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Les entreprises appelées à sortir l’artillerie lourde face à la dette
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Les entreprises appelées à sortir l’artillerie lourde face à la dette
La hausse de l’endettement des opérateurs privés et la baisse de productivité affectent tous les secteurs d’activité. Certains pourraient même devenir insolvables. Des économistes analysent la situation dans un contexte où l’avenir paraît sombre.
Le montant total des prêts bancaires aux entreprises du secteur privé s’élève à Rs 318 milliards à août 2020, dette en hausse de 5,6 % comparée à la même période en 2019, selon les chiffres de la Banque de Maurice (BoM). Si les dettes demeurent ou même augmentent, vu la baisse de productivité qui affecte presque tous les secteurs d’activité du pays, les entreprises souffrent, en attendant une baisse du rythme du commerce mondial, de la fermeture des frontières presque partout dans le monde et donc d’une réduction de leurs revenus, accompagnée dans certains cas de la chute de la valeur de leurs actifs, souvent utilisés comme garanties bancaires. Face à l’augmentation de la dette des entreprises et des risques d’insolvabilité, à quoi devons-nous nous attendre pour la suite ? Des spécialistes de l’économie partagent leur analyse.
«Pour commencer, il faut réaliser que de nombreuses entreprises étaient déjà fortement endettées avant le Covid-19. La pandémie a conduit au confinement, ce qui signifie qu’il n’y a eu pendant cette période pratiquement aucune activité économique dans de nombreux secteurs et ceux qui ont fonctionné n’étaient pas au maximum de leur capacité. Évidemment, le remboursement de la dette pendant le lockdown en a souffert. À présent, l’économie étant en récession et les prévisions peu encourageantes pour de nombreux secteurs, le remboursement de la dette deviendra difficile», explique Afsar Ebrahim, directeur exécutif de Kick Advisory Services.
Selon lui, la fiabilité des prévisions de trésorerie peut être remise en question, à moins que l’on ait suffisam- ment de visibilité pour la rendre crédible. «Le Covid-19, qui a entraîné avant tout une crise de la demande, a affecté la capacité des entreprises à générer du chiffre d’affaires. Le dicton ‘Cash is King’ sonne vrai aujourd’hui, mais il est difficile de générer des liquidités s’il n’y a pas de demande.» Parmi les secteurs ayant le plus de crédit bancaire, la catégorie «Activités d’hébergement et de restauration», qui comprend les hôtels et chambres d’hôte, entre autres, cumulait environ Rs 45 milliards en crédit bancaire au mois d’août ; la construction, autour de Rs 19 milliards; et la manufacture, plus de Rs 21 milliards.
Quelles sont donc les conséquences des dettes accumulées dans le contexte du Covid-19 ? «Les entreprises n’auront pas suffisamment de revenus pour éponger leurs dettes. Les banques doivent donc rééchelonner leurs remboursements ou les entreprises doivent faire de nouvelles dettes pour tenir les six prochains mois ou du moins tenir jusqu’à ce que la situation avec la pandémie se calme. Au niveau des banques, tous les secteurs d’activité, donc presque toutes les entreprises, sont affectés par la situation. Les institutions financières doivent donc soutenir leurs clients existants en accordant de nouveaux prêts à ceux qui sont dans un secteur qui affiche une reprise, comme le textile, ou alors rallonger le remboursement pour les autres», explique l’économiste Kevin Teeroovengadum.
En effet, avec cette crise qui affecte tous azimuts l’économie du pays, il n’est probablement pas dans l’intérêt des banques d’envisager des mises sous administration judiciaire ou des liquidations, sachant que les potentiels acheteurs ou repreneurs d’entreprises ne courent pas pour l’instant les rues. «Il ne faut pas oublier qu’il y a eu une réduction du taux directeur par la Banque centrale à deux reprises; le repo rate est actuellement fixé à 1,85 %, ce qui fait que les banques peuvent donc aider les entreprises à contracter de nouveaux emprunts et à assurer le remboursement des emprunts existants. Il est clair que nous allons vers une augmentation de la dette des entreprises. Mais, dans une récession, il faut en passer par là. C’est tout le pays qui accumule des dettes de même que les entreprises et les ménages; c’est le cas dans le monde entier.»
En effet, il ne faut pas oublier que la dette mondiale a atteint la somme rondelette de 258 trillions de dollars. Certains secteurs, à l’instar du textile, se remettent lentement du séisme Covid-19 malgré une contraction de 65 % des activités de l’industrie ; d’autres, à l’instar du tourisme, naviguent toujours à l’aveugle avec peu d’espoir d’un retour à la normale sur le court et même le moyen terme. Dans ce contexte, les opérateurs auront du mal à obtenir le soutien de leurs banques indéfiniment. Sachant que l’aide de la MIC se limite aux entreprises des secteurs en difficulté prioritaires et qu’elles doivent avoir un chiffre d’affaires de Rs 500 millions au minimum, quelles sont les options envisageables pour les autres ?
