Publicité
Journée de la femme: le combat des mères célibataires de cité Longères
Par
Partager cet article
Journée de la femme: le combat des mères célibataires de cité Longères
Le soleil est à son zénith ce mercredi, quelques heures avant que des pluies diluviennes ne s’abattent sur l’île. À Cité Longères, Baie-du-Tombeau, quelques femmes se sont installées à l’ombre d’un manguier qui fait office d’arbre à palabres. Petit à petit, d’autres femmes les rejoignent,souvent accompagnées d’enfants en bas âge et de jeunes filles qui portent dans leurs bras frêles un bébé. Nous sommes allés à leur rencontre à l’occasion de la Journée de la femme, célébrée ce dimanche 8 mars.
Quelques adolescentes et leurs nourrissons émergent des maisonnettes aux toits de tôle. Des jeunes filles à la fleur de l'âge, écloses trop tôt et vite fanées. L’une d’elles nous accompagne. Mince, petit haut à bretelles et short à fleurs. Elle s’appelle Veronica, et a 16 ans. Dans ses bras, elle tient Steven, six mois. «Avant j’allais au collège, raconte l’adolescente. Mais j’ai abandonné quand je suis tombée enceinte.» Elle détourne le regard. Sourire gêné. «Je ne pense pas que j’y retournerai. Je vais devoir chercher du travail.»
Rs 2 300 par mois pour six personnes
Quant au père de Steven, mieux vaut ne pas en parler. Il ne s’occupe pas du tout de son fils, fait des allers-retours en prison. Et de toute façon, il a déjà une femme et deux enfants. Heureusement, Veronica n’est pas seule. Elle peut compter sur sa mère Marie-Noëlla.
Mais pour cette dernière, comme pour toutes les mères des Longères, les fins de mois arrivent bien avant le 31. Avec environ Rs 2 300 d’aide sociale par mois, difficile de nourrir ses quatre enfants et son petit-fils. Car outre Veronica et Steven, elle a aussi à sa charge deux enfants qui vont encore à l’école et un garçon de 19 ans qui ne veut pas faire des efforts pour trouver du travail. Alors Marie-Noëlla doit enchaîner les petits boulots pour joindre les deux bouts. «Tras trasé», comme elles le font toutes.
Hommes inexistants, inutiles
Plus loin, Anastasia, 18 ans, vient à notre rencontre. Une main sur la hanche, son bébé sur la poitrine, elle affiche un air décidé. Par rapport à ses amies adolescentes, elle a eu de la chance. Elle est la mère de Maissi, un an. Comme elle est allée au collège jusqu’en Form III, elle a bien essayé de trouver un emploi mais «dès qu’on dit qu’on vient des Longères, confie-t-elle, tous les postes sont déjà pris». En revanche, le père de Maissi est présent pour son enfant. «Il a un bon travail, il s’occupe d’elle, mais quand même, on n’a pas assez d’argent», soutient la jeune fille. Au sein de la gent masculine du quartier, il est une exception. Les autres hommes sont inexistants, invisibles, inutiles.
En riant aux éclats, Jennifer montre sa joue tuméfiée. «Tu vois, ça c’est ce qu’il m’a fait hier parce que je suis allée lui demander du lait pour les enfants. Cela fait une semaine qu’ils boivent du thé pur. Ce n’est pas son problème.»
«Je ne veux pas de cette vie-là pour mes enfants»
Les hommes, il n’y en a pas beaucoup ici, explique une autre habitante du quartier : «Il y a plus de femmes que d’hommes et plus d’enfants que d’adultes.» Les autres renchérissent : «Bann zom, zot nek bwar, zot alé vini.» La plupart d’entre eux ne travaillent pas, beaucoup font de la prison ou, plus simplement, démissionnent de leurs responsabilités, disent-elles. Personne ne parle d’époux, de mari – ce sont juste des hommes de passage.
L’espoir n’a cependant pas complètement disparu. Toutes ces mères qui jouent aussi le rôle de père se font un devoir d’envoyer leurs enfants à l’école, la seule voie de sortie. «Moi, je suis née dans la misère et je reste dans la misère. Je ne sais pas lire. Mais je ne veux pas de cette vie-là pour mes enfants. Je veux qu’ils parviennent à sortir de la cité», martèle une habitante.
Cet après-midi (NdlR, mercredi), des averses s’abattront sur l’île. La plupart des Mauriciens ne s’inquièteront que des embouteillages, parce qu’ils rentreront un peu plus tard chez eux. Aux Longères, les fourneaux qui servent de maison à ces quelque 150 familles se transformeront, comme à chaque grosse pluie, en passoire. Mais comme d’habitude, les femmes là-bas continueront de tras trasé, comme elles savent bien le faire.

Publicité
Publicité
Les plus récents