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Femmes prêtres chez les catholiques: quand une réflexion religieuse devient sociétale
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Femmes prêtres chez les catholiques: quand une réflexion religieuse devient sociétale
L’Église catholique revient dans l’actualité après l’intervention «politique» du père Grégoire à Rose-Belle ; le rapport Sauvé qui fustige les abus sexuels sur mineurs de religieux en France et propose, parmi ses nombreuses recommandations, une plus grande présence des femmes dans les sphères décisionnelles. De plus, au début du mois, le cardinal Piat ordonnait un prêtre et un diacre permanent, juste après une levée de fonds visant Rs 10 millions pour financer la formation de 11 futurs prêtres. Par ailleurs, dimanche, l’Église presbytérienne ordonnera trois femmes. Tout cela remet sur le tapis le rôle des femmes chez les catholiques. Peut-on espérer une féminisation de l’institution ? Ne devrait-elle pas donner l’exemple ? Ou lorsqu’une réflexion dans une religion pose la question plus large du rôle de la femme dans la société.
«Cela prendra un siècle ou deux pour avoir des femmes prêtres. L’étape intermédiaire est l’ordination des hommes mariés», déclare Patrick Fabien, prêtre à la paroisse de St Patrick. Pourtant, en janvier, le pape François, connu pour ses multiples réformes, a modifié la loi interdisant jusque-là aux femmes d’être lectrices et serveuses d’autel dans les célébrations liturgiques, tout en réitérant le fait qu’elles ne peuvent être prêtres. Une «porte fermée par Jean-Paul II», avait-il déclaré à la presse. L’ordination de Jean-Patrick Polydor comme prêtre et de George Othello comme diacre permanent le 3 octobre, ainsi que le «Festival des vocations», destiné à lever des fonds pour la formation de 11 séminaristes – toujours des hommes – soulèvent la question de la «domination masculine» dans les hautes sphères de l’église. Les fonctions de cardinal et de prêtre ne sont effectivement occupées que par des hommes.
Pourquoi ne pas envisager la prêtrise des femmes ? Si le Vatican ne s’oppose plus à leur ordination, l’Église catholique locale emboîterait-elle le pas ? «Ce sera plus tard pour les femmes à mon avis. C’est une institution très lourde, une armada vraiment puissante. C’est sûr qu’il y a une domination masculine. Ce n’est pas tant cela qui bloque, mais l’Église est hiérarchique», répond le père Fabien. Bien qu’elle soit lourde, cette hiérarchie institutionnelle a produit des femmes d’exception, comme la Vierge Marie, Sainte Thérèse d’Avila, Mère Teresa, entre autres. D’ailleurs, dans les textes, le Christ a souvent apparu aux femmes (NdlR : comme Marie-Madeleine après sa résurrection), renchérit Monique Dinan, laïque engagée. Toutefois, elle mentionne la légende de la papesse Jeanne, dont le pontificat se situerait entre Léon IV et Benoît III, au 9e siècle.
Toutefois, le père Fabien appelle à «mettre de l’eau dans son vin sur cette domination masculine». À défaut d’ordination, les femmes engagées dans l’église sont instituées, ce qui est, pour lui, une reconnaissance de leur rôle. Cadress Rungen, diacre permanent depuis trois ans, estime que l’Église catholique a accompli un grand pas en valorisant davantage la place des femmes. «Depuis Paul VI, Jean-Paul II jusqu’à François, on a vu une progression des femmes dans des postes stratégiques au Vatican. À Maurice, il en va de même pour les donneuses de communion, laïques chargées de certaines célébrations et engagées dans les organisations de l’Église. En revanche, la prêtrise prendra du temps.» Toutefois, les prémisses semblent posées, puisqu’en août 2016, le pape François a nommé une commission sur le diaconat féminin. En avril 2020, il a annoncé une commission pour la possible ordination de femmes diacres, relançant le débat très controversé de la prêtrise féminine. Même l’ordination des diacres permanents mauriciens a suivi un long processus. Mais si le Vatican avalise la prêtrise pour les femmes, Maurice devra s’y aligner, poursuit-il.
