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Violence envers les femmes: les hommes de P&P Link piquent leurs semblables

21 octobre 2017, 19:32

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Violence envers les femmes: les hommes de P&P Link piquent leurs semblables

Contrairement à ce qui se passe quasi quotidiennement dans l’actualité locale, les Mauriciens ne peuvent pas tous être des brutes épaisses qui confondent leur partenaire/femme avec un punching-ball ou un morceau de viande à attendrir. Avec ce postulat en tête, les hommes de l’agence P&P Link ont lancé, depuis 15 jours, la campagne intitulée «Lévé si to enn bon mari».

Homme ou femme, si vous êtes un assidu des réseaux sociaux, le slogan grinçant sur la page Facebook de Gender Links Mauritius, «Lévé si to enn bon mari, Azir pou fer tann to lavwa», ne vous aura pas échappé. Tout comme les observateurs qui suivent la presse écrite ou audiovisuelle n’auront pas manqué le message quasiment identique qui appelle tout «bon mari» à visiter le site de l’organisation non gouvernementale pour inscrire leur nom parmi ceux «ki rezet 100 % tou form violans kont fam». Sans compter le panneau d’affichage au Caudan portant le même message.

Les 16 jours de campagne contre la violence envers les femmes des Nations unies, fixés entre le 25 novembre et le 10 décembre, auraient-ils pris de l’avance sur le calendrier ? Pas du tout. L’agence a l’habitude de mettre volontairement sa créativité au service de Gender Links.

Cette fois, tous les hommes de l’agence, avec à la tête Percy Beesoo, Creative Director, Jason Goder, Senior Art Director, Gillian Ragoo, Junior Creative Director, et Dominique Gentil, Head of Design, ont décidé d’agir. Ils n’ont pourtant pas de creux dans leur emploi du temps.

Qu’est-ce qui les a éperonnés ? Si Gillian Ragoo a été choqué par le côté répétitif de cette violence, Jason Goder a été interpellé par le fait que, pendant plusieurs semaines consécutives, «une femme a été tuée par son mari». Percy Beesoo a eu l’impression de lire le même journal, tant les faits divers violents revenaient. «J’ai été aussi écoeuré et tracassé par la réaction des gens autour de moi et de leur ki nou pou kapav fer ? Nous nous sommes déjà habitués à vivre comme ça…»

Le Creative Director de l’agence trouve inconcevable qu’un homme qui dispose d’une force physique supérieure à une femme puisse en user contre elle. Tout comme il ne comprend pas ces réactions visant à faire reposer toute la responsabilité de cette violence sur les épaules de la femme. «Dire que la femme l’a bien cherché ou que l’affaire cache quelque chose équivaut à passer un coup de pinceau sur le vrai problème de ces hommes. Rien ne justifie le fait de tuer ou de torturer quelqu’un !»

1 000 signatures

La campagne s’articule principalement sur la plateforme digitale. À partir de la page Facebook de Gender Links Mauritius, les internautes accèdent à l’interface leur permettant de s’inscrire.

Combien d’internautes ont réagi jusqu’à maintenant ? Moins d’un millier. Surprenant ? Pas vraiment pour les auteurs de la campagne. «Nous savons où sont les leviers qui génèrent le trafic sur le web. Avec un corps dénudé, en deux temps trois mouvements, les réactions auraient afflué, le post serait devenu viral et les commentaires et palabres de plus en plus salaces.»

Qu’est-ce que quelque 1 000 signatures sur une population de plus d’un million d’âmes ? Pour Percy Beesoo, ce manque de réaction est le reflet de notre société. «Le constat de départ était juste. Les gens sont débordés par trop de choses négatives. Ils sont blasés. Ils refusent de réagir… Regardez les bagarres dans les gares, personne n’intervient ; les seuls qui réagissent sont ceux qui filment ces scènes pour les poster sur le Net !» Gillian Ragoo et Jason Goder pensent que certains hésitent à prendre position pour dire ce qu’ils pensent. Les deux créatifs s’accordent à dire que «si l’on continue sur cette trajectoire, tout le monde finira par souffrir».

La bouffée d’air frais qui les fait continuer est la réaction de leurs clients, de leurs partenaires et même des commerçants qui ont voulu jouer le jeu en affichant des posters sur leur lieu de vente. «Nous misons sur du positive canvassing sur le terrain. Plusieurs médias, imprimeurs et afficheurs nous ont aidés et tout cela nous donne des raisons de croire qu’il y a encore des bon mari.»

La campagne ne s’arrêtera pas là. «Notre rêve est de voir évoluer cet élan à travers des initiatives similaires d’autres gens et d’autres entreprises pour continuer à faire passer le message», affirme Percy Beesoo. «Ce que nous faisons équivaut à un ‘drop in a bucket’, comme le chante Cliff Richard, mais si les gouttes d’eau se multiplient, le seau finira par se remplir», précise le Creative Director. D’ajouter que «la société s’engagera alors à changer les choses pour le bien-être de tout un chacun».

Qu’en pense Pria Thacoor ? La directrice de P&P Link est, elle aussi, outrée que les actes violents envers les femmes soient en hausse et aussi banalisés. «Ce ne sont pas des accidents mais des meurtres, des assassinats. On ne peut trouver cela normal.» Elle estime rafraîchissant que, cette fois, des hommes s’expriment haut et fort sur le sujet et incitent leurs semblables à réagir.

Selon elle, les hommes doivent avant tout considérer les femmes comme des êtres humains à part entière. «Il ne faut pas que les hommes pensent qu’ils ne doivent pas être violents uniquement parce qu’ils ont une mère, une soeur, des amies. Personne n’a le droit de les maltraiter, de les violer, de les tuer», explique-telle. «Ne pas réagir, c’est encourager ces bourreaux. Prenons donc position et agissons !»

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