Publicité

Emilie Duval, responsable du département de Psychologie et Counselling, Institut Cardinal Jean Margeot: «Un manque criant de services psychologiques dans les écoles»

30 novembre 2015, 09:01

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Emilie Duval, responsable du département de Psychologie et Counselling, Institut Cardinal Jean Margeot: «Un manque criant de services psychologiques dans les écoles»

Le département Psychologie et Counselling de l’Institut cardinal Jean Margéot défend le droit à l’éducation des enfants et vise à promouvoir les buts de cette éducation, qui sont, entre autres, l’épanouissement, l’enseignement du respect, la préparation à la vie de citoyen responsable. Pas les diplômes... Il semble que toute cette dimension soit absente du système éducatif actuel. Comment l’améliorer ?

Cette dimension du bien-être émotionnel et social de l’enfant est essentielle pour que l’enfant puisse développer des habilités psycho-sociales pour l’aider à faire face aux difficultés de la vie en utilisant des stratégies qui soient appropriées (en se respectant, les autres et son environnement) tout au long de sa vie.
L’éducation nationale met trop souvent l’accent sur les performances et la réussite académique, quand, en fait, il s’agit de promouvoir le développement intégral de l’enfant dans toutes ses dimensions, favoriser le savoir-être et pas uniquement le savoir-faire. Une recentre étude menée aux Etats-Unis (Collaborative for Academic, Social and Emotional Learning - CASEL ; 317 études, 324,303 enfants) démontre que des programmes scolaires qui aident à promouvoir le bien-être émotionnel des jeunes enfants ont un impact positif sur leurs performances académiques.
Ce type de programme scolaire a été mis en place à Maurice depuis 2009 au sein de certaines écoles publiques, les Amis de Zippy, qui confirme que le bien-être émotionnel de l’enfant a un lien direct avec les performances académiques. Les enfants qui sont bien émotionnellement étudient mieux que les autres.

Quels dysfonctionnements une absence de prise en compte psychologique peut avoir sur les adultes de demain ?

Selon les rapports de L’OMS et de l’UNICEF :

  • 10 % des enfants et adolescents seraient affectés par des problèmes de santé mentale
  • entre 25 et 50 % des enfants déclarent être physiquement maltraités
  • 6 sur 10 sont soumis à des châtiments corporels.

Les études sur le développement de l’enfant indiquent que de telles expériences négatives (ex. : victime de violence, abus, négligence, violence, problèmes familiaux, etc.) durant l’enfance ont des conséquences graves sur l’enfant (physiques, psychologiques, sexuelles, sociales, familiales), et peuvent avoir un impact sur leur santé mentale à l'âge adulte. Une exposition répétée au stress durant la jeune enfance:

  • diminue le seuil de tolérance au stress et
  • augmente le risque de maladie mentale plus tard dans la vie

Permettre à ces enfants de pouvoir mettre en mots ce qu’ils vivent comme souffrance avec une écoute de qualité professionnelle peut grandement les aider. De pouvoir exprimer leur souffrance, mettre en mots ce qui les habite en profondeur, dans un cadre de confiance, respect mutuel où ils se sentent en sécurité, écouter et valider participe à la reconstruction d’un enfant. Il est essentiel que cette écoute professionnelle soit aussi accessible aux personnes responsables de l’enfant pour pouvoir travailler avec eux, en leur proposant une écoute, un accompagnement dans la durée et en élaborant avec des stratégies psycho-éducatives efficaces et favorables au bon développement de l’enfant. 

 

Mais il n’y a que 18 psychologues/social workers au ministère de l’Education pour 233 162 élèves, du primaire et secondaire…

Or, la mise en place de ce type de service en milieu scolaire est essentielle. En effet, à Maurice, il existe un manque criant de ce type de services, avec un ratio d’un psychologue/assistant social pour 7 772 enfants au total. La majorité des familles mauriciennes ont peu de moyens financiers pour consulter un professionnel en psychologie en privé, cela étant coûteux. Il serait donc primordial que l’Etat Mauricien investisse dans ces types de service en milieu scolaire comme un moyen d’aider et accompagner les enfants et les parents qui vivent de grandes souffrances. 

Publicité