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Remembering Azor...
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Remembering Azor...
La politique, c’est tuant. Au propre comme au figuré. Il y a de cela 45 ans, le 25 novembre 1971, la politique tuait. En vrai. L’île Maurice indépendante avait à peine trois ans et demi, l’âge d’un bambin qui arrive tout juste à se tenir debout et qui découvre le monde autour de lui. Un gouvernement de coalition dirigeait alors le pays. Et déjà, en 1971, notre jeune démocratie faisait face à des difficultés majeures : économie vacillante ; chômage grimpant ; répression syndicale ; mainmise étatique sur les activités du pays ; grève dans le secteur du transport en août ; tension dans le port avec la grève des dockers en septembre ; renvoi des élections municipales un mois après ; grève des artisans et des laboureurs de l’industrie sucrière en novembre ; répression politique à l’encontre des opposants, dont le tout jeune Mouvement militant mauricien (MMM) – fondé en septembre 1969 – de Paul Bérenger, dont lui-même, ainsi que certains de ses partisans sont arrêtés en décembre, malmenés, voire, des fois, subissant le pire, avec du sang versé. Et le sang fut versé, en ce jeudi 25 novembre 1971…
On sait maintenant comment Azor Adélaïde fut tué. Curepipe à l’époque était sujette à des tensions entre factions politiques. Ce jour-là, le MMM se préparait à faire coller des affiches pour un meeting qui devait se tenir deux jours plus tard à Cité Attlee. Et, sur le coup de 15h30, à la rue Chasteauneuf, on fit feu, d’une voiture, sur une autre, qui appartenait à Dev Virahsawmy et qui était occupée par des agents du MMM. Et le docker et activiste Azor Adélaïde est atteint d’une balle. Il meurt. C’est un assassinat politique. Et le bilan aurait pu être plus lourd car, quelques instants auparavant, Paul Bérenger, qui se trouvait devant la municipalité de Curepipe, avait été visé par un revolver. Et trois balles furent tirées dans sa direction. Lui et ceux qui l’accompagnaient eurent tout juste le temps de chercher refuge derrière une haie de bambous. Mais Azor Adélaïde n’eut pas cette chance. Le reste, c’est de l’histoire. Une histoire que les Mauriciens ne doivent pas oublier. Car elle rappelle combien notre tissu social peut être fragile. Et que de dangereux pyromanes peuvent le mettre en péril si l’on n’y prend garde.
Par contre, peut-on vraiment dire pourquoi Azor Adélaïde fut tué? Bien sûr, des gens, suspects, furent appréhendés. Des peines de prison infligées. Il faut certes comprendre le contexte sociopolitique de l’époque. Mais arrivera-t-on vraiment à comprendre un jour ce qui peut pousser des gens à s’entredéchirer physiquement pour des idéaux politiques, allant jusqu’à verser du sang pour s’affirmer comme le plus fort, le plus «mari», le plus populaire? Quand les humains arriveraient-ils à comprendre que les principes politiques se défendent à coups de convictions idéologiques et de débats démocratiques et non à coups de poing? Que justement nous avons inventé les élections comme un moyen pacifique pour designer ceux qui nous gouvernent. Et que, arrivée l’échéance électorale, le vote est la seule arme autorisée pour reconduire ou virer nos gouvernants?
45 ans plus tard, ce contexte n’est plus le même. On ne tue plus, du moins à Maurice, pour affirmer sa supériorité politique. Mais les armes de répression ont elles aussi changé. De nos jours, on pratique plutôt la vendetta politique. Tous les partis politiques qui ont goûté au pouvoir l’ont plus ou moins pratiqué. Certains plus que d’autres. En la camouflant sous des appellations ronflantes. Destinées à rendre crédule une partie de la population. Celle qui se fait avoir à chaque fois par les promesses chimériques de politiciens roublards, promesses qui n’engagent généralement que ceux qui les écoutent. Et ces adeptes des coups fourrés essayent d’accrocher le maximum de casseroles aux fesses de leurs adversaires politiques. Quitte à les voir tomber, ces casseroles, une à une, malmenées qu’elles sont par une justice heureusement, et furieusement, impartiale.
Oui, on ne doit pas oublier Azor et tous ceux qui ont laissé la vie par la faute de la politique. Que notre présente génération fasse de sorte que ces gens ne soient pas morts pour rien. Que les jeunes, surtout, comprennent que la politique est quelque chose de noble. Que les affaires de la cité doivent avoir l’engagement de tous les citoyens. Sinon, nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer…
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