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Port-Louis, mon amour

22 octobre 2015, 05:17

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Port-Louis, mon amour

L’inexorable fuite en avant de notre Port Louis l’a condamné à changer considérablement sa physionomie. Mais que pouvait-il contre le temps, contre le développement ? Si la mécanique du temps s’enrayait ?  Et si elle remontait plus de deux siècles et demi pour nous mettre à l’envers ?! On rencontrerait comme disait l’autre «  la matrice originelle d’où tout serait né…»

 

Il y a plus d’un siècle déjà, Auguste Toussaint soulignait dans son ouvrage de référence – Port Louis, deux siècles d’histoire : « Ainsi se forme une génération qui, du Port Louis, ne gardera aucun souvenirs .» Mais il n’y a pas de désamour possible avec Port Louis. Gratte-ciel flamboyant, bourdonnement incessant de nuées de véhicules, marée humaine de travailleurs, hordes criardes de marchands ambulants, désertification résidentielle : le Port Louis d’hier s’efface. A contrecœur ! Pour pallier  la déforestation, sinistre, de nos mémoires, un patrimoine bâti à préserver nous contemple, des histoires à raconter nous attendent et des personnalités à (re)découvrir, patientent.

 

 Aussi ambitieux et visionnaire fut-il, Mahé de Labourdonnais, fondateur et architecte de cette cité ne pouvait s’imaginer qu’un jour plus de 200 000 âmes useraient, quotidiennement, les trottoirs des rues de Port Louis. Quand ce gouverneur breton débarqua le 4 juin 1735, ce patelin en bord de mer ne comptait que 1676 habitants. Il est celui qui lança les grands travaux pour que Port Nord- Ouest, devienne, Port-Louis le chef-lieu de notre île aux promesses encore périlleusement incertaines. Cet homme providentiel fera naître le premier miracle mauricien ! De port sans intérêt, il emploiera tout son génie et son savoir-faire pour que Port -Louis devienne l’escale incontournable sur la route des Indes. Un port maritime d’envergure. Il laissera derrière lui une agglomération revigorée. Au-delà d’une ossature fait de bâtiments publics, de rues et de quartiers et d’une rade pour mettre Port-Louis debout, la période française aura donné à la capitale son premier attachement aux arts et à la culture. La première salle de spectacle de la ville cristallise sans doute le mieux du monde cet amour de la culture développé par les citadins d’alors ! L’actuel théâtre viendra plus tard sous gouvernance anglaise.

 

Les gouverneurs Farquhar et Pope Hennessy insuffleront une deuxième vie à Port Louis. Le voyageur s’y arrêtant y voyait déjà notre île Maurice bigarrée : Indiens, Chinois, Blancs et Africains. Port-Louis constituera des quartiers bien délimités pour chaque groupe. De cette physionomie d’origine nous gardons aujourd’hui la Plaine-Verte, le Chinatown ou encore le Ward IV, enclave résidentiel en sursis. Les pratiques religieuses seront plus libres. Le commerce aussi. Et quid de la socialisation ? Se maintiendra un art de vivre sous les varangues après les repas du soir. Nous avons aussi hérité d’un sport qui amène toujours des milliers de Mauriciens au Champs-de-Mars durant toute une saison : les courses hippiques ! La cité vibre encore sous le tonnerre des sabots !

 

Port-Louis, le contemporain, post-indépendance n’a cessé de se transformer. Son expansion vertigineuse l’a positionné comme pôle administratif, économique et financier, parfois jusqu’à l’étranglement. Moins de verdures, des outrages architecturaux qui nous font parfois oublier les audaces en la matière. Mais Port-Louis vit avec son époque. Impossible de vivre à contretemps ! C’est pour cela que nous, génération à contre-courant, continuons de l’aimer. Toujours et encore !

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