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Hépatite C : des mesures rapides espérées

17 novembre 2014, 08:31

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Hépatite C : des mesures rapides espérées

L’hépatite C toucherait 40 000 Mauriciens. Mais le traitement reste quasi inaccessible dans le système public. Avec l’annonce de la fabrication de médicaments génériques en Inde, l’espoir renaît au sein de la société civile. Focus.

 

Une étude épidémiologique précise

Surnommée «l’épidémie silencieuse», l’hépatiteC peut être présente dansle corps pendant 20 ou 25ans, sans symptôme, avantde se développer de manièrefoudroyante et dégénéreren cancer du foie.       

 

«Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de volonté politique de lutter contre l’hépatite C. Certainement parce que ce virus est associé aux toxicomanes et ex-usagers de drogue, contaminés notamment par les seringues souillées. C’est injuste de ne pas les traiter et je souligne que ce n’est pas le seul public concerné par l’hépatite C», insiste Den Ramsamy,président de l’association Vivre Plus.

 

Ainsi, en 2011 la Commission de l’océan Indien a estimé la prévalence de l’hépatite C, parmi la population mauricienne, à 3,1 %, soit 40 000 cas estimés.

 

«Or, il n’y a jamais eu 40 000 usagers de drogue à Maurice ! souligne Den Ramsamy. Beaucoup de Mauriciens sont porteurs de l’hépatite C sans le savoir et sont donc très à risque de transmettre le virus. L’hépatite C étant dix fois plus transmissible que le VIH. Éviter la propagation du virus dans la population serait une bonne raison de dépister et traiter le maximum de patients rapidement.»

 

Le ministère de la Santé ne donne pas de chiffres, mais assure que «la prévalence de l’hépatite C à Maurice se trouve dans une population très restreinte».

 

Concernant les études épidémiologiques, «l’hépatite C a fait l’objet d’une résolution à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2010, engageant les 193 États membres, dont Maurice, à mettre en place un système de surveillance épidémiologique avec un registre de patients et à dispenser un traitement. Le pays n’a pas respecté ses engagements», rappelle le Dr Rittoo d’Hep Support. Un point de vue partagé par le Dr Sibartie, hépatologue et gastro-entérologue à la clinique Apollo Bramwell.

 

L’OMS a publié de nouvelles recommandations en avril 2014. «Mais je doute fort que le ministère mette en place ces recommandations et le traitement gratuit prochainement. Les premiers pas essentiels n’ont même pas été franchis, à savoir les études, la tenue du registre des patients, la création d’une unité d’hépatologie », regrette le Dr Rittoo.

 

Le ministère de la Santé ne donne pas de chiffres précis concernant les personnes porteuses de l’hépatite C, mais par un communiqué émanant de son service de presse, le ministère fait savoir qu’il est «en train de suivre les recommandations de l’OMS pour ce qui est de la prévention et du contrôle de la maladie. […]Les hépatites virales sont des maladies à notification obligatoire d’après le Public Health Act. De ce fait, les données sur la maladie sont recueillies régulièrement et sont compilées au laboratoire et aussi au département de Health Statistics du ministère».

 

Plaidoyer pour le traitement gratuit sans discrimination

Jusqu’à présent le traitement de l’hépatite C reposait sur des injections d’Interféron, comportant de nombreux effets secondaires, avec une efficacité très limitée pour le génotype (souche du virus) le plus répandu à Maurice. De surcroît, le traitement était très onéreux.

 

«Ces raisons ont toujours été évoquées par le ministère de la Santé pour ne pas prendre en charge les patients. Les complications liées à l’hépatite C étant mortelles, c’est de la non assistance à personnes en danger !»,s’insurge le Dr PrithiviputhRittoo, fondateur et présidenthonoraire de l’association HepSupport. «Jusqu’à présent, le ministère de la Santé n’a accepté de traiter que quelques cas, que j’estime à moins de 5 par an.» Comment ces patients ont-ils été choisis ? Mystère. Lescritères sont opaques, selonPrithiviputh Rittoo. «Je suppose que le ministère a traité les patients qui avaient été contaminés par transfusion sanguine, lors d’opérations chirurgicales ou de dialyses, afin d’éviter des poursuites judiciaires. Avant 1997 à Maurice, les poches de sang collectées n’étaient pas testées pour éliminer celles infectées par l’hépatite C.»