«Si l’Église de Rome tranche dans cette direction, on sera tous d’accord dans l’obéissance. Mais va-t-elle décider d’une telle mesure ? Le Christ a appelé 12 apôtres masculins, mais il n’a pas eu besoin que des hommes. Marie, sa mère, en est un exemple concret. La femme a déjà toute une place et une mission importante dans l’Église. Jusqu’à l’heure, il n’y a pas de femmes prêtres. Mais il n’est pas nécessaire d’en avoir car leur rôle est aussi important que celui des hommes», affirme Monique Dinan. Pour elle, aucune catégorie n’est supérieure à l’autre. Il n’est donc pas essentiel d’un plus grand engagement féminin car il y a un grand besoin de laïques, sans compétition des genres. Les papes actuels ont été, observe-t-elle, des artisans de la promotion féminine dans la société civile et religieuse. Donc, pourquoi pas une femme ? «Je ne vois pas comment cela se ferait, à moins d’un profond changement dans l’Église. D’ailleurs, pour être cardinal, il faut d’abord être prêtre. Et tous les prêtres sont des hommes.»
Autant d’aspects qui nourrissent davantage le débat. Jonathan Ravat, chef des études sociales de l’Institut Cardinal Jean Margéot (ICJM) et anthropologue des religions, estime que si le Vatican autorise l’ordination des femmes, le diocèse de Port-Louis suivra. «Mais cet aval ne suffit pas pour que cela se concrétise. Ceci nécessite un appel des femmes au sacerdoce.» L’ouverture du Vatican envers l’engagement diaconal féminin est relativement pertinente. Elle fait partie de l’histoire de l’Église qui existe depuis plus de 2000 ans et qui s’écrit au fil du temps. «À partir de cette théologie, il y a eu une tradition de prêtres et d’évêques masculins. Les femmes-disciples étaient aussi présentes au service. C’est un juste retour des choses que la réflexion s’ouvre sur le diaconat féminin.»
Sur la «domination masculine» dans la hiérarchie catholique, Jonathan Ravat observe une conversion sur le rôle de la femme dans l’Église. «En 2000 ans d’existence, nous n’avons pas été exonérés de la gouvernance avec des installations et des installés, des hommes porteurs de pouvoir et de contrôle. L’Église n’a pas été épargnée dans cette conversion politique.» Le changement doit être synodal, c’est-à-dire, un effort et un partage de réflexions des hommes et des femmes – jeunes et vieux, religieux et laïques.
Épiscopaliens : L’église presbytérienne ordonne trois pasteures
Si l’Église catholique n’en est pas encore aux femmes prêtres, les mouvances qui s’en sont détachées, se sont ouvertes aux femmes au 20e siècle. De plus, le clergé anglican et presbytérien n’est pas tenu au célibat. «Dans les Églises réformées – presbytériennes, méthodistes entre autres, l’ordination des femmes pasteures est chose commune en Europe, en Afrique et aux États-Unis. Dans l’Église presbytérienne de Maurice, nous sommes en nombre minimal, comparé aux hommes mais l’ordination se pratique depuis plusieurs années», déclare Natacha Noyan, qui sera ordonnée pasteure le dimanche 31 octobre, avec deux autres assistantes pasteures, Chantal Sissace et Viviane Tessier, ainsi que trois hommes.
Pour accéder au pastorat presbytérien, il faut avoir complété une licence en théologie. La première femme, Nicole Armand, a été ordonnée le 30 octobre 2016 et exerce actuellement à Pointe-aux-Piments, alors qu’Alice Derblay a été modératrice de l’Église presbytérienne de Maurice de 1990 à 1995. L’assistante pasteure, Ginnette Dennemont, exerce à Rose-Hill.
