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Noormuhammad Abbasakoor : une gestion du diabète à l’américaine

27 mai 2017, 10:35

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Noormuhammad Abbasakoor : une gestion du diabète à l’américaine

Chez les Abbasakoor, l’éducation et le respect des autres sont primordiaux. Ainsi, c’est la médecine que Noormuhammad Abbasakoor, fils d’Osman l’avoué, a choisie comme métier. Si ses études de médecine et une première spécialisation ont eu lieu en Irlande, c’est aux États-Unis qu’il s’est spécialisé en diabétologie-endocrinologie.

Cela fait seulement six mois que le Dr Noormuhammad Abbasakoor a regagné l’île qu’il a quittée à 19 ans, à destination de l’Irlande, après des études secondaires au Mahatma Gandhi Institute. Si ce benjamin de trois enfants a choisi la médecine au lieu de la profession légale, «c’est parce que les affaires de cour prennent trop de temps à se régler et on ne parvient pas à aider les autres aussi rapidement qu’on le voudrait. En médecine, les interventions sont plus rapides. Et puis, la médecine est multidisciplinaire et nécessite des concertations avec différents spécialistes», dit-il.

Il choisit d’étudier en Irlande, plus précisément au Trinity College à Dublin où un de ses oncles et aussi son cousin ont étudié et le niveau d’études de médecine y est réputé. Il ne s’y sent pas trop esseulé car il y a une poignée de Mauriciens dans sa classe. Après cinq années d’études de médecine générale, il s’oriente vers la médecine interne car les interventions chirurgicales l’attirent moins. Au bout de trois ans d’études et de travail, il réussit l’examen et obtient son Membership of the Royal College of Physicians.

Il aurait déjà pu exercer en tant que généraliste. Or, lui veut se spécialiser en médecine interne et décide de le faire dans un pays à la pointe de la technologie et où les ressources ne manquent pas, à savoir aux États-Unis. Admis d’abord au Lahey Hospital and Clinic à Boston dans l’État du Massachusetts, il doit refaire trois ans de médecine interne «car si on veut pratiquer cette spécialité aux États-Unis, il faut reprendre la formation dans ce pays», raconte-t-il. Un trimestre par an, il agit comme médecin référent aux soins intensifs et à l’unité des soins coronaires alors que tous les mois, il est envoyé dans une différente unité médicale.

Noormuhammad réussit l’examen et choisit d’aller faire sa spécialisation et son Fellowship en endocrinologie et diabétologie à l’université de Stanford en Californie, réputée mondialement. Il a des sommités pour professeurs, notamment le Dr Marina Basina, spécialiste de la gestion du diabète, le Dr Chrysoula Dosiou, spécialiste en thyroïde ou encore le Dr Laurence Katznelson, spécialiste en neuroendocrinologie. En sus d’agir comme assistant aux médecins résidents, de suivre les patients avec eux, de discuter de leurs dossiers, il fait aussi des recherches sur la gestion du diabète chez les patients admis. Il note notamment «qu’étant donné qu’il y a plus de résistance à l’insuline en milieu hospitalier, car les patients sont malades et dans un état stressant, si on arrive à contrôler ce stress et leur glycémie, cela diminue la durée d’admission et le temps que les diabétiques prennent pour guérir».

Il découvre les derniers médicaments introduits, dont le SGLT2-Inhibitor, inhibiteurs qui font en sorte que les reins éliminent le glucose plus rapidement dans l’urine au lieu de le réabsorber. Il est fasciné par les dernières pompes à insuline qui fonctionnent en circuit fermé, c’est-à-dire qu’elles arrêtent automatiquement l’injection d’insuline dans l’organisme lorsque la glycémie a baissé pour atteindre le niveau requis et reprennent la distribution lorsque le taux de sucre sanguin est remonté.

En le comptant, cela fera trois endocriniens-diabétologues à Maurice. N’est-ce pas trop? «Maurice compte 22,3 % de diabétiques, soit environ 250 000 personnes dont 500 seulement sont de type I, soit dépendantes à l’insuline. Ces 22,3 % sont des diabétiques confirmés. Il faut compter encore environ 200 000 personnes qui sont en étape pré-diabétique et qui l’ignorent. Le diabète a pris une ampleur terrible dans l’île. Avant de quitter l’université de Stanford, j’ai présenté une étude sur les dix pays au monde où la prévalence du diabète est très élevée et Maurice se classe en troisième position derrière deux îles de la Micronésie. En réalité, pour autant de diabétiques, il aurait fallu dix endocriniens-diabétologues dans l’île.»

Nous savons désormais qu’en sus du facteur héréditaire, le diabète est causé par d’autres aspects environnementaux et par un style de vie reposant sur la malbouffe alliée à la sédentarité. Les campagnes de prévention le martèlent d’ailleurs, sans pour autant apporter de changement de comportements. Que faire ? Le Dr Abbasakoor cite une étude de l’université de Stanford, menée auprès de 650 000 personnes. Elle indique que si une personne pratique la marche de façon modérée pendant 20 minutes tous les jours ou si elle fait du vélo pendant 45 minutes deux fois par semaine ou nage deux fois la semaine pendant une demi-heure, son équivalent métabolique, qui correspond à l’énergie que l’on brûle lorsqu’on est actif divisé par celle que l’on grille lorsqu’on est inactif, est de 7.5 (MET). En langage de profanes, cette personne diminue son risque de mortalité par environ 30 %.

Le Dr Abbasakoor fait ressortir que la gestion du diabète doit être collaborative. «Les patrons d’entreprises devraient aménager un gymnase au bureau ou encourager leurs employés à prendre une demi-heure sur leur temps de déjeuner pour aller marcher ensemble. Cela rendra l’exercice plus agréable. Il faut absolument rendre l’exercice physique convivial. Et la personne ne doit pas se forcer à l’exercice mais plutôt choisir un qui lui plaît. Le patronat doit absolument apporter sa pierre. Aux États-Unis, il y a le concept de Happiness at work qui est mis en avant et les entreprises qui l’appliquent ont le classement le plus élevé dans le monde en termes de productivité comme Google et LinkedIn. Il faut aussi trouver la source de son stress car plus on est stressé, plus on consomme des lipides et des glucides.»

Il ajoute qu’aux États-Unis, la prise en charge médicale englobe aussi l’intervention régulière des infirmiers qui téléphonent chaque semaine aux diabétiques pour savoir s’ils ont fait leur test de glucose et leur donner des conseils. «Ce qui rend les malades plus collaboratifs. Je crains fort qu’à Maurice, le nombre de diabétiques ne continue à grimper si nous ne changeons pas notre approche. J’ai bien l’intention de m’adjoindre les services d’un infirmier que je formerai pour qu’il fasse le suivi hebdomadaire des patients.» Une approche à l’américaine donc…

 

 

 

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