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Soins aux personnes âgées │ Carers: besoin de réglementation à tout prix

12 novembre 2021, 11:00

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Soins aux personnes âgées │ Carers: besoin de réglementation à tout prix

Face au vieillissement de la population, le besoin de garde-malades s’amplifie. Mais sur le marché, chacun se forme à sa guise. Et c’est la loi de la jungle côté prix pour un tel service. Pourquoi ? La formation devrait-elle être obligatoire ? L’évaluation médicale pour bénéficier du «carer’s allowance» est-elle efficace? Autant d’aspects nécessitant qu’on y mette bon ordre. D’ailleurs, le Mauritius Institute of Training Development arrive avec un programme ciblé.

«Rs 300 juste pour donner le bain à mon papa alité : je ne peux même pas me permettre un tel service au quotidien. Il faut y recourir qu’une fois par semaine», confie Jacqueline, 46 ans. Depuis plusieurs mois, elle doit gérer la maladie de son père en sus du travail, ce qui est très difficile sans assistance. 

Diana, 40 ans, enseignante, y est également confrontée, comme elle a à sa charge une proche handicapée. «Comme je travaille, je cherchais un carermais les frais réclamés m’ont assommée. Cela débute à partir de Rs 12 000 par mois si on a besoin d’assistance pour le bain, l’assistance aux toilettes et les repas. Il faut aussi y rajouter le transport. J’ai sollicité d’autres garde-malades mais c’est tout aussi exorbitant. Finalement, je ne peux pas me payer ce luxe», déclare-t-elle. Aisha, 68 ans, abonde dans le même sens : «Une voisine paie Rs 1 600 par jour, ce qui lui revient littéralement à Rs 50 000 chaque mois. Ce n’est vraiment pas facile.» 

Bien que la note s’avère salée pour ceux sollicitant des garde-malades, la demande pour ce service ne cesse d’amplifier, constate Natacha François, directrice d’Angels Home Health Care, qui existe depuis 11 ans. «D’ailleurs, on est en recrutement massif. Nous assistons même à une pénurie de carers car nous exigeons la qualité», affirme-t-elle. D’après le directeur suppléant du Mauritius Institute of Training Development (MITD), Sayadaly Maudarbocus, le vieillissement de la population alimente la demande pour des garde-malades. 

Comme les enfants des séniors travaillent, ces effectifs sont de plus en plus sollicités. S’y greffent la recrudescence de maladies comme l’Alzheimer et autres pathologies lourdes. Cependant, en trouver demeure problématique. Pourquoi ? L’expérience et la formation spécialisée sont des impératifs surtout pour dispenser des soins médicaux aux patients. Mais tel n’est pas toujours le cas dans la pratique. 

Les carers employés par les institutions charitables bénéficient d’une formation parrainée par le ministère de l’Intégration sociale, de la sécurité sociale et de la solidarité nationale, indique cette instance. Cette formation qui dure 160 heures est dispensée en collaboration avec le MITD pour mettre à niveau leurs compétences. Qu’en est-il des gardemalades hors du circuit institutionnel et charitable ? La formation se fait au petit bonheur. 

Par conséquent, faut-il la rendre obligatoire ? Sam Lauthan, ancien ministre de la Sécurité sociale et travailleur social, y est favorable. «La prise en charge des patients est délicate et nécessite un savoir-faire précis. De plus, il faut avoir des connaissances spécifiques pour dispenser les médicaments, retourner la personne ou changer ses pansements. Les carers devraient obligatoirement être formés pour cela», indique-t-il. 

Selon le responsable du MITD, des techniques spécifiques doivent être maîtrisées par les garde-malades. Donc pas question de lésiner sur la formation. D’ailleurs, confie-t-il, celle-ci ouvreaux adhérents les portes à d’autres horizons, soit des pays sujets à une forte demande pour ces professionnels. Selon lui, le ministère de la Santé pourrait mettre sur pied des exigences pour les qualifications, ce qui assurerait un service de qualité. 

Garde-fou et prévention d’abus 

En termes de recrutement, Natacha François exige au minimum une année d’expérience avérée, la vaccination contre le Covid-19 et la capacité à travailler dans un système de rotation de jour et de nuit. «On remarque que beaucoup de garde-malades ne sont pas formés. Un home ou une clinique peut se permettre d’employer une personne sans expérience comme elle sera placée dans une équipe et apprendra. Mais les carers à domicile sont seules avec leur malade et doivent savoir comment gérer. Hélas à Maurice, peu d’établissements assurent la formation. Pour moi, celle-ci devrait être obligatoire pour mieux répondre aux besoins du patient», explique-t-elle. 

En quoi consiste le service ? Selon Natacha François, l’assistance comprend le bain médical, le déplacement, la prévention des escarres si le patient est alité, l’hygiène du malade et de son espace de vie, la prise en charge de ses repas, de ses vêtements et de sa chambre, entre autres. D’où la nécessité d’une spécialisation professionnelle. 

De son côté, Iswar Rughoo, directeur du Quatre-Bornes Professional Training Centre, offre deux formations pour garde-malades étalées sur six mois à un an, dont l’une en collaboration avec le MITD. «Définitivement, on doit faire provision pour davantage de carers. Les demandes individuelles mais aussi des cliniques, affluent comme davantage de Mauriciens sont malades ou handicapés», explique-t-il. 

