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La faculté de pardonner

27 août 2017, 11:06

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«La magnanimité est un noble effort de l’orgueil, par lequel il rend l’homme maître de lui-même, pour le rendre maître de toutes choses.» Cette maxime du 17e siècle, du duc de La Rochefoucauld, est de lecture facile. Elle dit que celui qui a la faculté de pardonner et de comprendre les fautes et les faiblesses de ceux qui l’ont offensé ou attaqué dans sa dignité d’être humain, et qui, de par ce pardon, se montre d’une générosité et d’une bonté sans faille envers l’offenseur, cette personne donc, l’offensée, arrive à se transcender et à se maîtriser dans sa nature d’être orgueilleux et fier. La victoire de l’esprit sur la matière.

Cependant, pour autant qu’elle soit facile à comprendre, cette maxime est, pour beaucoup d’entre nous, très difficile à appliquer et à mettre en pratique. Car l’être humain est de nature revancharde. Nous nous laissons trop souvent aller à nos basses pulsions d’animal primitif. L’instinct primaire de se défendre quand on est attaqué et de rendre coup pour coup tout le mal qu’on a pu nous faire, pousse les humains à se montrer hargneux, vils et mauvais. Œil pour œil et dent pour dent. Ainsi se comportent la plupart des humains, de l’enfant à l’adulte. Ce n’est pas de notre faute. Nous sommes ainsi faits

Il faut déjà savoir que la personne qui se sent offensée ou blessée dans son âme souffre énormément. En retour, elle peut donc décider de contre-attaquer et de rendre la monnaie de sa pièce à son agresseur. Cependant, la colère, la haine, l’aversion – en mauvaises conseillères – finissent toujours par provoquer d’autres problèmes. La personne humiliée peut aussi décider de tout simplement tourner le dos à celui qui lui a menti ou mené en bateau. Et de s’en aller. Meurtrie, trahie, désemparée, désespérée, vidée. Elle peut aussi choisir de rester, malgré l’humiliation subie. Ce n’est pas encore le pardon. C’est juste l’expression d’une certaine résignation, d’un déni d’autoprotection. La personne s’écrase et s’efface devant son bourreau. Aucune de ces situations n’est vraiment idéale.

Comment se montrer magnanime ? Il n’y a pas de réponses claires. La maturité de la victime est à prendre en considération. Son vécu, son niveau de compréhension, son aptitude à raisonner, sa lucidité d’esprit sont autant de facteurs qui entrent en jeu dans l’optique d’un éventuel pardon. Déjà, cette personne doit se poser une question : «Ai-je une solution à ce problème ?» Si la réponse est oui, il n’y a plus lieu pour elle de ressasser la question du pardon. Il faut pardonner. Parce que cela met fin à la polémique. La personne doit tout simplement mettre sa solution à exécution, pardonner à l’autre et repartir sur de nouvelles bases.

Mais si la victime ne voit pas de solution à son problème ? Dans ce cas, inutile pour elle de continuer à se creuser la tête. Il n’y a pas de solution. Donc, pas de pardon. À ce moment, soit on s’éloigne de la source du tourment, soit on cherche à lui faire du mal. Mais il n’y aura pas de pardon. Faire du mal à l’autre. C’est la solution de facilité dans laquelle beaucoup d’entre nous finissent par tomber. Car c’est plus gratifiant pour un ego blessé de chercher à nuire à son agresseur, et à le faire souffrir en retour, que de lui pardonner. Certaines personnes ne veulent pas fuir devant leur Némésis. Elles veulent leur revanche. Juste retour de manivelle.

De toutes ces possibilités de baumes à étaler sur notre ego agressé, le pardon reste la solution la plus difficile à implémenter. Pour pardonner, on doit savoir se maîtriser. Nous devons harnacher nos émotions, brider nos pulsions vengeresses, dompter notre égocentrisme. On doit aussi se revigorer l’esprit, se renforcer mentalement et savoir prendre du recul. On apprend à redevenir maître de soi-même. En donnant du temps au temps. C’est ainsi qu’on arrive à dompter nos démons. Et à les pardonner.

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