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Pa tous mo labra«Gate»
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Pa tous mo labra«Gate»
Pour ceux et celles qui ne comprennent pas notre si belle langue créole, le titre de cette chronique, traduit littéralement, veut dire : «Ne touche pas à ma braguette» (pa tous mo labraget). C’est-à-dire «ne viens pas fourrer ton nez dans mes affaires, surtout dans tout ce qui touche à ma vie privée». Le jeu de mot avec le suffixe anglais «gate» est de saison, car Lepep Moris nage, ces jours-ci, dans les eaux fangeuses et nauséabondes de scandales mais aussi d’intrusion dans la vie privée de nos personnalités publiques et autres cuisines internes du monde politique. Des affaires auxquelles on a accolé le suffixe «gate», pour faire plus racoleur. Ces «révélations» sont jetées en pâture aux électeurs, par le biais de vidéos diffusées sur la Toile. Elles provoquent le mépris ou la jubilation, dépendant du camp auquel appartiennent ceux et celles qui, voyeurs malgré eux, veulent néanmoins savoir de quoi il retourne.
En passant, une pensée spéciale pour l’immeuble du Watergate, à Washington, qui fut l’instrument, en 1974, de la démission du président américain Richard Nixon. Le Watergate fut le scandale d’État par excellence, et depuis, on met le «gate» à toutes les sauces quand survient une grosse affaire publique. Cette parenthèse historique refermée, intéressonsnous à nos «gates» à nous. On en a vu de toutes les couleurs, avec les «Lalanguegate», «Poissongate», «Miam-miamgate», «Marsgate», «Serenitygate», «Maradivagate», «Navingate», «Sherrygate», entre autres. On annonce d’autres «chefs-d’oeuvre» pour bientôt. Lepep Moris a déjà pris son stock de «pistas» car, comme l’ont dit certains, notre industrie du cinéma est en plein boom.
Cependant, il y a «gate» et «gate». Si les auteurs de certaines de ces vidéos veulent dénoncer des passe-droits et autres magouilles auxquels se seraient livrés de hauts personnages publics, en prenant bien sûr la responsabilité de ce qu’ils avancent, d’autres, par contre, n’hésitent pas à pénétrer dans l’intimité d’adversaires politiques, dans leur vie privée, pour les montrer sous des angles censés choquer le citoyen lambda. On pense là aux images de Navin Ramgoolam, où l’ancien Premier ministre se trouve, avec d’autres personnes, dans un cadre privé. Le problème est que ces choses-là se sont passées avant décembre 2014. Et que les Mauriciens connaissent déjà tout ça.
Ramgoolam a eu 12 accusations formelles portées contre lui, dont certaines touchent des sujets que ces vidéos veulent faire revivre. Notre judiciaire, qui, heureusement pour nous, est indépendant, a mis de côté 11 de ces 12 cas. Le dernier, l’affaire des Rs 220 millions retrouvées dans les coffres de Ramgoolam, connaîtra un jugement le 15 novembre. Les 12 cas avaient pour but de prouver les maldonnes que ses adversaires politiques reprochaient – et reprochent toujours – à l’ancien Premier ministre. Au final, à ce jour, Navin Ramgoolam n’a été trouvé coupable sous aucune des accusations portées contre lui par le gouvernement actuel. C’est un fait.
Car, si l’on s’aligne sur ce que les auteurs des vidéos baptisées «Navingate» veulent nous faire gober, Ramgoolam serait le SEUL politicien qui aurait accordé des faveurs à une maîtresse ou une amie personnelle ? Donc, les dirigeants du gouvernement actuels n’auraient RIEN à se reprocher sur ce plan ? «Éoula !, comme dirait l’autre, zot tou bann sin dan sa lekip-la ?» Comme l’Anglais le dit si bien, «people who live in glass houses shouldn’t throw stones».
Détourner l’attention
«Navingate» et ses suites n’ont qu’un seul but : détourner l’attention de Lepep (Kouyon ?) des vrais scandales et la centaine d’affaires qui ont jalonné le parcours de ce gouvernement depuis fin 2014. Quoi, les Mauriciens ont la mémoire courte ? L’affaire MedPoint, la mise à mort du groupe BAI, Britam Kenya, les victimes du SCBG et de BAM, la promesse non-tenue de l’eau 24/7, Heritage City, l’affaire Euro Loan, Lalanguegate, la passation de pouvoir entre Jugnauth père et fils, le Metro Express «out» mais «in» une fois le MSM au gouvernement, l’affaire Sobrinho, la démission de l’ex-présidente, les «findings» de la commission d’enquête sur la drogue, la politisation de certaines de nos institutions dites indépendantes, l’opacité entourant certains accords (Agalega, Metro Express, etc.), le népotisme dans les hautes sphères du pouvoir, les paroles et les faits attribués à un exvice- Premier ministre, l’affaire «Bal kouler», l’affaire «Bet 365», l’affaire Betamax, les grosses saisies de drogue qui ne sont toujours pas élucidées, les démissions de ministres, le complexe de Côte-d’Or, le stade George V, la non-reconduction de plus d’une vingtaine de membres de l’équipe sortante… La liste est loin d’être exhaustive et Lepep peut la compléter à sa guise.
Donc, on veut nous faire oublier tout ça et nous dire de concentrer notre attention sur Ramgoolam et ses 12 cas, dont 11 sont déjà tombés ? Ramgoolam et ses Rs 220 millions (qui, jusqu’à preuve du contraire, ne serait pas de l’argent public), alors que des milliards de nos roupies durement gagnées, des fonds publics, seraient portées disparues ou auraient été utilisées à mauvais escient ? Certes, Navin Ramgoolam n’est pas un saint. Nous sommes tous faillibles. Mais ses adversaires ne peuvent se comporter comme des saints alors qu’ils ne seraient pas exempts de tous reproches.
Alors, oui, y en a marre de ces «gates» qui attaquent sous la ceinture. Les Mauriciens ont, ces dernières cinq années, appris tout ce qu’ils veulent sur Ramgoolam. On ne nous apprend rien de nouveau, là. Il serait temps que la campagne électorale se recentre sur les véritables enjeux qui affectent notre pays : l’économie, l’emploi, l’éducation, les fléaux sociaux, le chômage, la santé, le vieillissement de la population, la mondialisation, l’écologie, le développement durable, l’agro-industrie, entre autres.
Les partis traditionnels et les nouvelles formations ont présenté leurs manifestes électoraux. Les électeurs ont un choix à faire et il ne leur reste qu’une dizaine de jours pour se décider. Les «die-hards» voteraient pour leur équipe. Mais les indécis, ceux qui attendaient les manifestes, ceux qui se laissent guider par la réflexion plutôt que par l’émotion, ceux-là feront basculer la victoire vers un camp en particulier. Il reste très peu de jours pour convaincre. De grâce, laissez notre braguette tranquille.
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