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PRB: fonctionnaires, éternels insatisfaits ?

17 avril 2016, 17:45

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PRB: fonctionnaires, éternels insatisfaits ?

Nombreux sont ceux qui ne décolèrent pas depuis la publication du dernier rapport du PRB. Quels sont leurs griefs ? Qu’en est-il de l’écart entre les salaires, le coût des commodités, aujourd’hui ?

Parmi les griefs

Certains syndicalistes et employés de la fonction publique ainsi que ceux des corps parapublics ne décolèrent pas depuis la publication du dernier rapport du Pay Research Bureau, le 1er avril. Si certains ont cru à une mauvaise blague, d’autres brandissent toujours le poing, manifestent ou ont recours à des grèves de la faim pour montrer leur mécontentement.

Parmi ceux qui tapent du pied : des enseignants. La suppression de l’«increment» qu’ils touchaient, en fonction de leurs qualifications, les incite à sortir le «rotin bazar». Pour cause, ceux qui détiennent une maîtrise pouvaient toucher une allocation allant jusqu’à Rs 1 200 par mois. Qui plus est, avec le nouveau rapport, seuls les  enseignants ayant rejoint la profession en 2008 ou avant auront droit à 19 jours de «vacation leave» alors que ce privilège était étendu à tous leurs collègues jusqu’ici.

Les infirmiers broient aussi du noir depuis la publication du rapport. Leur «night allowance» n’a pas bougé tout comme les «risk allowances», déplorent-ils. Cela, alors que les infirmiers sont exposés à des infections en tous genres, affirment-ils.

Autres récriminations des syndicats : l’abolition de la promotion des fonctionnaires ayant plus de 25 ans de service. Alors que la formation prévue pour ceux ayant  60 ans ou plus fait tiquer. «Ce n’est pas à cet âge qu’ils pourront se recycler», disent-ils.

Alors que la Government Medical Consultant Association parle, quant à elle, de «déception totale». Les consultants en chef ont bénéficié d’une augmentation de «seulement» Rs 6 000, portant leur salaire à Rs 101 000. Cela, alors que le syndicat avait recommandé que la paie des responsables des hôpitaux régionaux soit alignée sur celle du judiciaire. «Nous réclamions une hausse variant entre  Rs 10 000 et Rs 15 000», déplorent-ils…

5 QUESTIONS INTRIGANTES QUE L’ON SE POSE SUR LES SYNDICALISTES

Outre le syndrome Zorro, qu’est-ce qui motive certains à devenir syndicalistes ? Sont-ils grassement payés pour dégainer leur épée ? Sont-ils vraiment crédibles ? Les travailleurs leur font-ils vraiment confiance ? Ou alors restent-ils sur leur faim malgré les grèves de la faim ? Des questions auxquelles a répondu Vinod Seegum, de la Government Teachers’ Union.

Quels sont les avantages auxquels ont droit les syndicalistes ?
Sachez tout d’abord qu’il y a deux sortes de syndicalistes. Il y a ceux qui sont prêts à donner leur vie pour les travailleurs, on en a vu par le passé, et les «jouisseurs» qui ne pensent qu’à leurs avantages. Je ne dis pas que je suis un saint, mais quand vous savez qu’il y en a certains qui ont voyagé 152 fois… Certains utilisent donc leur affiliation avec des organismes internationaux, qui financent ces voyages, pour prendre l’avion comme ils prendraient le bus. Autre avantage : il y en a qui se font un plaisir de siéger sur plusieurs boards et ils peuvent toucher jusqu’à Rs 100 000 pour cela…

Et quels sont les désavantages à être syndicaliste ?
Les gens sont très exigeants. Vous devenez parfois leur bête noire quand vous n’accédez pas à leurs requêtes. Prenons l’exemple d’un enseignant qui ne veut pas être transféré dans une école qui se trouve loin de sa zone de résidence. On peut le comprendre et essayer de solutionner le problème pendant quelque temps. Mais il faut bien qu’il se plie à la loi à un moment donné, comme le font tous les autres. Mais il risque de considérer cela comme une trahison, salir votre réputation sur les réseaux sociaux, vous pourrir la vie.