«Certaines entreprises ont des dettes élevées, ce n’est pas dans les habitudes mauriciennes. Cependant, il faudra bien que les entreprises s’ouvrent aux investisseurs, quitte à perdre des actions, mais à sauver leur compagnie. Certaines préfèrent accumuler des dettes plutôt que d’ouvrir leur actionnariat mais, sur la durée, elles devront revoir leurs stratégies. La restructuration des entreprises en limitant les coûts d’opération est, pour ainsi dire, difficile à éviter et il faut s’ouvrir aux nouvelles technologies pour rendre les opérations plus efficaces à moindre coût et envisager la consolidation, c’est-à-dire la fusion d’entreprises d’un même secteur, en particulier dans l’hôtellerie»,précise Kevin Teeroovengadum, qui ajoute : «Il faut comprendre qu’il n’y a pas une solution miracle; il faut toute une panoplie de solutions, incluant l’aide gouvernementale avec la baisse des taux d’intérêt, mais aussi d’autres actions en parallèle pour maintenir les entre- prises hors du champ du spectre de la liquidation.»
Pour sa part, Asfar Ebrahim fait ressortir que, d’un point de vue microécono- mique, la restructuration des entreprises est importante de même que rééchelonner les prêts bancaires reste la clé de la porte de sortie dans certains cas. «Si le prêt à court terme peut être converti en prêt à long terme, cela atténuera la pression sur les flux de trésorerie. La proposition de la MIC de quasi equity est clairement un pas dans la bonne direction et les différents programmes de prêts Covid, entre autres, sont bien accueillis. L’extension des délais de remboursement est autant que possible essentielle pour empêcher les entreprises d’aggraver les risques commerciaux avec des risques financiers tout en protégeant la solvabilité des banques.» Ensuite, un bilan restructuré réussira si l’économie se rétablit. Cependant, pour la viabilité à long terme de toute entreprise après la pandémie, il faudrait consolider le bilan de l’entreprise avec des fonds propres «qui sont le moteur de la reprise et de la croissance, la dette restant une obligation contractuelle».
Comment s’annonce donc l’avenir pour les entreprises, face à une pandémie qui ne semble pas s’estomper avec une deuxième vague un peu partout dans le monde ? Quel serait le scénario catastrophe si le pays devait connaître un deuxième confinement total ? Pour Kevin Teeroovengadum, nous nous dirigerions alors vers un effondrement économique, qui nécessitera des années de travail pour retrouver une relance et une stabilité. «C’est pour cela que l’aide de la MIC est importante aussi longtemps que possible mais les entreprises doivent également entreprendre des actions à leur niveau.»
Alors que nous sommes confrontés à une crise de la demande, la reprise dépend donc de la rapidité d’un retour à la normale de cette demande. «Sur les court et moyen termes, le niveau de la demande pré-Covid semble maintenant une réalité lointaine et les entreprises continueront de pagayer dans des eaux agitées car la pandémie est là pour durer et il faudra s’adapter. Gérer la dette dans ces circonstances ne sera possible que si les entreprises deviennent plus efficaces, réduisent leurs coûts d’opération et s’assurent d’une structure de capital optimale. Les fusions deviendront monnaie courante à mesure que les entreprises combineront leurs activités pour atteindre une plus grande efficacité. Les entreprises rechercheront également des partenaires stratégiques et des partenaires financiers, car le Covid-19 représente un nouvel ensemble d’opportunités dont seules les entreprises riches en liquidités peuvent profiter», affirme Asfar Ebrahim.
Anthony Leung Shing, Country Partner chez PwC, abonde dans le même sens. Il explique toutefois que tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Il est évident, dit-il, que l’effet économique de la pandémie a fragilisé certaines activités plus que d’autres. «Il n’est pas un secret que, bien avant la crise, des secteurs comme le tourisme et le textile étaient déjà en mauvaise posture financière. L’arrêt des activités pendant au moins trois mois est venu sonner le glas pour certaines entreprises opérant dans ces secteurs. La conséquence est qu’elles se retrouvent fortement endettées. Il faut compter en dizaines de milliards.»
S’il y a actuellement un allégement financier de la part des banques commerciales avec le moratoire de la BoM qui a été étendu jusqu’à fin décembre, le Country Partner du cabinet d’audit estime qu’en fin de compte, il y a des coûts opérationnels fixes que les opérateurs doivent encourir. Il note que, si certaines entreprises ont eu recours à une réduction des coûts, il y a une limite à ne dépasser au risque de déstabiliser la société. Il prévoit une situation compliquée à la fin de l’année avec des risques réels de licenciements quand les banques mettront un frein aux facilités de financement.
Résultat des courses : les habitudes sont appelées à changer, les structures à être modifiées et les priorités à être revues. Sans visibilité sur l’avenir, la rapidité d’action, les bonnes stratégies, mais surtout, l’adoption de nouveaux modes de fonctionnement pourraient bien devenir la porte de sortie vers des lendemains meilleur
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