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Tragédie en sexe mineur
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Tragédie en sexe mineur
Qu’on se le dise une fois pour toute : le «talk of the town» du moment, le cas de la jeune fille de 13 ans, mariée religieusement, enceinte et malheureusement décédée, ne repose en rien sur des dogmes religieux. Ceux qui veulent nous entraîner sur le terrain de la religion sont dans l’erreur. C’est une affaire juridique. La loi du pays est claire : aucun mineur de moins de 18 ans ne peut se marier. À défaut, un mineur de plus de 16 ans peut le faire, avec le consentement des parents. Point.
Ajoutons à cela que tout mineur de moins de 16 ans n’a pas le droit d’avoir des relations sexuelles, ou d’être forcé de le faire. C’est un délit pénal. Faut-il encore ajouter que l’éducation académique est obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans ? Nul n’est au-dessus de la loi. Les bases sont jetées pour une réflexion posée et dépassionnée sur ce sujet. Avec une implication de toutes les composantes de la société.
Il fut un temps, pas trop lointain, où des jeunes filles à peine pubère se mariaient, ou se mettaient en couple, avec des hommes à peine plus âgés qu’elles. Beaucoup de nos grand-mères, et même nos mères, pour certains, se sont ainsi «mariées» alors qu’elles n’avaient pas 16 ans. Mais voilà, c’était à une autre époque, où régnaient d’autres moeurs. D’autres lois. Les temps ont changé, depuis.
Maurice a adopté des lois qui protègent l’enfant et qui assurent une meilleure protection aux filles. Ceux qui invoquent «sa letan margoz-la» pour justifier le mariage d’enfants mineurs oublient-ils qu’ils vivent en 2018, dans un pays régi par une Constitution démocratique, avec des lois qui protègent le citoyen de tout abus et méfaits ? Nous devons vivre avec notre temps. Pas dans le passé. Cependant, ne soyons pas naïfs. Nous connaissons tous au moins un cas de mineure tombée enceinte ou mariée hors des paramètres légaux. Nous connaissons des cas de collégiennes enceintes à qui, bien souvent, leurs parents interdisent de continuer leur scolarité. Par crainte du qu’en-dira-t-on.
Le dernier cas en date ne doit pas être traité comme un cas isolé. La précocité sexuelle de nos filles et garçons est un fait réel, ne nous voilons pas la face. Dans tous les sphères de la société. La sexualité des mineurs existe bel et bien. Tout comme l’est la pratique de se marier, selon certains préceptes religieux, même si l’enfant n’a pas 16 ans. Ainsi que le phénomène de filles-mères ou de mineurs qui se mettent en couple, avec souvent un bébé à charge.
Alors, à qui la faute ? Nous avons tous des responsabilités dans ces phénomènes. À commencer par le cercle immédiat de l’enfant : sa famille. Les parents, qui courent tous plus ou moins vers la réussite matérielle ou sociale, vers leur définition du «bonheur», ont tendance à remettre l’éducation informelle de leurs enfants entre les mains d’autres personnes : amis, proches, éducateurs, entre autres. Cependant, c’est bien aux parents que revient la responsabilité d’inculquer certaines valeurs aux enfants.
Cette démission des parents engrange des conséquences dramatiques chez l’enfant. Ce n’est pas le rôle de l’État de venir leur faire la leçon quant à la manière d’élever leurs enfants. Mais il faut que les parents s’impliquent de plus en plus dans l’éducation de leur progéniture. Si l’État est forcé d’intervenir, là nous aurons échoué dans notre mission en tant que parents. Il ne suffit pas de faire des enfants. Il faut encore les éduquer et les élever dans le respect d’eux-mêmes et d’autrui.
Outre les parents, les institutions aussi ont leur part de responsabilité dans l’affaire. L’école doit avoir le réflexe d’alerter les autres parties prenantes quand un enfant ne vient plus en classe. La loi oblige tout enfant de moins de 16 ans à être scolarisé. On doit pouvoir retracer un enfant qui «disparaît» du circuit scolaire. Les services de santé qui reçoivent la visite d’une mineure, enceinte ou sexuellement active, doivent pouvoir alerter d’autres autorités une fois l’irrégularité de la situation constatée. La police, du moment qu’il y a relation sexuelle impliquant un mineur de moins de 16 ans, doit agir. Même s’il y a consentement. Idem pour d’autres institutions, d’autres ministères.
Maurice est signataire de nombreuses conventions appelant à la protection des droits des enfants. Nous devons tenir ces engagements. Il est plus que temps d’avoir un «Children’s Bill» remanié et consolidé, par exemple. Et surtout, les enfants doivent comprendre qu’il y a un âge légal, mais aussi moral, pour la maturité sexuelle. Que leur place est à l’école. L’éducation leur assurera un futur stable sous tous les aspects. Ce n’est qu’après cela qu’ils pourront songer à se marier ou à vivre leur sexualité, de manière saine et réfléchie.
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