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Noces de perle: Raymond et Anne Ognibene: le pire avant le meilleur
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Noces de perle: Raymond et Anne Ognibene: le pire avant le meilleur
Selon la formule consacrée, on se marie pour le meilleur et pour le pire. Or, c’est l’inverse qu’ont vécu Raymond et Anne Ognibene. Mariés il y a 30 ans, ces Français ont connu le pire pendant leurs 20 premières années de vie commune. Ils ne goûtent au meilleur que depuis les dix dernières. Récit.
Avant de quitter la Riviera française pour embarquer sur un luxueux paquebot de croisière qui les a fait découvrir certains pays de la Méditerranée, du Croissant fertile, de la péninsule Arabique et quelques îles de l’océan Indien, dont Maurice, Anne, 54 ans, née en Algérie d’un père militaire, avait recommandé à Raymond, de 13 ans son aîné, d’emporter son costume.
Dans le passé, ils avaient certes évoqué la possibilité de célébrer leurs noces de perle – 30 ans de mariage – sur une plage de la Nouvelle Calédonie où ils projetaient de se rendre. Mais ce déplacement est tombé à l’eau et Raymond n’y a plus pensé. Lorsqu’Anne lui a rappelé qu’il fallait qu’il prenne son costume avant leur départ, il s’est dit que «quelque chose se tramait. Mais je ne me doutais pas que nous allions renouveler nos voeux devant un prêtre à Maurice », raconte Raymond. Anne a pourtant tout prévu avant qu’ils n’embarquent.
Autant le 3 octobre 1987 lors de leur mariage civil et religieux, elle portait une petite robe ivoire parce qu’elle était enceinte et qu’ils avaient fait «au mieux avec les moyens de bord du moment», autant mardi dernier, c’est une Anne particulièrement émue et resplendissante, dans une robe de mariée blanche, qui a pénétré dans la cathédrale St Louis sous le regard attendri de Raymond, de leur fille et de deux de leurs amis qu’Anne avait mis dans le coup, à savoir Jean-Luc et Chantal Colette. C’est d’ailleurs cette dernière qui a transporté dans ses valises la fameuse robe de mariée qu’Anne a commandée sans jamais l’essayer et qui au jour dit lui allait comme un gant.
Un combat
Le célébrant de ce renouvellement de voeux exceptionnel parce qu’il s’agit de ressortissants étrangers de passage à Maurice était le vicaire général Jean-Maurice Labour. Sans connaître le vécu des Ognibene, le père Labour a comparé le mariage à un combat. Il ne savait pas si bien dire car les 30 ans de vie commune des Ognibene ont été une lutte non pas entre Anne et Raymond mais entre le couple et la première épouse de ce dernier.
Raymond n’a pas eu une vie facile. Ce Cannois issu d’une famille brisée a été élevé par sa grand-mère septuagénaire et par surcroît aveugle. N’ayant personne pour l’encadrer dans ses études, il n’a pu s’affirmer et a opté pour une formation technique. À 15 ans, il a été embauché comme apprenti charcutier avant d’entrer à La Poste comme télégraphiste puis facteur.
Des vacances en Suisse alors qu’il avait 18 ans lui ont fait rencontrer une Helvète de deux ans son aînée. Le coup de foudre était au rendez-vous. À tel point que quelques mois plus tard, ils ont décidé de se marier. Bien que Raymond soit un Catholique pratiquant, il a accepté par amour que l’union soit célébrée dans le temple car son épouse était de confession protestante. Avec recul et même si les choses ont tourné au vinaigre entre eux, il est heureux de sa décision car autrement, il n’aurait pu épouser Anne religieusement ni renouveler leurs voeux à l’église.
Le couple a regagné La France et bien vite, sa femme était enceinte d’un enfant, suivi d’un deuxième. La relation a dégénéré et Raymond préfère expliquer l’incompatibilité entre eux par des différences culturelles. «Le Suisse est quelqu’un de particulier. Un Méditerranéen et lui ne sont compatibles.» Sa femme l’a quitté en laissant les enfants derrière. Elle est ensuite revenue et le couple a essayé de recoller les morceaux. Le résultat a été un troisième enfant. Raymond travaillait comme boucher charcutier et a fini par avoir sa propre boucherie qui marchait très fort.
Incompatibilité
L’incompatibilité entre lui et son épouse a fini par remonter à la surface et cette dernière l’a à nouveau quitté en faisant une demande de divorce. «J’ai eu l’énorme chance qu’elle le demande. Même si ça n’allait plus entre nous, j’aurais tenu bon car j’ai pris l’engagement devant Dieu d’aller jusqu’au bout. J’aurais supporté n’importe quoi rien que pour mes enfants.»