Par ailleurs, la Church of England ordonne des femmes depuis 1992 et elles représentent un tiers du clergé anglican. À Maurice, Chantale Crouche officie à Quatre-Bornes alors que les diaconesses Lola Lavénérable et Marilyn Cadet exercent à Rose-Hill et Mahébourg. Les femmes ont accédé à l’épiscopat en 2015. Ainsi, une ancienne infirmière, Sarah Mullally, a été sacrée 133e évêque de Londres en 2018.
Paroles intimes : La force des femmes

Fruit des échanges du pape argentin avec le jour- naliste biographe britannique Austen Ivereigh pendant le confinement, paru aux éditions Flammarion en décembre 2020, ce livre veut discerner le sens pour nos sociétés de la crise du Covid-19. Le pape François raconte comment il a vécu la crise sanitaire du Covid-19 au Vatican, à Rome, et ce qu’elle a changé en lui ; comment le système économique et l’ordre du monde ont mis à mal l’homme et la planète ; le rôle des chrétiens pour promouvoir une espérance résiliente, le service des autres et un partage plus juste des ressources; et finalement, les changements de comportements qu’il souhaite –préférence pour les plus pauvres et meilleure place des femmes dans la société. Ci-dessous, des extraits sur sa vision de la femme (pp. 97-105).
«Un signe d’espoir dans cette crise que nous traversons est le rôle prépondérant des femmes. Les femmes ont été à la fois parmi les plus touchées et les plus résistantes dans cette crise.»
«Se pourrait-il que dans cette crise, la perspective qu’apportent les femmes soit ce dont le monde a besoin en ce moment pour faire face aux défis à venir ? Se pourrait-il que l’Esprit nous incite à reconnaître, à valoriser et à intégrer cette approche nouvelle que certaines femmes apportent en ce moment ?» (…) «Là où est l’Esprit, il y a toujours un mouvement vers l’unité, mais jamais vers l’uniformité. (…) Ainsi, si un groupe ou une personne devait insister sur le fait que son approche est la seule façon de “lire” un signe, ce serait un signal d’alarme.»
«C’est une chose qui m’a préoccupé à Rome : comment mieux intégrer la présence et la sensibilité des femmes dans le processus de décision du Vatican. (…) Les femmes que j’ai nommées sont là en raison de leurs compétences et de leur expérience, mais aussi pour influencer la vision de la mentalité du gouvernement de l’Église. (…) Changer la culture institutionnelle est un processus organique qui demande d’intégrer sans cléricaliser le point de vue des femmes.»
«Je tiens à préciser qu’un rôle élargi pour les femmes dans la direction de l’Église ne dépend pas du Vatican et ne se limite pas à des rôles spécifiques. Peut-être à cause du cléricalisme, qui est une corruption du sacerdoce, beaucoup de gens croient à tort que la direction de l’Église est exclusivement masculine. Mais si tu vas dans n’importe quel diocèse du monde, tu verras des femmes diriger des départements, des écoles, des hôpitaux, et beaucoup d’autres organisations et programmes… (…) En Amazonie, les femmes – tant les laïques que les religieuses – gouvernent des communautés ecclésiales entières. Dire qu’elles ne dirigent pas vraiment parce qu’elles ne sont pas prêtres, c’est du cléricalisme et c’est irrespectueux.»
Ces femmes de tête du diocèse de Port-Louis
Pas toujours «in the limelight», elles sont pourtant des piliers du dio- cèse de Port-Louis. On pense au contrôle des finances par Christiane Tadebois ; à l’éducation catholique gérée par Gilberte Cheung ; à Sr Sylvianne Françoise, formatrice à l’ICJM, sans oublier la théolo- gienne Danielle Palmyre et beaucoup d’autres. Portrait et témoignage de trois d’entre elles.
