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Nouveau bulletin d’information à la MBC: Bhojpuri zinda rahela*

8 novembre 2021, 16:30

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Nouveau bulletin d’information à la MBC: Bhojpuri zinda rahela*

Vous ne le saviez peut-être pas, mais un bulletin d’information est diffusé à 15 heures sur la MBC. Jusqu’ici rien d’étonnant direz-vous. Sauf qu’il est en bhojpuri. Un bon prétexte pour revenir sur la place de cette langue au sein de notre société en 2021…

Depuis le 2 novembre, la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) diffuse un bulletin d’information en bhojpuri, à 15 heures. L’occasion de revenir sur cette langue, qui fait de la résistance. Quel est l’engouement pour son apprentissage ? Et les jeunes dans tout ça ? Est-elle vouée à mourir avec nos aînés ?

«Depuis l’enfance, j’ai été bercé par le bhojpuri. Dans ma localité, une bonne majorité des habitants l’utilisent. Avec les voisins et la famille, j’ai vite maîtrisé la langue, et ce bien plus rapidement que le kreol morisien qui est venu plus tard», confie d’emblée Kunal Heereelall, 38 ans. Cet habitant de Pointe-aux-Piments est un artiste spécialisé en la matière. Ayant commencé sa carrière en 2008, il a sorti divers singles et albums, a à son actif quatre à cinq disques de l’année et compose des textes pour des artistes locaux. Ce dernier effectue parallèlement des traductions pour des Réunionnais. Dans son milieu familial, le bhojpuri occupe une place de choix. Car son fils de six ans ainsi que ses neveux et nièces âgés de dix ans et plus suivent ses traces.

Comme lui, son frère Dharmanand, enseignant retraité de 73 ans et membre de l’Association Brahma Kumaris de Flacq, parle couramment le bhojpuri depuis son plus jeune âge. «Puisque nous sommes appelés à animer des causeries et faire des discours publics, j’utilise le bhojpuri pour m’exprimer.»

La langue est-elle toujours aussi vivante chez les jeunes ou est-ce davantage une tradition transmise au sein des générations anciennes ? «Cette langue intéresse toujours grandement les jeunes. En fait, le bhojpuri prend une ampleur considérable. J’ai pu en témoigner notamment en me rendant à la gare. De plus, cette langue n’est pas destinée à une seule communauté. Dans mon village, des personnes d’origine tamoule, chinoise, catholique, musulmane entre autres, s’expriment en bhojpuri», confie Kunal. Pour Dharmanand, il faut encourager un plus grand nombre de jeunes à s’y mettre. «Je leur parle souvent dans cette langue afin de les inspirer à la maîtriser. Plus on y est exposé, plus on découvre le bhojpuri.»

Pour Sarita Boodhoo, présidente de la Bhojpuri Speaking Union, cette langue touche tout le monde. «On chante, on danse sur le bhojpuri partout, y compris dans les hôtels. Cela fait vibrer. L’engouement est là mais il faut la revaloriser. D’ailleurs, l’UNESCO dit que les langues représentent des héritages à préserver.» Elle rappelle que le Geet-Gawai, qui comprend des chansons en bhojpuri, fait partie du patrimoine mondial, ce qui implique le besoin de maintenir cette langue. D’après elle, 200 millions de personnes parlent cette langue dans le monde. Et à Maurice ? Plus de 50 % de la population comprendrait le bhojpuri, selon elle.

«Puisque nous sommes appelés à animer des causeries et faire des discours publics, j’utilise le bhojpuri pour m’exprimer.»

Selon Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers’ Union, 30 % des Mauriciens pratiquent toujours la langue dans des veillées mortuaires, prières, réunions culturelles, etc. Selon lui, les films en hindoustani comprennent des dialogues proches du bhojpuri. «Dans les régions rurales, il y a aussi une petite poignée de personnes de la communauté musulmane qui apprennent et parlent le bhojpuri, fortes de leurs racines indiennes de leurs ancêtres. Ce qui contribue au maintien de la langue.»

