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Bramer Asset Management : l’épicentre de la crise ?

12 avril 2015, 04:23

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Bramer Asset Management : l’épicentre de la crise ?

La suspension du permis, cette semaine, par la Financial Services Commission, du gestionnaire de fortunes qu’est la Bramer Asset Management marque un tournant dans la chute du groupe BA Investment. Alors que les yeux sont rivés sur les filiales «populaires» du groupe (Courts, Iframac, Apollo Bramwell Hospital, Arcasa, BA Insurance, Bramer Bank), les autorités sont peut-être en passe de mettre le doigt sur l’épicentre du séisme pour deux raisons.

 

Bramer Asset Management et ses fonds aux appellations évocatrices (Bramer Property Fund, Africa Henessy Investment Trust, Aleef Limited, Emerging Africa Bond Fund), dans l’ombre des grandes enseignes du groupe, s’avèrent le véritable moteur du montage financier de BA Investment, si ce n’est de Dawood Rawat en personne. C’est de là que sont venues les Rs 450 millions nécessaires en 2010 pour que Seaton Investment – soit Dawood Rawat – rachète la totalité des actions du groupe BA Investment à Rs 20 l’unité, 60 % plus cher que sa valeur réelle.

 

Première question : était-ce éthique, voire légal, que Dawood Rawat emprunte de la BAI pour racheter... la BAI ? La Bourse de Maurice, à l’époque, savait-elle qu’il s’agissait d’un financement en cercle? Si oui, pourquoi n’a-t- elle rien dit ? Si non, pourquoi n’a-t-elle pas demandé ?

 

 

 

Deuxième interrogation : ces Rs 450 millions, ce n’était NI l’argent de Bramer Asset Management, NI de Bramer Property Fund, encore moins celui de Dawood Rawat, mais bien celui des épargnants et dépositaires. Ces derniers avaient-ils mandaté le gestionnaire de leurs fortunes à les prêter à une holding incorporée uniquement le 12 novembre 2009, soit quelques mois à peine avant le buy-back de 2010 ? Seaton répondait-elle aux investment parameters? Si ce n’est pas le cas, Bramer Asset Management a dangereusement jonglé avec les finances de ses dépositaires. Si oui, il faudra convaincre les sceptiques avec, pourquoi pas, la brochure de Bramer Property Fund à l’époque.

 

«Toxic Assets»

 

Au final, avec 100 % des actions, Seaton Investment et Dawood Rawat ont pu sortir BA Investment de la Bourse pour librement s’adonner aux related party investments. Sans affirmer que cela a été fait en ce sens et pour cela, l’avantage colossal que cet exit présentait, c’est que ces investissements intra BA Investment pouvaient se faire sans qu’un évaluateur indépendant n’inspecte les valeurs réelles des actifs. Rien n’empêchait ainsi la surévaluation de l’hôpital Apollo Bramwell, par exemple. Y a-t-il eu surévaluation résultant en des toxic assets et la crise qui éclate aujourd’hui ? Ce n’est qu’une question, et il est temps que BA Investment y réponde.

 

La deuxième raison est moins technique mais interpelle tout autant. Depuis vendredi dernier, les journalistes de l’express questionnent en vain tous ceux susceptibles de nous fournir une réponse à cette interrogation: «L’État a-t-il lui aussi investi massivement dans Bramer Asset Management ou Bramer Property Fund au cours de ces quatre dernières années ?» Nous avons des raisons de penser que la State Investment Corporation, l’organisme chargé des investissements des liquidités de l’État, aurait pu avoir injecté de l’argent dans cette filiale brasseuse de fonds pour le groupe BA Investment. C’est vrai, rien à voir avec les milliards à la Bramer Bank – il est ici probablement question de quelques centaines de millions de roupies, excusez du peu – mais là, c’est un fonds d’investissement PRIVÉ. Pas d’une banque cotée en Bourse. Alors donc, notre argent, il y est ou pas ?

 

«Je ne sais pas»

 

«Bonne question, mais je ne peux rien dire», a répondu Vishnu Lutchmeenaraidoo, le vendredi 2 avril. «Je ne sais pas» : c’est aussi la réponse de Xavier-Luc Duval, ministre des Finances de 2011 à 2014, interrogé mercredi 8 avril. «Je ne sais pas», nous répond au téléphone Iqbal Mallam-Hassam, ancien directeur de la State Investment Corporation.

 

À la fin, bon sang, qui sait quoi ? Aujourd’hui, Bramer Asset Management gère une fortune de USD 200 000 000, soit Rs 6 milliards (c’est ce qui est fièrement écrit sur son site Internet) ! L’argent est-il toujours là ? À mon tour de ne pas savoir. Je ne sais pas, j’hésite... Tout comme j’hésite, à la lumière de tout cela, à abonder dans le sens du «non» quand on me demande s’il y a Ponzi ou pas...

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