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SEGGAE DAY pour dire PLUS JAMAIS ÇA !
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SEGGAE DAY pour dire PLUS JAMAIS ÇA !
Quelle surprise cette annonce soudaine du gouvernement décrétant le 21 février la Journée Nationale du Seggae ! Il était temps que l’Etat reconnaisse enfin officiellement cette musique inventée à l’île Maurice par Kaya dans les années 80, même si le premier enregistrement de Seggae a eu lieu à la Réunion. Si l’Etat a attendu si longtemps pour honorer officiellement cette création mauricienne, la reconnaissance du Seggae par le peuple était déjà acquise depuis 33 ans. Et depuis des chansons de Kaya comme «Simé la Limier» sont chantées dans des églises et temples.
En 1989, quand j’ai produit le premier album de Seggae de l’histoire intitulé «Seggae Nou Lamizik» du groupe Racinetatane dont Kaya était le leader, beaucoup disait que son succès était un phénomène de mode qui n’allait pas durer. Mais Maurice ainsi que les autres îles de la région l’ont adopté pour toujours grâce à d’autres artistes mauriciens qui ont aussi commencé à faire du Seggae, surtout Ras Natty Baby mais aussi Naésseyé à la Réunion. Même après la mort tragique de Kaya il y a 23 ans de cela, de nouveaux groupes de Seggae ont marqué la scène musicale comme Ras Nininn, Jerry & the Resistance et Prophecy qui est le premier à placer un Seggae disque de l’année 30 ans après la naissance de cette musique mauricienne engagée et revendicative.
Mais la façon dont cette nouvelle a été présentée interpelle. A seulement 10 jours de l’évènement, le Ministre annonce la Journée Nationale du Seggae sans aucun programme de célébration. Il déclare en même temps que le 8 février est déclaré la journée Nationale du Bhojpuri Gammat en mémoire de feu Sona Noyan. Ces décisions inattendues du gouvernement peuvent être perçue à tort ou à raison comme étant une décision politique électoraliste.
Mais voyons positif. C’est bien que le gouvernement honore ainsi deux musiques de notre patrimoine culturel même si l’impact national et international de Kaya et du Seggae est beaucoup plus évident. Cette Journée Nationale du Seggae est une juste reconnaissance de l’immense contribution artistique et culturelle de Kaya pour l’île Maurice et aussi pour ma petite contribution d’avoir lancé le Seggae et la carrière de Kaya. Ce fut une longue aventure humaine et musicale de 4 années avec de gros sacrifices financiers, des moments de découragement et de solitude pour finalement réussir à donner naissance au Seggae …… grâce à la Réunion. Kaya et moi avions 26 ans quand nous nous sommes rencontrés. Donc à 62 ans je ne peux que me réjouir que le Seggae soit enfin reconnu officiellement. Mais pour beaucoup de mauriciens, le 21 février représente surtout la mort scandaleuse de Kaya en prison. Cette date reste aussi gravée dans nos mémoires pour des émeutes meurtrières ayant fait 4 morts, paralysé notre économie pendant 3 jours avec un grave conflit racial évité de justesse. N’oublions pas que cette violence a été exacerbée le lendemain par la mort choquante de Berger Agathe, l’autre star du Seggae tombé sous les balles de la police. Pensées spéciales aussi pour deux jeunes abattus par la police lors du passage du cortège funéraire de Kaya à Bambous, Michel Laurent 20 ans et Leemul Ghoostia 17 ans qui allait mourir dans ma voiture pendant que paniqué je conduisai à toute vitesse pour l’emmener à l’hôpital Candos.
Personnellement, j‘associe cette date à la perte inadmissible d’un artiste unique, à la voix spéciale, aux talents de poète et de guitariste hors norme. Kaya était un homme humble, doux et inspiré avec qui j’avais une relation mystique, une complicité musicale et humaine qui m’ont marqué à vie. Le 21 février me rappellera toujours que Kaya est mort dans une souffrance atroce en prison où il avait été enfermé pour une cause qui lui tenait à coeur. Car comble de l’ironie, il a été emprisonné à Alcatraz réservé aux criminels dangereux pour avoir fumé du gandia lors du concert réclamant…… la dépénalisation du gandia. Si Kaya à travers ses chansons faisait passer des messages de paix, d’amour et d’unité nationale, son dernier message avant sa mort ce 21 février 1999 était bien la dépénalisation. Il revendiquait même la légalisation du gandia au nom de la liberté de pratiquer sa religion Rastafarienne. Kaya était aussi convaincu que pour combattre la montée des drogues dures comme l’héroine, la légalisation du gandia était une solution. Si le gouvernement veut vraiment honorer Kaya, il devrait aussi écouter son dernier message qui est une solution pour combattre aujourd’hui la drogue synthétique qui est un fléau encore plus dangereux que l’héroïne et qui est en train de tuer toute une génération de jeunes partout à travers l’île Maurice.
Le choix de la date de la mort de Kaya fait polémique. Il est bon de se demander ce que représente réellement cette Journée Nationale du Seggae. Est-ce seulement une célébration culturelle en hommage à la musique inventée par le légendaire Kaya ? Je ne le pense pas. L’Etat mauricien en choisissant le jour de sa mort pour la Journée Nationale du Seggae rend Kaya immortel. Nous devons garder en mémoire ses messages intemporels de mauricianisme, de justice sociale, de spiritualité et de paix mais aussi du combat de Kaya pour la légalisation du gandia surtout en ce moment où la drogue synthétique fait des ravages et que tous les problèmes politiques, économiques et sociales sont pires qu’il y a 23 ans. Mais le même objectif aurait été atteint si le gouvernement avait choisi le 10 août, jour de naissance de Kaya. Si c’est le 21 février qui a été désigné Journée Nationale du Seggae, nous ne pouvons oublier que Kaya fut retrouvé mort à Alcatraz et que cela a déclenché de violentes émeutes. Tous les ans à cette date, nous devons nous dire plus jamais d’incarcération pour un fumeur de gandia, plus de brutalité policière et de mort en prison et plus d’émeutes mortelles et raciales dans NOU TI ZIL……..PLUS JAMAIS ÇA !
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