 500 millions n’auront pas servi à grand-chose. Il faudra donc attendre que tout le projet soit repris et complété pour que les connexions soient fonctionnelles.

Beaucoup d’autres interrogations demeurent sur l’arrêt de ce projet. Nous n’avons reçu aucune réponse de la WMA aux questions suivantes : Combien coûtera le reste des travaux s’ils sont repris par un autre entrepreneur ? La WMA a-t-elle touché la garantie bancaire de la firme chinoise ? La WMA a-t-elle accepté la raison avancée par Henan Water & Power Engineering Consulting Ltd pour abandonner le projet ?

Quant au contracteur chinois Henan Water & Power Engineering Consulting Ltd/Anhui Shui An Construction Group Co Ltd, son directeur Zhao nous a juste déclaré machinalement «Sorry, no interview» avant de nous raccrocher au nez.

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