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Colporteur, du big business déloyal
Dans ce secteur, on ne connaît ni ne pratique aucune règle de marketing. Pas de pubs, ni de boutiques décorées et flamboyantes. C’est le business de la rue. À les voir, on les prendrait pour de «pauvres gens». Mais beaucoup sont de riches hommes d’affaires.
«Nou bizin travay», «zot pé fer dominer ar dimun mizer», ont scandé, jeudi 18 décembre, les marchands ambulants de Port-Louis, devant le bureau du ministre des Collectivités locales, après que la police leur a interdit d’opérer. Depuis, ils continuent à vouloir opérer, comme ce samedi 19 décembre à la rue John Kennedy, avec pour principal argument qu’ils doivent travailler pour nourrir leurs enfants.
«Parmi eux, il y a de très riches», murmure un propriétaire de magasin qui assiste à la scène de loin, jeudi. Il nous donne un nom. L’homme est effectivement un marchand ambulant. Selon notre enquête, au moins trois, voire quatre, marchands sur dix vendraient ses produits. L’homme, lui, effectue plusieurs voyages par an vers les pays d’Asie pour s’approvisionner. Voici ce que révèle son casier hypothécaire :
En 2001, le marchand de 49 ans, habitant un des faubourgs de Port-Louis, a acheté d’une veuve un lopin de terre de 230 m² dans la capitale pour la somme de Rs 170 000. En 2005, il a fait l’acquisition d’un terrain de 250 m² pour la somme de Rs 775 000 à Port-Louis. Il y a construit une maison qu’il a, par la suite, agrandie. La taxe qu’il a payée sur ce terrain s’élève à Rs 50 000.
En 2007, il hypothèque le terrain de 250 m² pour emprunter Rs 1,6 million à la State Bank of Mauritius (SBM). En 2008, il emprunte Rs 150 000 à la même banque. En 2009, il revend le terrain de 230 m² pour Rs 500 000.
En 2010, il emprunte Rs 125 000 de la SBM. En 2011, il hypothèque à nouveau le terrain pour emprunter Rs 800 000. Durant le même mois, il emprunte Rs 200 000 à la SBM.
Finalement en mars 2015, il a emprunté Rs 250 000 à la SBM en hypothéquant le terrain de 250 m². «Oui, le business nous enrichit», concède un de ses confrères qui insiste pour que son nom n’apparaisse pas dans cette enquête. «Si vous me dites que ce monsieur arrive à emprunter autant et rembourser aussi vite, cela ne m’étonne pas. Nous sommes des businessmen.»
Un «business model» gagnant
Le succès des marchands ambulants repose aussi sur leur filière d’approvisionnement. Un d’entre eux explique que son investissement n’est pas grand, car il s’approvisionne auprès des usines locales. Il a la possibilité d’acheter tout ce qui est considéré comme «over production» ou «light reject».
Est-ce par une filière officielle ou est-ce des articles qui passent au travers des mailles des unités de production ? La Mauritius Export Association (MEXA) explique que les usines ont la possibilité de vendre les produits de second grade et third grade à qui en veut. Ces produits présentent des défauts minimes mais la qualité n’étant pas aux standards de l’exportation, le prix est inférieur. Ce qui fait le bonheur des marchands.
La filière est totalement officielle et claire. Par contre, le montant que représente ce marché n’est pas chiffré par la MEXA.
Autre exemple, toujours à Port-Louis, en face du marché, se trouve un couple qui vend des savates et autres chaussures pour dames. La dame explique qu’elle a à peu près 2 000 paires de chaussures en stock et qu’en cette période, il lui est possible d’écouler au moins 75 % de ses produits, si elle travaille tous les jours. Le couple s’approvisionne auprès d’un autre marchand ambulant qui voyage souvent et importe en grande quantité. Cette personne est le fournisseur d’une dizaine de marchands qui opèrent à Port-Louis mais personne n’ose prononcer son nom.
Plusieurs marchands travaillent sur ce modèle. Ils s’approvisionnent auprès de ceux qui voyagent et importent en grande quantité. Un de ceux-là est connu et particulièrement honni par les magasins de la capitale. C’est un dénommé Fadheel qui vend des vêtements pour femme. Il vend des robes et kurtis à des prix ne dépassant pas Rs 250 «alors que ces mêmes vêtements coûtent deux fois ce prix à l’achat. Personne ne sait comment il fait», explique un magasinier de la rue sir Virgil Naz.
Des imitations sont le plus souvent vendues
Il est faux de dire que la qualité des vêtements vendus sur la rue est uniquement et exclusivement basse. David Stafford, styliste et propriétaire de magasin, explique qu’en cherchant bien, il est tout à fait possible de dénicher des «trésors» sur la rue. «Mais attention, je parle d’exceptions. Souvent, ce sont des imitations», explique-t-il.
Les T-shirts «oversize» avec des impressions, comme il en vendait l’année dernière, viennent de faire leur apparition sur les trottoirs. Mais en s’y étant intéressé de plus près, il nous confie avoir constaté que les impressions sont de moindre qualité et les coutures plus grossières. Au premier lavage, il assure que les impressions s’estomperont. Idem pour des shorts imprimés.
Photos à l’appui, il explique que même si les produits ressemblent à ceux qui sont en magasin, ils n’ont pas le même raffinement. Quant aux autres accessoires, il les déconseille vivement. «Si les ceintures ou chaussures peuvent avoir un look bien travaillé, il ne faut pas s’attendre à les utiliser pendant plus de deux mois», indique-t-il, après avoir fait les étals de quelques marchands.
Donc, quand il parle de «trésors», à quoi fait-il allusion ? Ce sont, selon lui, surtout les produits récupérés des usines d’ici. Parfois, les «rejected items» de deuxième grade ne présentent pas de défauts à l’œil nu. «Dans certains pays, ils font attention au nombre de coutures par centimètre. Si le vêtement en présente moins, il est considéré comme défectueux alors qu’il est tout à fait possible de le porter», dit le styliste.
En Images
Les officiers ont reçu l’ordre de ne pas faire d’excès de zèle en ce qu’il s’agit des marchands ambulants même s’ils doivent faire respecter la loi. Certains colporteurs en profitent, comme ici à la rue Farquhar.




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