Toutefois, son inculcation à l’école fait défaut. Car comme le rappelle Sarita Boodhoo, le bhojpuri était enseigné à l’école primaire depuis 2012, au même titre que le kreol morisien. Or, après quelque temps, cette langue orientale a été délaissée. «J’ignore les raisons pour lesquelles l’enseignement du bhojpuri est tombé. On milite pour que l’enseignement et l’apprentissage du bhojpuri soient rétablis.»

En 2011, certaines organisations culturelles contestaient l’enseignement séparé du hindi et du bhojpuri. Désormais, indique Suttyhudeo Tengur, pour chaque cours de hindi, qui dure environ 50 minutes, cinq à dix minutes sont consacrées au bhojpuri au primaire. Mais Sarita Boodhoo n’en démord pas. Pour elle, le bhojpuri possède une riche littérature de 200 ans, incluant des écrits, proverbes et «sirandanes» par milliers, entre autres à Maurice. Aussi, il faut sauver la langue et réintroduire son enseignement continu, plaide-t-elle. La venue du journal télévisé de 15 heures est un pas dans cette direction.

Qu’en est-il de l’évolution du langage aujourd’hui ? Goorooduth Chuttoo, président de Bhojpuri Samaj Mauritius, déplore le fait que le bhojpuri mauricien ait été ‘estropié’ par d’autres langues. «Souvent, il intègre des mélanges linguistiques, ce qui dénature le bhojpuri.» Pour lui, le fait d’inculquer des mots en bhojpuri aux enfants le plus tôt possible contribue à nourrir la langue. D’après Prem Seebaruth, président du Senior Citizens Council, l’engouement est bien réel. «La plupart des personnes âgées maîtrisent bien cette langue mais pour les jeunes, il faudrait plus de professeurs de bhojpuri surtout si à la longue, l’intérêt augmente. Vous verrez que beaucoup de personnes sont attirées par cette langue car elles veulent la comprendre.»

*Le bhojpuri toujours vivant

Pourquoi ?

<p>Depuis mardi dernier, la station de radiotélévision nationale a lancé le bulletin d&rsquo;information en bhojpuri, diffusé sur MBC 1, Bhojpuri Channel et MBC Sat, à 15 heures. Pourquoi une telle démarche ? &laquo;<em>Puisque le bhojpuri et le kreol morisien sont les plus parlés à Maurice, nous avons décidé de lancer ce bulletin d&rsquo;informations. Vu que nous diffusons déjà le JT en anglais, français et créole, il nous manquait celui en bhojpuri. Et nous avons ainsi rétabli les choses&raquo;, </em>explique Anooj Ramsurrun, directeur général par intérim de la MBC.</p>

<p>Qui est ciblé par ce JT ? Tous les Mauriciens, selon lui. Il précise aussi la Bhojpuri Channel et la Senn Kreol vont perdurer. Rappelons que la possibilité de suppression du Bhojpuri Channel était évoquée en août 2017. Or, rassure Anooj Ramsurrun, ces chaînes ne vont pas disparaître, de par l&rsquo;intégration des deux langues dans notre riche culture mauricienne.</p>

<p><strong>Les racines&nbsp;</strong></p>

<p>&nbsp;Le bhojpuri est une langue indo-aryenne, qui est parlée par environ 50 millions de personnes et utilisée dans le nord-est de l&rsquo;Inde et dans la région du Teraï au Népal. Il est principalement parlé dans l&rsquo;ouest du Bihar et dans l&rsquo;est de l&rsquo;Uttar Pradesh. Le bhojpuri est considéré socio-linguistiquement comme l&rsquo;un des nombreux dialectes hindi, bien qu&rsquo;il appartienne officiellement à la branche géographique bihari des langues indiennes orientales. L&rsquo;hindi fidjien, langue officielle des Fidji, est une variante de l&rsquo;awadhi et du bhojpuri. L&rsquo;hindoustani des Caraïbes est également une variante du bhojpuri et de l&rsquo;awadhi. Le bhojpuri est l&rsquo;une des langues officielles reconnues du Népal. C&rsquo;est également une langue minoritaire en Guyane, à Trinité-et-Tobago, au Suriname, en Afrique du Sud et à Maurice. (source : wikipédia)</p>

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