Patricia Adèle Félicité secrétaire générale de Caritas

Elle est l’une des trois femmes, sur 46 pays d’Afrique, à diriger Caritas. «Je suis engagée dans l’église depuis mes huit ans dans la chorale d’enfants à Roche-Bois, où les Sœurs missionnaires de la charité aidaient les familles et encadraient les jeunes», affirme Patricia Adèle Félicité, 52 ans. Adolescente, elle rejoint des groupes de réflexion et formation dans sa paroisse, où elle bénéficie de cours et de bibliothèques avec Caritas et les religieuses. À l’âge de choisir une carrière, elle s’engage avec Caritas. «Toute ma formation sociale et humaine, je l’ai reçue des groupes religieux. L’engagement dans l’Église aide aussi à s’épanouir. Je sers Caritas à Maurice en Afrique et à l’internationale. Cela m’a ouvert des horizons.» Elle fait partie du comité sur le leadership des femmes à Caritas, Rome. «Effectivement, la place des femmes est prépondérante. Cependant, avec notre structure patriarcale, davantage d’hommes sont à des postes de responsabilité. Mais beaucoup d’efforts sont faits, notamment par le pape François, pour que les femmes ne soient pas que des nombres.»
Elisabeth Chasteau religieuse de Marie Réparatrice

«J’ai 50 ans de vie religieuse. Cela fait donc longtemps que je me suis engagée dans l’Église. Je l’exprime à travers le charisme de ma congrégation, qui travaille à faire connaître à tous l’amour immense et inconditionnel de Dieu pour chaque personne, pour sa création», confie Sœur Elisabeth Chasteau. Cet amour, dit-elle, guérit, répare, réconcilie, met debout et rend à la personne sa dignité humaine. «Actuellement, je fais l’accompagnement spirituel, c’est-à-dire, l’écoute de la personne dans ce qu’elle vit pour l’aider à percevoir les appels de l’Esprit, à y répondre et à tisser une relation toujours plus profonde avec Dieu et l’ouverture aux autres.» Sœur Elisabeth Chasteau, qui anime des sessions ponctuelles sur l’Ennéagramme et le discernement, entre autres, est membre de différents groupes. Beaucoup de femmes engagées dans l’Église, ajoute-t-elle, accomplissent un «travail extraordinaire» et sont une «présence inspiratrice».
«Je pense qu’il y a encore du chemin à faire pour que la femme et l’homme dans l’Église, comme dans la société, soient considérés comme égaux. Leur identité est différente, ce qui fait la richesse dans la complémentarité. La femme a besoin d’être davantage dans les instances décisionnelles de l’Église ; le pape nous en donne l’exemple, ayant nommé Sœur Nathalie Becquart sous-secrétaire du Synode des évêques avec le droit de vote. La femme est encore trop at the receiving end, alors que sa féminité, la richesse de sa pensée, sa sagesse et sa sensibilité ont beaucoup à offrir.»
Danièle Babooram rédactrice en chef de «La Vie Catholique»

Elle dirige, depuis 2008, l’hebdomadaire du diocèse qu’elle a intégré à 25 ans. «Je suis issue de parents de fois différentes. Enfant, j’étais assez distante de l’Église mais je lisais beaucoup. Mon papa avait divers ouvrages sur la foi. Je suis entrée dans l’Église par le travail», confie Danièle Babooram, 58 ans.
Ainsi, sa profession a fortifié sa foi, qui a consolidé son métier. Au départ, elle veut être infirmière, comme plusieurs de ses proches. Durant un temps de flottement entre vacances scolaires et un travail, Danièle Babooram s’abreuve de sa passion pour l’écriture, qui la mènera au journalisme et à La Vie Catholique. «J’ai commencé sur le tas et j’ai été formée à l’université entre-temps.» Certes, elle vit l’Église de l’intérieur en répondant à l’appel dans l’organe de presse du diocèse. Sa mission d’écriture est une vocation, qui nourrit sa vision du monde.
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