 

Le manque de transparence sur les critères de choix des patients bénéficiant ou non du traitement est souligné également par d’autres ONG, notamment Vivre Plus, CUT, PILS, AILES et le Centre Idrice Goomany, révoltés par cette discrimination.

 

Le ministère de la Santé affirme, lui, dans un communiqué que «le traitement pour l’hépatite C est déjà en place depuis très longtemps à Maurice et concerne ceux ayant contracté la maladie par transfusion sanguine, ceux qui ont des ‘diplotype’ ou ceux qui ont la cirrhose du foie». Sans précision supplémentaire sur ce que signifie «diplotype».

 

Des faits contestés par l’association AILES notamment. La coordinatrice Brigitte Michel déclare que «plusieurs ONG constatent que parmi les bénéfi ciaires co-infectés par le VIH et l’hépatite C, l’hépatite C tue davantage de personnes que le Sida. Des personnes qui prennent bien leurs antirétroviraux VIH tombent gravement malade brutalement. Et quand ces patients se rendent à l’hôpital, des médecins mettent les symptômes de l’hépatite C sur le dos du Sida et ils disent aux patients qu’ils sont condamnés et ils les renvoient à la maison pour mourir». Même constat du côté des ONG Vivre Plus et Hep Support. Les voix de la société civile et du ministère de la Santé sont donc en totale contradiction.

 

Mais une avancée médicale exceptionnelle devrait au moins réjouir tous les acteurs du secteur. Des anti-rétroviraux à action directe feraient disparaitre le virus de l’hépatite C avant même l’apparition de symptômes et traiteraient avec succès les cas de complications aggravées.

 

Ce traitement innovant, dispensé par voie orale sur 12 semaines seulement, montre des résultats exceptionnels avec un taux de réussite de 95 %. (Lire l’interview du Dr Sibartie ci contre). Une révolution qui a un coût : 84 000 dollars aux États-Unis et 65 000 euros en France.

 

Pour Maurice, la bonne nouvelle est venue d’Inde. Les laboratoire Gilead et Bristol- Myers Squibb ont autorisé la fabrication de ce traitement en version générique pour la mise sur le marché des mêmes molécules à un prix plus raisonnable, dans environ80 pays à bas et moyens revenus, dont Maurice.

 

Un communiqué du ministère de la Santé stipule qu’«en ce qu’il s’agit du générique fabriqué en Inde, le ministère étudie actuellement toutes les implications. Cela en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé». L’avenir dira si des actions concrètes ont été entamées.

 

La biopsie

Lorsque le foie est attaqué, ses cellules se transforment en tissu fibreux. La biopsie permet de juger de l’étendue de cette fibrose. Cet examen technique et contraignant peut être remplacé par une nouvelle méthode indolore et instantanée : le Fibroscan, qui évalue le degré de fibrose et permet d’estimer le risque de progression de l’atteinte hépatique, voire de la cirrhose. «Comme La Réunion, Maurice doit se doter d’un tel outil pour savoir quels patients traiter en priorité», insiste Den Ramsamy.

 

Pour Dhiren Moher, Liaison Community Officer chez PILS, les ressources humaines font aussi défaut à l’hôpital : «Avec 40 000 Mauriciens porteurs de l’hépatite C estimés, il faut former dès maintenant des hépatologues, qui deviendront les médecins référents pour les patients touchés par des complications dans quelques années.»

 

Un avis partagé par le Dr Rittoo. «Le système public compte des gastro- entérologues, mais pas d’hépatologue, ni d’unité d’hépatologie. La création de cette unité devient incontournable. Les patients dépistés, traités et suivis pourront être référés en parallèle aux associations pour le counselling

 

Aujourd’hui, 5 % des appels reçus par la hotline Sida Info Service concerne les hépatites. Preuve que le sujet suscite bien des interrogations.

