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Hausse du salaire minimum: vers un match Etat vs secteur privé ?
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Hausse du salaire minimum: vers un match Etat vs secteur privé ?
Alors que l’inflation fait rage dans le monde, le débat sur l’ajustement du salaire minimum pour aider la population revient sur le tapis. Au Royaume-Uni, un nouveau barème est applicable depuis le 1er avril. À Maurice, la possibilité d’avancer la révision du salaire minimum à cette année n’est pas à écarter. Or, du côté du secteur privé, on argumente qu’une telle mesure, ajoutée aux charges sociales élevées, serait difficilement soutenable pour les entreprises qui se relèvent à peine des rafles du Covid-19 sur leur trésorerie. Pourtant, certaines entreprises du privé renouent avec la profitabilité, d’autres paient des dividendes à leurs actionnaires depuis l’année dernière. Si l’on pourrait couper la poire en deux avec une aide de l’État pour les entreprises qui en ont besoin pour appliquer une révision salariale, le secteur privé est aussi appelé à participer à cet élan de solidarité nationale…
10,7 %, c’est le taux affiché de l’inflation en glissement annuel dans le pays. Résultat, oui, nous payons tout plus cher, mais les salaires ne progressent pas au même rythme, réduisant le pouvoir d’achat des Mauriciens. Face à la poussée inflationniste, la question d’une révision du salaire minimum actuellement à Rs 11 075, revient sur le tapis. Toutefois, il est clair que, si une telle mesure devait voir le jour, cela entraînerait des pressions pour une augmentation des salaires aussi, car finalement, nous sommes tous d’une manière ou d’une autre touchés par l’inflation. Le hic, c’est que le secteur privé est lourdement endetté, avec une dette qui s’élevait à Rs 210,6 milliards à février dernier; la charge sociale des entreprises s’est aussi alourdie depuis l’entrée en vigueur de la CSG.
Or, s’il est vrai que le Covid-19 a eu un impact négatif sur la trésorerie des entreprises privées, entraînant fermetures et pertes d’emplois dans certains cas, certains secteurs ont pu se relever plus vite que d’autres avec des entreprises qui ont renoué avec la profitabilité, d’autres qui se lancent dans de nouveaux projets et d’autres encore qui depuis l’année dernière déjà paient des dividendes aux actionnaires comme avant la crise. Il faut mettre en exergue, l’aide de l’État aux entreprises à travers le Wage Assistance Scheme ou encore la Mauritius Investment Corporation (MIC). Considérant cela, que le patronat s’engage aussi à la lutte contre l’inflation, est-ce possible ? Ces augmentations de salaires devraient-elles être vues au cas par cas ? Une aide de l’État pour aider uniquement les entreprises encore financière- ment instables peut-elle être envisagée ? Nous y reviendrons.
Les gouvernements à travers le monde utilisent tous les moyens à leur disposi- tion pour lutter contre l’inflation, que cela soit par un rééquilibrage de la politique monétaire, par la régionalisation dans le commerce des produits et des services, le levier fiscal ou encore le salaire minimum, entre autres. Au Royaume-Uni, par exemple, le salaire minimum des travailleurs a augmenté le 1er avril, passant à £9,50 l’heure, soit une hausse de 6,6 %, cela afin d’atténuer l’impact de la hausse des coûts sur les Britanniques.
Une telle mesure est-elle possible à Maurice ? «Une augmentation du salaire minimum fera pression pour une augmentation des autres salaires plus élevés également. Or, il ne faut pas oublier que les charges sociales augmenteront aussi en même temps pour les entreprises. Déjà en 2018, le montant du salaire minimum était plus élevé que la norme internationale, il faut mettre tout cela en considération. Les entreprises sont pour la plupart encore fragiles et sortent à peine de la crise. Si nous allons vers une révision du salaire minimum, l’entreprise seule ne pourra pas soutenir cette charge. Nous ne sommes pas contre l’idée mais l’État devra partager les coûts», dit Pradeep Dursun, COO de Business Mauritius.
Comment réagit-on dans les secteurs les plus affectés ? Voyons pour commencer la construction. Il faut savoir qu’à ce jour le montant d’aide de la MIC au secteur de la construction s’élève à environ Rs 275 millions. Ce secteur est aussi dans une passe difficile avec une hausse continuelle des coûts des matériaux de construction qui affecte la performance économique des opérateurs. «La construction continue à faire face à de gros défis post-Covid auxquels s’ajoute depuis peu, le conflit géopolitique en Europe: flambée des prix des matériaux et du fret, retards dans les importations, dépréciation de la roupie, entre autres. Beaucoup d’opérateurs ont des problèmes de trésorerie et certains vivent une situation financière très difficile. Des mesures doivent être prises pour la survie des entreprises et pour soutenir l’industrie, ce qui garantirait les emplois et éviterait la faillite des entreprises», dit-on à la Building and Civil Engineering Contractors’ Association (BACECA).