Qu’en est-il des motivations ? Qu’est-ce qui pousse les gens à devenir syndicalistes ?
Au risque de me répéter, certains le font vraiment pour aider les travailleurs. Mais la majorité sont des syndicalistes tiers-mondistes qui ne pensent qu’à leur propre intérêt. D’ailleurs, quand vous êtes fonctionnaire, vous n’êtes pas censé avoir un autre job. Allez voir combien ont une double casquette…

Justement, si vous deviez accorder une notre pour ce qui est de la crédibilité des syndicalistes ?À Maurice, seuls 20 % des salariés sont syndiqués. Pourquoi ? Parce que les gens ne font pas confiance aux syndicalistes ! La perception c’est qu’il y en a pas mal qui utilisent leur position pour obtenir des avantages. Après tout, ce sont les syndicats qui sont en contact direct avec les ministres et autres décideurs. «Ena hant koulwar minister pou gagn enn ti plas Rs 35 000 lor board.»

Qu’en est-il des grèves de la faim ? Est-ce que les syndicalistes puisent du temps de leurs «sick leaves» ou de leurs «local leaves» pour cela ?
Je suppose qu’ils prennent du temps sur leur «time off». En fait, moi, par exemple, qui suis président de la Government Teachers’ Union, je ne suis pas à l’école. Je m’occupe de mes dossiers syndicaux, des griefs des enseignants, notamment. J’ai un bureau à Port-Louis, six personnes y sont employées. Je perçois un salaire du gouvernement pour cela, ayant été élu comme représentant syndical.

OUI A L’INSTITUTION, MAIS ELLE DOIT SE REINVENTER

Certains réclament «la tête» du PRB… Faudrait-il un retour en arrière, comme c’était le cas peu après l’Indépendance, période durant laquelle on faisait appel à des commissaires étrangers pour une révision des salaires des fonctionnaires ?

«Non», soutiennent les syndicalistes interrogés. «Le PRB est une institution qui a été mise sur pied grâce à la lutte syndicale. Elle doit rester mais elle doit se réinventer»,  avancent-ils.

Avant l’Indépendance en 1968, des comités étudiaient les salaires au sein de chaque département de la fonction publique. Une situation qui causait beaucoup d’injustice aux fonctionnaires. Le gouvernement post-indépendance avait fait appel à des commissaires aux salaires britanniques, d’abord Percy Sedwick, ensuite  Donald Chesworth.

Ces commissaires aux salaires passaient un certain temps chez nous, se souvient Rashid Imrith. Mais ils ne connaissaient pas toute la réalité  des fonctionnaires mauriciens. Raison pour laquelle les syndicalistes ont bataillé ferme pour mettre sur pied une institution permanente pour revoir les salaires des fonctionnaires. «Ce sera un recul si on retourne à l’ancien système», soutient-il.

Toutefois, il est d’avis que le PRB doit revoir son fonctionnement. Actuellement, dit-il, celui-ci consulte les syndicalistes. Ensuite, il écoute le management. Et c’est l’avis du management qui est pris en considération. Résultats des courses : les syndicalistes se retrouvent devant le fait accompli. «Ce que je souhaiterai, c’est qu’une fois le rapport rendu public, les fonctionnaires aient leur mot à dire. Et toutes les anomalies relevées doivent être analysées par une institution autre que le PRB. On peut même faire appel à un étranger s’il le faut. Et je suis sûr que la majorité des fonctionnaires obtiendront satisfaction.»

Naraindranath Gopee, président de la Fédération du service civil, insiste pour que le PRB revoie son fonctionnement. «Actuellement, le PRB envoie des formulaires à des fonctionnaires triés sur le volet pour connaître leurs job specifications.» Or, je suis d’avis que les fonctionnaires attachés à ce bureau auraient dû effectuer un travail de terrain pour connaître la réalité de ces job specifications. Tout comme Rashid Imrith, il estime qu’il faut une institution indépendante pour revoir les anomalies. Il souhaite que, comme en 2013 – année lors de laquelle Dev Manraj avait revu ces anomalies –, l’on fasse appel à une personne de son calibre pour effectuer ce travail.

