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Philip Lim, photographe: De la photographie à l’écriture
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Philip Lim, photographe: De la photographie à l’écriture
On connaissait Philip Lim, professionnel de la photographie établi au Canada et qui a enseigné son art pendant des années à la polytechnique Cégep du Vieux Montréal. Avec son livre-album «Nostalgies» lancé à Maurice vendredi dernier, on découvre l’écrivain qui couvait en lui.
On pourrait écouter Philip Lim, 76 ans, parler pendant des heures tant il a l’art de conter. Mais tout comme pour l’écriture, il ne s’en rend pas compte. «Je suis venu à l’écriture sur le tard. Et pourtant, j’ai eu pour amis des écrivains comme Marcel Cabon et Pierre Renaud. Si j’avais su que je pouvais écrire, je leur aurais demandé conseil», dit-il simplement.
Nostalgies, publié aux éditions Vizavi, est une sélection de photographies en noir et blanc prises dans plusieurs pays entre 1963 et 1998, chacune déclinée avec son contexte historique dans un style épuré mais non moins descriptif.
Tout comme pour ses photographies, son écriture va à l’essentiel. Ce qu’il veut exprimer avec ce livre-album, «c’est qu’il ne faut pas oublier les belles choses que l’on a vécues, les gens rencontrés. C’est une époque et ils sont nombreux à l’avoir vécue. Avec ce livre, je veux que ces personnes retrouvent un pan de leur passé qui a été précieux pour eux».
Cela fait plus de 44 ans que Philip Lim a quitté Maurice. Mais que d’aventures vécues par ce fils de François Lim, propriétaire du studio Portraits of Distinction et du Magic Lantern, à Rose-Hill, qui est aussi le père de Mimi, la patronne de l’incontournable librairie Le Cygne.
François Lim est originaire de Canton. Dans sa famille, on est artiste. Son demi-frère, Lin Feng Mian, est l’un des derniers peintres impressionnistes de la Chine. Avant de venir à Maurice, François Lim rend visite à son illustre frère à Shanghai et fait un stage dans un studio de photographie.
Lorsqu’il débarque à Maurice en 1937 après avoir laissé sa jeune épouse derrière, François Lim travaille d’abord dans une boutique et dort à même le comptoir. La chance lui sourit sous forme d’une loterie qu’il remporte. Avec les Rs 800 obtenues, il s’installe à Rose-Hill et ouvre son studio de photographie. L’année suivante, il fait venir son épouse. François Lim aménage deux studios. C’est dans le second que Philip Lim naît.
«J’ai appris la photographie par osmose. J’étais curieux et mon père me laissait venir le regarder.» Aucollège Royal de Port-Louis, il étudie les sciences dans le but de devenir médecin. À l’époque, ilenvisage la photographie comme«un moyen de donner une ressemblance ». Son père l’envoie faire desétudes supérieures en Chine pourqu’il maîtrise le chinois.
Là-bas, il est confronté au régime répressif de Mao Tsé-toung, fondateur du parti communiste chinois. «Ils faisaient croire qu’on allait vivre dans le paradis mais, en réalité, c’était une société extrêmement réglementée.» Au bout de six mois, il maîtrise déjà le chinois. Mais on ne veut pas le laisser repartir. Il passe quatre ans «d’enfer». «On ne pouvait se permettre de dire ce que l’on pensait sous peine d’être arrêté, emprisonné et torturé. Il fallait être hypocrite.»
Comme tous les Chinois, il est envoyé dans un «camp de travail volontaire». Tout le monde dort sur une paillasse posée à même le sol et une journée durant, lui et ses camarades ramassent des patates douces et cueillent des cerises. Il doit ruser et se faire envoyer par un ami de Hong Kong une lettre censée venir de son père pour qu’il puisse quitter le pays.
«Dans cette lettre, mon ami a fait croire que mon père allait venir à Hong Kong et voulait me voir pour quelques jours. Comme les Chinois sont pour la réunification familiale, j’ai obtenu mon laisser-passer que j’ai prolongé en prétextant avoir contracté le choléra qui sévissait alors à Hong Kong». Depuis, il n’a jamais remisles pieds en Chine de peur d’être toujours sur liste noire.
Lorsqu’il quitte Hong Kong, il regagne Maurice et se met à la photographie en famille. Il décroche un stage de photographie auprès de l’Agence France Presse à Paris et séjourne 16 mois en France. À son retour, il tombe amoureux d’une jeune femme. Mais celle-ci est contrainte d’épouser un négociant basé à Madagascar. Philip Lim est dévasté. Son père l’envoie passer six mois à Hong Kong. Sa première photographie est celle d’un arbre se détachant dans la brume et d’un homme qui s’en éloigne. Figurant d’ailleurs dans Nostalgies, elle indique que son coeur blessé est sur la voie de la cicatrisation.
À son retour à Maurice, il se met à faire des photos par pulsion. Son père et lui organisent quatre à cinq expositions ensemble. Ensuite, Philip Lim décide d’émigrer au Canada. Il quitte Maurice en 1971 à destination de Montréal.
Si au début il travaille dans un magasin d’appareils photos et de caméras, il obtient vite un emploi d’enseignant de photographie à la polytechnique Cégep du Vieux Montréal. Et là, il enseigne jusqu’en 2005.
Philip Lim est un formateur atypique. «Je ne me mettais pas derrière le pupitre mais je demandais à mes élèves de former un cercle. Pour moi, la photo, c’est un échange.» La plupart de ses élèves sont devenus de grands photographes. S’il est passionné par son métier, il ne fait pas autant de photos qu’il le voudrait. «C’est quand j’ai pris ma retraite en 2005 que j’ai recommencé à faire des photos comme je l’entendais.»
Marié à la Canadienne Louise Ledoux, il est père de deux fils, Kim, 39 ans, et Sasha, 37 ans. Il n’est pas souvent retourné à Maurice. Il en est à sa troisième visite et, en sus de lancer son livre-album, il a animé un atelier de formation en portraits les 10, 11 et 12 novembre à Audi Zentrum.
Il regagne bientôt le Canada avec en tête un projet : faire un livre-album des politiques et des artistes locaux. Tout comme il veut faire de la photographie de rue comme le faisaient le photographe français Henri de Cartier- Bresson et la photographe américaine Vivian Maier. On a hâte de voir ça…
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