 

Pour Dhiren Moher, «il y a une grande sensibilisation à faire parmi la population en général et le personnel soignant en particulier, qui est très vulnérable vis-à-vis de ce virus et peut être contaminé dans l’exercice même de ses fonctions, si toutes les précautions ne sont pas prises. L’hépatite C est une maladie méconnue, qui est entourée d’idées fausses. Les ONG sont prêtes à devenir partenaires de l’État pour faire ce travail de sensibilisation, tout en encourageant le dépistage».

 

■ Une unité d’hépatologie requise

 

Pour connaître la gravité de la maladie, deux méthodes existent : la biopsie et la charge virale. À La Réunion, Den Ramsamy a eu l’occasion de faire un bilan de sa charge virale concernant l’hépatite C. Un test qu’on ne lui avait jamais proposé de faire à Maurice. «Le matériel existe pourtant à l’hôpital, mais le ministère de la Santé ne commande pas l’ingrédient nécessaire pour faire le test de charge virale pour l’hépatite C, regrette le Dr Rittoo. Hep Support a proposé au ministère de faire dix tests de charge virale à l’étranger par an, aux frais de l’association, mais celui-ci n’a pas donné de suite à cette proposition».

 

L’accès au matériel stérile

La transmission de l’hépatite C peut se faire à travers le partage de matériel d’injection, y compris les cuillères (calchouls), utilisées pour préparer les drogues injectables, ainsi que les filtres, les cotons, les garrots, etc. Cela fait plusieurs années que l’ONG CUT se bat pour que ces items soient inclus dans la liste de matériels distribués dans le cadre du programme d’échange de seringues.

 

Selon Nathalie Rose (photo), coordinatrice de CUT, «actuellement le ministère de la Santé ne nous procure pas ce type de matériel à cause d’une restriction juridique. C’est légal de dispenser des aiguilles et des seringues, mais cela reste illégal de dispenser d’autres types de matériel d’injection.  Ce qui est, à nos yeux, complètement illogique. Ces items devraient être achetés avec le budget du Fonds mondial contre le VIH, dont le pays dispose, mais aucun amendement légal n’a été fait durant toutes ces années pour permettre cela. Or, cette mesure limiterait la transmission de l’hépatite C parmi les usagers de drogues, 97 % d’entre eux en étant porteurs. Le Fonds mondial a insisté pour que Maurice fasse les amendements légaux nécessaires, pour faciliter la distribution de ce matériel dans les années à venir, qui seront couvertes probablement par une nouvelle aide du Fonds mondial. Les discussions ont tout juste été enclenchées au niveau du State Law Officeet nous espérons qu’enfin les lois permettront aux personnes qui s’injectent des drogues de mieux protéger leur santé et celle de leur proches.»

 

 

Plaidoyer pour le traitement gratuit sans discrimination

 

Jusqu’à présent le traitement de l’hépatite C reposait sur des injections d’Interféron, comportant de nombreux effets secondaires, avec une efficacité très limitée pour le génotype (souche du virus) le plus répandu à Maurice. De surcroît, le traitement était très onéreux.

 

«Ces raisons ont toujours été évoquées par le ministère de la Santé pour ne pas prendre en charge les patients. Les complications liées à l’hépatite C étantmortelles, c’est de la non- assistance à personnes en danger !»,s’insurge le Dr PrithiviputhRittoo, fondateur et présidenthonoraire de l’association HepSupport. «Jusqu’à présent, le ministère de la Santé n’a accepté de traiter que quelques cas, que j’estime à moins de 5 par an.» Comment ces patients ont-ilsété choisis ? Mystère. Lescritères sont opaques, selonPrithiviputh Rittoo. «Je suppose que le ministère a traité les patients qui avaient été contaminés par transfusion sanguine, lors d’opérations chirurgicales ou de dialyses, afin d’éviter des poursuites judiciaires. Avant 1997 à Maurice, les poches de sang collectées n’étaient pas testées pour éliminer celles infectées par l’hépatite C.»

 

Le manque de transparence sur les critères de choix des patients bénéficiant ou non du traitement est souligné également par d’autres ONG, notamment Vivre Plus, CUT, PILS, AILES et le Centre Idrice Goomany, révoltés par cette discrimination.