Suttyadeo Tengur, de la Government Hindi Teachers’ Union, est catégorique. «C’est après une longue lutte que le PRB a été institué et il ne faut pas le remplacer. Faire appel à des commissaires aux salaires ne serait pas une bonne chose.»

Vinod Seegum, de la Government Teachers’ Union, abonde dans le même sens. Pour lui, l’actuel système de révision salariale est tout à fait correct. «S’il y a des erreurs ou des omissions, que tout soit étudié par l’Errors and Omissions Committee, mais non pas par des commissaires étrangers.» Vinod Seegum reconnaît toutefois que le PRB «ne peut satisfaire les 1 500 grades de la fonction publique».

Radhakrishna Sadien, de la Government Services Employees Union, soutient, lui, que lundi dernier, lors d’une assemblée générale, la majorité des membres ont trouvé que le fonctionnement du PRB est dépassé. «Mais ce n’est pas pour cela que nous demandons la disparition de cette institution. Nous organiserons plusieurs séances de travail et nous viendrons avec des recommandations.»

Jack Bizlall reconnaît également que le dernier rapport du PRB contient de nombreuses failles. Mais il a lui-même été fonctionnaire avant l’indépendance et soutient qu’une institution comme le PRB a été mise sur pied grâce à la lutte syndicale.

L’échelle des écarts…

Le ratio des salaires (avant la taxe) entre les fonctionnaires les mieux payés et ceux qui se trouvent au bas de l’échelle de la fonction publique est passé à 1 : 7 dans le dernier rapport du PRB, contre 
1 : 7,3 dans le précédent rapport (2013) intitulé  «Errors and Anomalies». Pour résumer, les fonctionnaires les mieux lotis touchent aujourd’hui un salaire sept fois plus élevé que ceux qui sont moins bien  rémunérés. Ce sont les salaires des laboureurs – Rs 17 375 – et du secrétaire permanent –  Rs 122 000 – qui ont été pris en compte dans le  calcul du ratio par le PRB.

Le poids du chariot

Petit tour au supermarché. Alors que certains sont grassement payés, d’autres, eux, ont toujours du mal à joindre les deux bouts. Une question dès lors : avec un salaire de  Rs 10 000, combien d’heures de travail ( à raison de  8 heures de travail quotidiennes sur 20 jours) faudrait-il pour pouvoir se payer certaines commodités de base ? Tout en sachant que le taux d’inflation a grimpé de 4 % en trois mois, selon selon les derniers chiffres de Statistics Mauritius.

Promotion automatique v/s examen

Tout fonctionnaire doit avoir droit à une promotion au moins une fois avant sa retraite. C’est ce qu’estime Bhoopa Brizmohun, secrétaire de la Government General Services Union (GGSU). Selon elle, ce n’est pas après de longues années de service qu’on demandera à un fonctionnaire de prouver ses compétences.

Le GGSU a d’ailleurs soumis cette proposition au PRB avant la publication du rapport. Or, celle-ci n’ayant pas été prise en considération, Bhoopa Brizmohun, qui occupe le poste de management support officer (MSO), a décidé, en début de semaine, d’entamer une grève de la faim, qui a duré presque quatre jours, au bâtiment Emmanuel Anquetil, à Port-Louis.

Toutefois, selon le ministre de la Fonction publique, une personne doit être en mesure de prouver ses compétences avant qu’elle ne soit promue. Et cela passe par un  examen, insiste Alain Wong. De toute façon, «le poste de MSO n’est pas une fin en soi. Un fonctionnaire peut obtenir une promotion. Il devient alors un office management assistant»,  affirme-t-il.

En effet, concède Bhoopa Brizmohun. Cependant, pour cela, il faut passer par un examen hautement compétitif. «Auparavant, cet examen était orienté vers le travail, mais maintenant, il est académique. Le fonctionnaire doit prendre des leçons particulières les samedis. S’il y a 1 000 candidats, il n’y a qu’une centaine qui va réussir à cet examen. Les autres tenteront leur chance deux fois, trois fois, quatre fois… Ainsi, dans plusieurs cas, un MSO n’obtient jamais de promotion», dit-elle. Sans compter que les aptitudes d’un jeune et d’un moins jeune soumis à un examen ne sont pas comparables à celles d’une personne qui approche la cinquantaine ou la soixantaine.

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