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Décès de Me Hervé Lassémillante: un chêne tombé trop tôt
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Décès de Me Hervé Lassémillante: un chêne tombé trop tôt
C’est une hémorragie cérébrale qui a emporté l’avocat Hervé Lassémillante, aux petites heures de ce mardi 7 juillet, six jours après son hospitalisation à la clinique Wellkin.
Saignement, qui a été à l’origine de son malaise et de deux chutes subséquentes lundi dernier sur un de ses deux lieux de travail, à savoir la Financial Services Commission (FSC) où il siégeait comme membre du conseil d’administration. Il présidait aussi l’Independent Review Panel (IRP).
Et pourtant, Hervé Lassémillante, 69 ans, a toujours donné l’impression d’être à la fois fort comme un chêne et résilient comme le roseau qui se couche sous le vent sans se rompre. En effet, en 2013, cet avocat, humaniste jusqu’à la moelle, avait fait un accident vasculaire cérébral et en avait réchappé sans séquelles apparentes. Son médecin traitant lui avait alors vivement conseillé de ne plus pratiquer au barreau afin de ne plus être stressé et d’arrêter la natation qu’il aimait tant.
Deux décisions dures à prendre pour lui car son travail était sa vie, précisent son épouse Magali et leur fils Alexandre, qui, malgré leur immense chagrin et leur sentiment de perte irremplaçable, ont accepté de parler à lexpress.mu.
«Pour lui, c’était avant tout le travail. Et je me disais qu’un jour, comme le soldat, il tomberait sur le champ de bataille. Et c’est exactement ce qui est arrivé lundi dernier dans les locaux de la FSC», raconte Magali Lassémillante.
Hervé Lassémillante adorait aussi la mer et la nature, d’où son choix de faire construire sa maison à Pointe d’Esny où il vivait en shorts, torse nu et pieds nus, ce qui décontenançait parfois les clients qui venaient le consulter. «C’était un homme très simple. Il disait : moi je vis torse nu, tête nue et pieds nus», se rappelle émue Magali Lassémillante.
Elle et Hervé Lassémillante totalisent 33 ans de mariage. Ils se sont rencontrés quatre ans après qu’Hervé Lassémillante ait prêté serment comme avocat à Maurice en 1980. A l’époque, elle était secrétaire à l’étude Danielle Lagesse et leurs routes se sont croisées dans le cadre d’une affaire. Hervé Lassémillante était rentré de Londres après cinq ans d’études de droit à Middle Temple. Il avait passé deux années supplémentaires dans la capitale anglaise, faisant des petits boulots çà et là, histoire de s’imprégner de la vie culturelle.
Dès qu’ils se sont rencontrés, cela a collé entre eux. Ils sont sortis ensemble en 1985, se sont fiancés la même année, ont fait construire leur maison à Pointe d’Esny en 1986, avant d’unir leurs destins en 1987. Outre Alexandre, Magali et Hervé Lassémillante ont eu une fille nommée Mélisande, qui a 29 ans et qui est Graphic designer.
Alexandre, 31 ans, est dans le cinéma audiovisuel. L’avocat n’a jamais essayé d’influer sur les choix professionnels de ses enfants. «ll avait un côté artistique très développé. Il adorait la peinture et achetait de nombreux livres sur le sujet, il aimait la musique classique et l’art. Il nous toujours a laissé libre de nos choix», raconte Alexandre Lassémillante.
Hervé Lassémillante n’a pas mis longtemps à se tailler une solide réputation d’avocat défenseur des droits de l’Homme. Après un passage à l’étude de feu Me Guy Ollivry, il s’est mis à son compte à la rue Georges Guibert à Port-Louis. Dans les années 90, il a été invité à rejoindre l’étude de Me Raymond Hein à la place de la cathédrale où il avait son bureau. Il y est resté jusqu’à 2013 mais a conservé son bureau jusqu’à mai dernier.
Les procès les plus notables sur lesquels il a travaillés sont notamment l’affaire Bacha où il a paru pour la famille Collimalay, le cas Paul Orian, l’affaire MCB/NPF où il défendait Robert Lesage, tout comme il a inlassablement milité pour la cause chagossienne.
C’est à l’issue de son AVC que le gouvernement l’a approché pour lui proposer le poste de président de la National Preventive Mechanism Division de la Commission des droits de l’Homme. «C’était son bébé», confie Magali Lassémillante. Cet avocat, également réputé pour sa politesse, a été très perturbé d’avoir été remplacé à ce poste. «Ce fut un coup terrible pour lui», confirme son épouse. Mais il n’a pas refusé lorsque le gouvernement l’a nommé à la tête de l’IRP et à la FSC. «Mais il conservait l’espoir secret de retourner un jour à la Commission des droits de l’Homme», raconte Magali Lassémillante.
Depuis trois ans, Hervé et Magali Lassémillante ont vendu leur maison à la Pointe d’Esny pour aller s’installer dans un bloc d’appartements à Tamarin où leurs deux enfants ont aussi un appartement. «C’était un mari dévoué qui voulait le meilleur pour sa famille. Il s’adaptait à la vie d’appartement car il pensait à ses vieux jours. Mais il se mettait quotidiennement sur la terrasse de notre appartement et contemplait la mer et l’horizon. Le soir, il y admirait les étoiles.»
Le confinement lui a permis de passer plus de temps avec les siens. Des moments que son épouse Magali qualifie «d’inoubliables». C’est dans les locaux de la FSC qu’il a chuté une première fois lundi dernier, se blessant au visage mais comme il se plaisait à dire qu’on lui a toujours appris à se relever après une chute, il l’a fait. Mais il est tombé une deuxième fois. Emmené le jour même à la clinique Wellkin, le scan qu’il a subi n’a rien révélé. Le médecin l’a mis en congé pour quelques jours.
Il a regagné Tamarin mais s’est senti mal mercredi dernier et jeudi, il a dû être réadmis à la clinique de Moka où des tests approfondis ont révélé la présence d’une hémorragie cérébrale gagnant du terrain. Ses forces se sont alors mises à décliner mais il est resté lucide jusqu’à la veille de sa mort. Les dernières paroles qu’il a pu dire à son fils est «‘J’aurais fait tout mon possible.’ Je crois qu’il faisait référence à son travail à la National Preventive Mechanism Division de la Commission des droits de l’Homme.»
Alexandre Lassémillante retiendra les valeurs apprises de son père que sont l’honnêteté, la recherche de la vérité en toute chose, la considération de la personne humaine avant son statut social ou ses fautes et de savoir quitter «notre condition humaine pour nous connecter à l’univers et à l’infini.»
Il était question que Magali Lassémillante respecte le vœu de son époux d’organiser une cérémonie discrète suivie d’une incinération. Mais sachant que des tas de Mauriciens qu’il a aidés ou côtoyés souhaiteraient lui rendre un dernier hommage, elle a fait en sorte que la dépouille de son mari soit exposée chez Elie and Sons à Beau-Bassin avant l'incinération qui se fera dans la plus grande intimité. Et comme Hervé Lassémillante le souhaitait, son épouse et ses enfants iront disperser ses cendres à Pointe d’Esny, non loin de leur ancienne maison.
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