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Rajesh Bhagwan: «C’est le pire gouvernement que Maurice ait eu»

28 novembre 2015, 09:42

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Rajesh Bhagwan: «C’est le pire gouvernement  que Maurice ait eu»

Tout en reconnaissant que l’alliance des mauves avec Navin Ramgoolam, l’année dernière, a coûté cher au MMM, le Whip de l’opposition lance un appel au gouvernement : «Oubliez la politique revancharde contre Ramgoolam et commencez à travailler !»

On sent une certaine tension au sein de l’hémicycle, comme une ambiance lourde, pesante, une impression que tout peut basculer n’importe quand…

 Effectivement. Avec mon expérience de parlementaire longue de 32 ans, je peux vous assurer que ce que nous vivons ces jours-ci est triste pour le pays. On retrouve le même Premier ministre qu’en 1983 : nerveux, sous tension, et peu ouvert au dialogue. Il en est de même pour les ministres qui, outre d’être nerveux, sont arrogants et ne répondent pas aux questions de l’opposition. Depuis 1983, (année où il y avait, il faut le reconnaître, une bonne équipe de parlementaires autour du tandem SAJ-SGD), c’est le pire cabinet ministériel que Maurice ait eu. Il y a beaucoup de médiocrité – ce qui engendre la tension et la frustration des parlementaires qui font leur homework mais qui se retrouvent face à des ministres qui ne sont pas préparés, qui ne maîtrisent pas leurs dossiers et qui sont incapables de répondre. Au sein de ce gouvernement, ils tendent à tous se focaliser sur Ramgoolam. Le finir politiquement et mettre en avant les Jugnauth, c’est leur mission. Moi-même, vieux routier du Parlement, j’ai été dérouté quand j’ai été pris à partie par le Premier ministre qui m’avait lancé un «b… to laguel» qu’il a dû retirer, par la suite, avec des excuses… C’est vous dire à quel niveau on est tombé et que le bon exemple ne vient pas d’en haut.

On a vu, par exemple, Showkutally Soodhun et Shakeel Mohamed se regarder en chiens de faïence mardi…

Au Parlement, Soodhun se montre désagréable à son égard mais remarquez qu’ensuite, le ministre a compris qu’il vaudrait mieux – politiquement pour lui – condamner les méthodes de la police au lieu de taper sur Mohamed. L’arrestation de celui-ci vient démontrer, une fois encore, que la police est devenue un outil politique, une Gestapo. Je suis déçu par le nouveau commissaire de police, on dirait qu’il dirige un État dans un État.

Mais qui tire les ficelles ?

Il y a beaucoup de potentats aux Casernes centrales et à l’Hôtel du gouvernement. Ils agissent dans l’ombre et font souvent preuve d’excès de zèle pour plaire aux Jugnauth. Aussi, il faut noter que depuis que Pravind Jugnauth n’est plus au gouvernement, il y a un autre centre de pouvoir au Sun Trust qui gravite autour de lui. Tout cela complique les choses. Il y a aussi l’amertume du père qui est obligé d’assumer les responsabilités jusqu’à ce que son fils puisse sortir de son pétrin judiciaire. Comme SAJ ne peut pas tout contrôler, et que son focus est ailleurs, il y a alors des loose guns comme Bhadain qui profitent de la situation.

Ce n’est guère évident de tenir une coalition gouvernementale…

Le MMM a luimême été souvent expulsé d’un gouvernement, que ce soit sous Jugnauth ou sous Ramgoolam. C’est vrai qu’il y a beaucoup de méfiance au sein du gouvernement, surtout entre le PMSD et le MSM. Quant au parti de Collendavelloo (qui a surfé sur l’impopularité de Navin pour arriver au pouvoir), il est inexistant. Collendavelloo ne maîtrise ni ses dossiers ni son parti. Vishnu, lui, vit dans la nostalgie des années 80 et reste déconnecté. D’ailleurs le MSM fait tout pour le mettre de côté. Les déclarations intempestives des uns ne font pas plaisir aux autres. Pas de cohésion. Par exemple, les déclarations et positions d’Anil Gayan (ne parlons pas de ce qu’il a rabâché sur la méthadone au no20) ne plaisent pas à ses partenaires. Le parti de Collendavelloo est appelé à disparaître car ses dirigeants ne sont pas des  politiciens de proximité.