Le tribunal leur a accordé une séparation et comme son épouse a voulu garder les enfants, la pension alimentaire fixée était l’équivalent du double de son salaire. Il a dû vendre aux enchères et à moitié prix presque tous les biens qu’ils avaient achetés pour que son ex-épouse ait sa part. Même si pour lui cela voulait dire repartir à zéro et travailler comme un galérien, il se sentait suffisamment fort pour le faire.
Quelques mois plus tard, alors qu’il prend son café habituel dans un bistrot non loin de la boucherie où il opère, il remarque une jeune fille qui gare régulièrement sa voiture à côté. Il s’agit d’Anne qui travaille dans un laboratoire de recherche sur le VIH/SIDA. «Lorsqu’elle descendait de voiture, je trouvais qu’elle avait des jambes magnifiques.» Il essaie un jour de lui offrir le café par personne interposée et se fait rabrouer. Dans la tête d’Anne qui n’a que 20 ans à l’époque, elle a affaire à un baratineur de plus. Raymond ne se démonte pas pour autant et l’invite à le retrouver dans une cafétéria. Elle s’y rend. Et là, même s’il craint qu’elle ne donne pas suite à ce premier rendez-vous, il lui déballe sa vie, sans rien omettre. Anne écoute patiemment. «Cela ne m’a pas fait peur. J’ai immédiatement aimé sa franchise, son côté battant. Ce n’était clairement pas le bonhomme qui se tape la tête à terre et se lamente à chaque problème.» Ils décident alors de se revoir. Et finissent par vivre ensemble.
Années sombres
Démarrent alors les années de vaches maigres. En sus de travailler dans la boucherie d’un particulier, Raymond cuisine des plats qu’il va vendre. Anne partage sa vie mais aussi son salaire et pour qu’il puisse compléter la somme, lorsqu’elle rentre du travail, elle va faire des ménages.
Le mariage ne figurait pas dans leurs projets initiaux. Mais un enfant si, du moins dans les plans d’Anne. Lorsqu’elle annonce à Raymond qu’elle veut d’un enfant avant qu’elle n’ait 25 ans, il refuse. «Je ne voyais pas pourquoi j’étais en train de me sacrifier pour qu’il puisse assumer ses responsabilités financières vis-à-vis de ses enfants et qu’il m’en refuse un. Je lui ai expliqué que je ne pouvais concevoir ma vie sans enfant.» Comme elle ne prend pas de contraceptifs, elle tombe bientôt enceinte. Pour Raymond, il est alors hors de question qu’un enfant puisse naître en dehors des liens du mariage, d’où leur mariage civil et religieux le 3 octobre 1987. Si les enfants de Raymond ont assisté au mariage, sa première femme est venue faire un mini-scandale devant l’église et perturber le cortège nuptial. Anne a encaissé car elle sait que Raymond est «l’amour de sa vie».
Lorsque leur petite fille naît, ils la nomment Catherine. Raymond continue à travailler dur dans la boucherie charcuterie et le commerce attenant jusqu’à ce que sa situation financière s’améliore et qu’ils soient en mesure d’acheter une ferme datant de 1850 à Grasse que Raymond retape de ses mains et divise en appartements qu’ils louent. Et à partir de 2006, ils peuvent enfin respirer et à rattraper le temps perdu. Depuis, ils font un voyage outre-mer une fois l’an.
Les deux reconnaissent qu’ils ont bu la coupe amère pendant 20 ans. En sus de leur amour, ce qui leur a permis de ne pas chavirer malgré les difficultés c’est «la rage de s’en sortir, la fierté et le fait de se battre ensemble contre vents et marées.» En 2007, c’est dans la chapelle d’Elvis Presley, à Las Vegas, qu’ils ont renouvelé leurs voeux de 20 ans de mariage. Anne avait conservé sa petite robe de mariée ivoire mais celle-ci a commencé à se miter il y a cinq ans.
Le fait qu’ils aient célébré leurs noces de perle à Maurice et qu’Anne ait pu enfin porter une vraie robe de mariée a rendu Raymond émotif. «Là, j’ai finalement vu Anne accomplir le rêve de sa vie. De la voir si belle, si rayonnante et heureuse, je me dis que je peux enfin l’emmener avec moi au paradis.»
Et s’ils avaient un conseil à donner aux futurs époux ? «Le mariage est compliqué. Il faut faire des concessions», dit Anne. Pour Raymond, «c’est une lutte que l’on mène tous les jours mais d’égal à égal, en toute humilité. Même si on a parfois envie de lâcher prise, il faut continuer à avancer à deux...»
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