De plus, ce service semble valoir son pesant d’or puisque les tarifs ne sont généralement pas fixés. Pourtant, d’après le ministère du Travail, le salaire d’un garde-malade devrait être de Rs 10 075 plus Rs 500 de la Mauritius Revenue Authority, selon les Domestic Workers (Remuneration Regulations 2019). Or, plusieurs carers, fonctionnant à l’heure ou à la tâche, affichent des barèmes aussi variés qu’élevés. Un système permettrait d’agir comme garde-fou et pour la prévention d’abus. «Je sais que c’est un service cher dont un individu ne peut pas toujours bénéficier, surtout avec une pension basique mais les aides-soignants exigent une bonne rémunération. Le soin de ces patients est très spécialisé. Par exemple, un bain médical est privilégié avec toutes les précautions nécessaires selon la condition du malade. Cela peut coûter entre Rs 300 à Rs 600», souligne Natacha François. 

De son côté, Madhura, 35 ans, explique que le bain, le pansement et l’administration des médicaments reviennent à Rs 400 pour la matinée, jusqu’à l’arrivée d’un proche. «Mais parfois, je dois rester plus longtemps, notamment jusqu’en fin d’après-midi, comme la famille n’est pas disponible. À ce moment-là, je prends Rs 500 au total», relate-t-elle. Pour Iswar Rughoo, une règlementation étatique s’impose au niveau des tarifs. «Si pour certaines professions, le salaire minimum est appliqué, pourquoi pas pour les carers ? À l’hôpital, cela commence à Rs 14 000. Actuellement, il n’y a pas de règlements précis pour les gardes-malades. Il faudrait en instaurer», indique-t-il.

 

Carer’s allowance: l’évaluation médicale remise en question 

<p><em>&laquo;Comment des médecins peuvent-ils juger de l&rsquo;incapacité de ma sœur ? J&rsquo;ai beau leur expliquer qu&rsquo;il faut lui donner son bain et l&rsquo;assister aux toilettes, entre autres tâches, mais ils ont tout bonnement rejeté notre demande&raquo;</em>, déplore Serena, 39 ans. L&rsquo;incompréhension est totale depuis que l&rsquo;application pour bénéficier d&rsquo;une carer&rsquo;s allowance, qui est de Rs 3 500, a été rejetée. Jonglant entre le travail et la nécessité de s&rsquo;occuper de la petite, elle ne sait plus où donner de la tête. D&rsquo;autant qu&rsquo;elle est encore plus remontée contre le Medical board qui a procédé à l&rsquo;évaluation de la petite. <em>&laquo;Déjà, quand on est entré dans la pièce, les médecins plaisantaient entre eux. Je m&rsquo;interroge sur leur faculté à déterminer le degré de handicap d&rsquo;une personne. Sont-ils spécialisés en handicap, d&rsquo;ailleurs ? Sur quels critères se basent-ils ?&raquo;</em>, s&rsquo;interroge-t-elle. Ces questions animent également une éducatrice. <em>&laquo;Beaucoup de nos jeunes qui nécessitent une assistance permanente comme leurs parents travaillent bravent ces problèmes. Chaque cas est différent. Il faut donc de vrais spécialistes pour siéger sur un tel comité&raquo;,</em> affirme-t-elle. Ses propos sont repris par ceux de Prem Seebaruth, ancien huissier et président du <em>Senior Citizens&rsquo; Council</em>. Pour lui, des personnes d&rsquo;expérience doivent figurer sur ce panel afin de s&rsquo;assurer du respect des droits des demandeurs. Quant à Sam Lauthan, il soutient que l&rsquo;évaluation médicale est encore plus difficile lorsque le taux de handicap ou de maladie atteint les 55 % à 65 %. <em>&laquo;Il faut des critères bien établis. Pour l&rsquo;Alzheimer, par exemple, la personne peut être tout à fait normale, et dans d&rsquo;autre cas, elle peut oublier les choses fondamentales comme le chemin de sa maison. Si les spécialistes sont limités par les lois existantes, je pense que celles-ci peuvent être abrogées au besoin par l&rsquo;homme et la femme selon la nouvelle donne&raquo;</em>, souligne-t-il. Un médecin spécialisé précise que les critères sont un handicap de 60 % fondé sur les guidelines de la <em>National Pensions Act </em>et le besoin d&rsquo;une assistance permanente. Le ministère de tutelle souligne que le jugement du comité médical sur la carer&rsquo;s allowance se fonde sur la schedule 6 de la loi et les medical guidelines du ministère de la Santé.&nbsp;</p>

<p>Qui siège donc sur ce comité d&rsquo;évaluation ? Selon le ministère de la Sécurité sociale, deux médecins généralistes y sont assignés. Ces derniers sont enregistrés auprès du <em>Medical Council</em>. Bien qu&rsquo;ils ne soient pas spécialisés, ceux-ci bénéficient d&rsquo;une formation continue, indique notre interlocuteur. En cas de rejet de la demande de la carer&rsquo;s allowance, un appel peut être présenté au <em>Medical Tribunal </em>dans un délai d&rsquo;un mois. <em>&laquo;Ce sont alors des médecins spécialistes et un membre de la profession légale du State Law Office qui siègent sur le Medical Tribunal&raquo;</em>, explique-t-on au ministère. De plus, des 919 appels au <em>Medical Tribunal</em> pour l&rsquo;année financière 2020/2021, 133 décisions ont été renversées.</p>

 

 

 

Un cours spécialisé lancé par le MITD 

<p>Selon Sayadaly Maudarbocus, <em>Acting Director</em> du MITD, une formation spécialisée en <em>Care for Elderly</em> débute bientôt. <em>&laquo;Nous devions commencer le 15 novembre mais avec la fermeture scolaire, nous avons dû reporter ce cours. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un projet du National Training and Reskilling Scheme (NTRS) destiné aux personnes ayant perdu leur emploi avec le Covid-19&raquo;</em>, déclare-t-il. D&rsquo;une durée d&rsquo;un an, cette formation est gratuite et s&rsquo;étalera en classe pendant 2 jours et 3 jours en industrie. Les participants toucheront une allocation mensuelle de Rs 10,575.</p>

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