Outre Collendavelloo et Co, le MMM se retrouve scindé entre votre groupe autour de Bérenger, et celui d’Alan Ganoo …

 C’est vrai qu’après les défaites électorales (législative et municipale) et le départ du groupe Ganoo, on a fait face à pas mal de problèmes internes. Mais aujourd’hui, même avec sept députés au Parlement, on arrive à acculer le gouvernement. Au sein du MMM, nous savons que le pire est derrière nous. Paul donne beaucoup d’espace à ceux qui veulent travailler pour le parti et, comme vous le savez, le vrai travail se fait sur le terrain. 

Revenons au projet de loi controversé, le «Good Governance and Integrity Reporting Bill». La position du MMM est légèrement ambiguë. Simplifions : allez-vous voter pour  ou contre ?

 Le MMM a dit deux choses : on n’est pas contre une loi qui vise à combattre la corruption et la fraude (ce serait nier notre long combat en ce sens) mais c’est la façon de piloter le projet de loi qui pose problème.

Comme dans le cas de l’Asset Recovery (Amendment) Bill, le politicien qui nomme ses hommes ne devrait pas avoir trop de pouvoirs. Sous sa forme actuelle, le MMM ne va pas voter la loi. En revanche, si les amendements proposes, dont ceux de la Mauritius Bar Association, sont apportés, nous allons bien évidemment  reconsidérer la question. 

Comment allez-vous naviguer dans le chassé-croisé entre le gouvernement et l’opposition travailliste ?

Où se situe  le MMM ? Le MMM va se battre au Parlement et sur le terrain, dans la rue, avec les ONG, avec les professionnels dans l’intérêt du pays. Nous sommes en train de reprendre du momentum. Au niveau des réseaux sociaux, nous avons pu établir le contact avec nos jeunes. Quant au gouvernement, il se sent fort avec la MBC. Au contraire, il aurait à rougir vu ce qu’est devenue la station de radiotélévision nationale. Je n’ai jamais vu un gouvernement tomber autant dans l’estime des gens en moins d’un an. 

Ancien maire, le problème des marchands ambulants…

Il faut le concéder : le pays a accusé beaucoup de retard sur ce dossier, je dirais un retard d’au moins dix ans. On présidait pas mal de comités, entre autres, en 2003 quand Paul Berenger était Premier ministre pour faire aboutir le projet du Hawkers Palace à Port-Louis et gérer dans les autres villes aussi. On avait compris que c’est avant tout un phénomène de société – dimounn trasé kouma kapav pou gagn zot lavi – et qu’il fallait s’attaquer à la base du problème du haut de l’exécutif. 

L’affaire Gorah Issac revient sur le tapis. Est-ce une vendetta politique, ou un drame qui nous pourchasse ?

 C’est un épisode bien noir pour notre pays. Je me souviens très bien de cette terrible nuit du 26 octobre 1996, du choc de nos activistes, du désarroi à l’hôpital, de la tristesse des proches. Personne ne devrait revivre cette sombre page de notre histoire. Bientôt 20 ans, il y a eu beaucoup d’arrestations, d’enquêtes, de procès, de temps perdu… Est-ce que l’on va trouver les coupables… Je ne pense pas que cette affaire devrait être politisée. Je condamne Showkutally Soodhun et Roshi Bhadain qui s’en prennent à la police dans cette affaire. Le gouvernement va finir l’année sur une mauvaise note, le peuple est angoissé. Cette affaire va semer la peur sur le pouvoir d’arrestation et la manière arbitraire de faire de la police.

Pourquoi ?

Nous nous dirigeons clairement vers un État policier. Les instructions, nous dit-on, viennent «d’en haut». On choisit qui punir et qui récompenser. Anerood Jugnauth avait accusé Gooljaury durant la campagne, aujourd’hui le MSM a de bonnes considérations pour l’ancien ami de Ramgoolam, qui est devenu un proche du pouvoir simplement en retournant sa veste. Si les rumeurs selon lesquelles Soornack sera un des témoins de la poursuite contre Navin Ramgoolam s’avèrent vraies, cela ne m’étonnera guère…

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