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Les signaux brouillés du PM : un cas d’école à décortiquer en communication
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Les signaux brouillés du PM : un cas d’école à décortiquer en communication
Le chef du gouvernement est entouré d’une armée de conseillers, soit d’anciens journalistes ou habitués des médias. Et pourtant, son discours de mardi a été jugé ambigu. L’on déplore que tout converge vers Ken Arian, «l’homme à tout faire» du couple Jugnauth…
Cascade d’incompréhension. Déluge de sarcasmes. Des tas de questions. En moins d’un quart d’heure - (le discours fait 13’44 minutes pour être précis), le message du Premier ministre (PM), Pravind Jugnauth, à la nation a semé doutes et confusions.
D’abord le contexte. Mardi soir, 23 mars à 20 h 30, nous sommes à deux jours de la fin initiale du confinement, alors prévu pour le 25 mars. Mais dès le dimanche 21 mars, soit deux jours avant le discours à la nation, l’express donne déjà des indications que le confinement «sera étendu d’au moins sept jours à compter du 25 mars». Expliquant que ce prolongement semble «inévitable». Notamment en raison du nombre de cas de Covid-19 qui augmente au quotidien. C’est dire que l’opinion publique est déjà préparée aux annonces premier-ministérielles.
Or, qu’a dit le PM ? «À partir d’aujourd’hui et jusqu’au 31 mars, nous travaillons sur un plan qui nous permettra de passer à une nouvelle phase avec beaucoup plus d’activités économiques.» Pravind Jugnauth enchaîne avec l’augmentation du nombre de Work Access Permits et les sorties par ordre alphabétique qui seront maintenues après le 31 mars. «À l’avenir, nous communiquerons plus de détails.» Sans dire clairement que le confinement est prolongé du 25 au 31 mars.
Invité à décrypter la communication du PM, l’historien Jocelyn Chan Low est d’avis que c’est «catastrophique. Dans un moment pareil, les gens cherchent des informations pratiques, pas de la littérature. Il fallait dire les choses carrément». Il souligne que dans les faits, Pravind Jugnauth, «n’a pas dit qu’il y a prolongement du confinement». Sauf qu’il a fait «pire», selon l’historien. Car si le discours du PM dit que les autorités «étudient» des mesures, «tout de suite après la diffusion du discours, le Government Information Service (GIS) a émis un communiqué donnant des détails de ce qui va se passer après le 31 mars. Donc, quelle étude sont-ils en train de faire ? Le GIS a contredit ce que venait de dire le PM». Ce qui pousse l’historien à souligner que «le GIS communique mieux que le PM».
D’où vient la confusion ? Jocelyn Chan Low se demande si le message du PM n’aurait pas été enregistré «trop tôt». Voire «avant que les décisions n’aient été prises». Avec ce discours, l’historien sent, «comme si le PM était gêné de dire ça». Car le prolongement du second confinement, «vient contredire» les précédentes interventions clamant que Maurice était Covid-free voire Covid-safe.
Référence ici à l’interview du PM sur la BBC, le 12 août 2020. Alors qu’il est interrogé sur le naufrage du Wakashio, Pravind Jugnauth prend la tangente et met en avant sa gestion du Covid-19. «It (NdlR, le naufrage) reminds me also of Covid-19. Initially, when we were not prepared (…) for so many months now, we have no local cases of contamination», avait-il affirmé sur la BBC.
Autre exemple qui a marqué les esprits : le 25 mai 2020. Alors que tous attendent l’annonce du déconfinement, le PM s’adresse à la nation, pour annoncer que l’archipel des Chagos est désormais identifié comme un territoire mauricien sur la carte officielle des Nations Unies. On apprendra par la suite que cette «nouvelle» carte date du mois de février 2020.
Revenant au discours de mardi, une chose est sûre pour Jocelyn Chan Low. Ce discours à la nation est «l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire en communication», un cas d’école à décortiquer par les étudiants en communication. «Quand on communique, il faut aussi savoir comment ça va être reçu». Mais là, «on a embrouillé les gens». Nous avons cherché en vain une réaction du côté du bureau du PM. Pas de commentaires, entre «éthique» et «devoir de réserve».
Quand Ken Arian complète le discours de Pravind Jugnauth
<p> ll y a plusieurs anciens journalistes/habitués des médias dans l’entourage du PM. Sauf que dans cette armée de conseillers (ils sont plus d’une dizaine), la communication de Pravind Jugnauth n’est pas entièrement – quand elle n’est pas du tout – de leur ressort. Car tout converge vers le «<em>Senior Advise</em>r»Ken Arian. Après le discours à la nation du PM, mardi soir, il a posté le tableau du GIS concernant la première phase de réouverture à partir du 31 mars, sur sa page Facebook. Une publication qui a suscité plusieurs commentaires déplorant le manque de clarté de ce discours. Ken Arian a alors donné quelques précisions.</p>
<p>À un internaute qui soulignait «<em>I am sure PM did not intend this but simple clear tone is always good in this digital era. Take it positively and seek help when needed»,</em> Ken Arian a répondu par un pouce levé. À un autre internaute préoccupé par le rapatriement vers Rodrigues, il a écrit: <em>«We are working on allowing Rodriguans to return but will have to undergo quarantine before leaving Mauritius.»</em></p>
<p>C’est aussi avec un <em>«yes</em>» qu’il a répondu à la question de cet internaute qui voulait savoir s’il y aurait un communiqué concernant la zone rouge. Ken Arian est l’éminence grise, marchant toujours deux pas derrière le PM lors de ses sorties officielles. Il serait celui qui est derrière le discours à la nation lu par Pravind Jugnauth. Qualifié «<em>d’homme à tout faire» </em>du couple Jugnauth, Ken Arian a déjà été la cible de virulentes critiques au sujet de la communication officielle. Il lui a déjà été reproché – par un «<em>senior minister»</em> – d’isoler le PM de ses ministres. Ou de donner des directives pour les couvertures de la MBC. Il a aussi été pointé du doigt suite au discours express lu par le commissaire de police, en décembre dernier, ou encore la récente apparition décalée de sir Anerood Jugnauth pour tenter de défendre son fils.</p>
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