«Les entreprises sont pour la plupart encore fragiles et sortent à peine de la crise. Si nous allons vers une révision du salaire minimum, l’entreprise seule ne pourra pas soutenir cette charge.»
Dans ce contexte, la réponse à la possibilité d’augmenter les salaires devient donc évidente, les entreprises de construction ne peuvent pas et ne pourront pro- bablement pas dans un avenir proche, se permettre de revoir les salaires. Mais, si au lieu d’importer de la main-d’œuvre étrangère, qui représente aussi un coût, les entreprises opérant dans le secteur rendaient les salaires plus attractifs pour les Mauriciens ? «L’industrie de la construction doit malheureusement embaucher plus de travailleurs étrangers pour continuer à avancer car il y a une pénurie grandissante d’ouvriers qualifiés locaux. On souligne que,bien que le secteur ait été frappé de plein fouet par la Covid-19, les entreprises ont tenu leurs engagements en appliquant ces trois dernières années (2019, 2020 et 2021), les augmentations légiférées de laNRB.»
Un autre secteur impacté par la pandémie et la fermeture des frontières et évidemment le tourisme. Il faut savoir que les prêts de la MIC à ce secteur s’élèvent à plus de Rs 14 milliards. Si le choc de la fermeture prolongée des frontières a été rude, plusieurs groupes hôteliers affichent à nouveau des profits avec à titre d’exemple Lux Island Resorts (LIR) qui affiche des profits après impôt de plus de Rs 400 millions pour le trimestre se terminant au 31 décembre 2021 et New Mauritius Hotels (NMH) qui montre des profits d’environ Rs 550 millions pour le 2e trimestre de l’année financière 2021-2022, soit du 1er octobre au 31décembre 2021. Considérant cette reprise, les groupes hôteliers peuvent-ils supporter une augmentation des salaires ? Nous avons contacté l’AHRIM, mais n’avions pas encore eu de retour à l’heure où nous mettions sous presse. Une option possible serait-elle aussi qu’une partie de l’aide financière de la MIC serve à financer ces augmentations salariales ? La question est ouverte.
Les petites et moyennes entreprises (PME) ne sont pas en reste, ayant été sévèrement touchées par la pandémie et un bon nombre qui ont dû fermer. Pourtant, on note une légère reprise avec 1 956 nouvelles PME enregistrées dans l’année fiscale 2019-2020, 3 386 nouvelles PME enregistrées dans l’année fiscale 2020- 2021 et 4 706 nouvelles PME enregistrées dans la présente année fiscale et à ce jour. Quid de la situation ? «La situation n’est pas suffisamment claire pour que les PME puissent reprendre leurs activités comme avant la pandémie. Le mood reste sur la préservation des emplois, le marché n’est pas encore stable surtout pour ceux qui importent leurs matières premières. Les moyens sont déjà limités et les investissements pas encore sûrs», dit Ravin Rampersand, CEO de SME MauritiusLtd.
Revoir la politique salariale n’est donc clairement pas une priorité du côté des PME. Au niveau des exportations aussi, augmenter les salaires risque d’être un inconvénient, surtout que ce secteur se doit de rester compétitif face à la concurrence malgache ou bangladaise, entre autres, sur un marché fortement déboussolé. Si la situation reste difficile pour les entreprises, elle se corse davantage pour les plus vulnérables qui doivent lutter contre l’inflation et pour son impact sur les prix des commodités de base.
Dans la mesure où une nouvelle politique de révision salariale pourrait aider cette population, que cette mesure de réajustement des salaires soit ciblée ; une option à explorer pourrait être en faveur de ceux qui touchent le salaire minimum et ceux qui tombent sous un certain seuil. Dans le même esprit, l’aide étatique pourrait être ciblée sur les entreprises ayant un bilan financier faible, car au même titre que le secteur privé, compte tenu du déficit budgétaire et du niveau de la dette publique qui dépasse les 100 % du PIB, l’État peut difficilement augmenter ses charges. En tout cas, pas sans passer par un assainissement des finances publiques, entre autres mesures, pour réduire la dette. La vente des actifs non-essentiels de l’État reste donc à l’ordre du jour dans ce cas également.
La question reste donc entière, comment répondre aux besoins immédiats des plus vulnérables et trouver en même temps les ressources nécessaires ? Une réforme de l’État-providence doit-elle être envisagée ? On peut ici penser à l’introduction d’un revenu de base ciblé, un Targeted Basic Income, qui est un revenu minimum garanti à un nombre limité de personnes, qui devra donc passer par une réforme et une certaine modernisation de notre État-providence. En tout cas, si dans l’immédiat, la révision du salaire minimum est une option à envisager, le secteur privé devra apporter sa pierre à l’édifice et ouvrir la voie à un partenariat public-privé solide. L’inflation et les moyens de la combattre devraient donc être au centre des débats de cette plateforme, afin que chacun apporte sa pierre à l’édifice.
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