 

Le ministère de la Santé affirme, lui, dans un communiqué que «le traitement pour l’hépatite C est déjà en place depuis très longtemps à Maurice et concerne ceux ayant contracté la maladie par transfusion sanguine, ceux qui ont des ‘diplotype’ ou ceux qui ont la cirrhose du foie». Sans précision supplémentaire sur ce que signifie «diplotype».

 

Des faits contestés par l’association AILES notamment. La coordinatrice Brigitte Micheldéclare que «plusieurs ONG constatent que parmi les bénéfi ciaires co-infectés par le VIH et l’hépatite C, l’hépatite C tue davantage de personnes que le Sida. Des personnes qui prennent bien leurs antirétroviraux VIH tombent gravement malade brutalement. Et quand ces patients se rendent à l’hôpital, des médecins mettent les symptômes de l’hépatite C sur le dos du Sida et ils disent aux patients qu’ils sont condamnés et ils les renvoient à la maison pour mourir». Même constat du côté des ONG Vivre Plus et Hep Support. Les voix de la société civile et du ministère de la Santé sont donc en totale contradiction.

 

Mais une avancée médicale exceptionnelle devrait au moins réjouir tous les acteurs du secteur. Des anti-rétroviraux à action directe feraient disparaitre le virus de l’hépatite C avant même l’apparition de symptômes et traiteraient avec succès les cas de complications aggravées.

 

Ce traitement innovant, dispensé par voie orale sur 12 semaines seulement, montre des résultats exceptionnels avec un taux de réussite de 95 %. (Lire l’interview du Dr Sibartie ci-contre). Une révolution qui a un coût : 84 000 dollars aux États-Unis et 65 000 euros en France.

 

Pour Maurice, la bonne nouvelle est venue d’Inde. Les laboratoire Gilead et Bristol- Myers Squibb ont autorisé la fabrication de ce traitement en version générique pour la mise sur le marché des mêmes molécules à un prix plus raisonnable, dans environ 80 pays à bas et moyens revenus, dont Maurice.

 

Un communiqué du ministère de la Santé stipule qu’«en ce qu’il s’agit du générique fabriqué en Inde, le ministère étudie actuellement toutes les implications. Cela en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé». L’avenir dira si des actions concrètes ont été entamées.

 

Tout savoir sur l’hépatite C

 

Conséquences

L’hépatite C (VHC)est un virus qui s’attaqueaux cellules dufoie et qui entraîne l’inflammation de celui-ci.Il s’agit d’une des hépatitesdites virales. À longterme, il peut y avoirdes conséquences trèsgraves, telles que la cirrhoseet dans certainscas, le cancer du foie. Ce virus peut demeurerdes dizaines d’annéesdans l’organismesans aucun symptômeapparent. Pendant cetemps, la personne infectéepeut transmettrele virus à d’autres sansle savoir. Actuellement, aucun vaccin n’est disponiblepour contrer cevirus, contrairement auxhépatites A et B.

 

Symptômes

Les symptômes les plus communs liés au VHC en phase aiguë sont les suivants : perte d’appétit, douleurs musculaires et articulaire, perte de poids, fatigue, insomnie , hypersomnie, nausées, vomissement, diarrhée, maux de tête, troubles dépressifs, humeur changeante, impression d’avoir la grippe, jaunisse.

 

Modes de transmission

Le VHC se transmet par le contact direct du sang d’une personne infectée avec le sang d’une autre personne. Une infime quantité de sang peut suffire à transmettre le virus : un contact de sang à sang, partage de seringue ou de tout matériel servant à l’injection intraveineuse, partage de paille ou tout autre objet servant à sniffer des drogues, relation sexuelle vaginale ou anale non protégée, tatouage ou body piercing effectués avec des instruments non stériles.

 

Dépistage

Pour savoir si on est soi-même porteur de l’hépatite C, des tests de dépistage rapide existent et sont disponibles de façon anonyme et gratuite chez PILS.

 

Lire le témoignage d’une maman infectée par l’hépatite C sur www.ACTogether.mu

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